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Bientôt le premier Grand Prix des Blogueurs Littéraires !

C’est une idée qui paraît évidente après coup, mais que personne n’avait encore eue, celle qu’Agathe The Book a lancée il y a quelques jours :  créer un prix littéraire des blogueurs, afin de récompenser un roman de littérature française publié pendant l’année en cours. Bref, une idée géniale !

Les blogueurs littéraires, qu’Agathe considère comme des « lecteurs engagés », sont invités à voter pour « DEUX romans français de l’année qu’ils ont le plus aimé, le roman qui les a marqué, celui qu’ils ont adoré partager ». Sont exclus du vote pour cette année les polars et les romans jeunesse ou young adult, ainsi que les éditions de poche. Mais rien n’empêche d’imaginer que ce prix pourrait se développer à l’avenir et s’ouvrir à d’autres catégories…

Quoi qu’il en soit, le 20 décembre prochain, le roman qui aura été nommé le plus de fois remportera le Grand Prix des Blogueurs Littéraires, sous contrôle d’un huissier de justice, et deviendra ainsi officiellement le premier roman préféré de la Toile !

Une précision importante : le terme « blogueur » est pris au sens large, puisque selon le règlement, il s’agit de « TOUS les blogueurs, ayant un blog actif, un compte Babelio, un compte Booktube, ou bien un compte Instagram ou Facebook OUVERT dans lesquels ils chroniquent, partagent, et interagissent avec d’autres blogueurs ».

Vous trouverez tous les renseignements nécessaires sur le blog d’Agathe ici.

Je vais bien évidemment participer, peut-être in extremis, car j’ai encore un ou deux romans de la rentrée littéraire 2017 à lire et j’aimerais pouvoir les prendre en compte dans mon vote. Pour le moment, j’ai déjà retenu dans ma « présélection » personnelle trois romans. Heureusement, il me reste encore quelques jours pour affiner mon choix.

 

J’invite tous les blogueurs qui ne l’auraient pas encore fait à voter. En effet, plus nous serons nombreux à voter, plus le Grand Prix des blogueurs littéraires sera influent !

Et j’invite bien sûr tous les lecteurs, blogueurs ou non, à suivre les résultats de ce prix !

 

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Les huit montagnes, Paolo Cognetti

 

Pietro est né à Milan, mais la montagne a toujours fait partie de sa vie. De celle de ses parents tout d’abord qui, bien qu’originaires de la campagne vénitienne, effectuaient de nombreux séjours dans les Dolomites jusqu’à ce qu’un événement dramatique les pousse à quitter leur région et à chercher refuge à Milan.

Mais l’appel de la montagne, qui triomphe toujours chez celui qui en est amoureux, réapparaît après quelques années et la mère de Pietro se met rapidement à rechercher un endroit où la petite famille pourra passer ses étés. C’est sur Grana, hameau situé dans une vallée profonde perpendiculaire au Val d’Aoste, que la mère de Pietro jette son dévolu et qu’elle loue un petit chalet sans prétention. Elle y passe les deux mois d’été avec Pietro, et Giovanni, le père, les rejoint en août lors de ses congés annuels. Ce père taciturne, souvent en colère contre le monde, entreprend d’initier son fils à la montagne, et pendant plusieurs étés, Pietro le suit, sans jamais avouer que ces randonnées, qui deviennent bientôt des courses en haute montagne, lui pèsent parce qu’il souffre du mal des montagnes.

Pietro est comme son père, peu communicatif, mais il devient tout de suite ami avec Bruno, le seul enfant de Grana qui, à onze ans, garde les vaches de sa famille dans les alpages. Et c’est cet ami, plus que son père, qui lui fait découvrir les beautés simples de la montagne. Leur amitié se renforce d’année en année, jusqu’à ce que le jeune Bruno commence à travailler comme maçon, tandis que Pietro se fait de nouveaux amis parmi la jeunesse dorée qui vient de la ville pour pratiquer l’escalade. Mais ce n’en est pas fini pour autant de cette amitié. Elle va perdurer au long des années, entre Bruno, celui qui reste au pays, et Pietro, celui qui part découvrir de nouvelles montagnes au loin, mais finit toujours par revenir à Grana.

Le roman de Paolo Cognetti nous parle de l’amitié entre deux garçons et de la passion pour la montagne. Mais au-delà de ces deux thèmes principaux, il évoque les difficultés de communication entre un père et son fils et l’importance de la transmission des valeurs. Il pose également différentes questions : peut-on intervenir légitimement dans la vie des autres, même si on est convaincu de faire le bien ? Qu’est-ce qui nous y autorise ? Avons-nous un chemin tracé ? Pourquoi aller chercher si loin le bonheur ? Et puis bien sûr, comment respecter la montagne, et plus généralement, la nature ?

Pietro respecte le principe édicté par son père : la montagne ne se parcourt qu’en été. L’hiver, l’homme se retire devant la neige, pour laisser la nature se reposer. Le père de Pietro exècre le ski et les installations sportives qui ont défiguré la montagne et le jeune Pietro reprend cette idée à son compte. L’auteur quant à lui, dénonce les excès du tourisme sportif en montagne, comme on peut d’ailleurs le lire dans son blog (si vous lisez l’italien, c’est ici).

Vainqueur en juillet 2017 du plus prestigieux prix italien, le prix Strega, (après avoir reçu en juin le prix Strega des jeunes qui est l’équivalent de notre Goncourt des lycéens), et tout récemment du prix Médicis étranger 2017, « Les huit montagnes » a de nombreuses qualités, tout en étant un roman tout à fait abordable pour le grand public et pour les jeunes. L’écriture est sobre et fluide, tout en étant très évocatrice. Pour qualifier la forme et le fond, un seul terme s’impose, l’authenticité : celle des valeurs évoquées, celle des sentiments, purs et jamais forcés, celle de la simplicité. Un récit profond et tendre, parfois triste et nostalgique, proche de la nature comme on l’était il y a plusieurs décennies, naturellement et simplement, et non de manière artificielle comme on l’est souvent aujourd’hui !

Bref, « les huit montagnes », c’est le roman de l’amitié, de la liberté et de la nature : un grand bol d’air rafraîchissant dans ce monde de fous !

 

L’avis de Martine ici.

 

Les huit montagnes, Paolo Cognetti, Stock, collection La cosmopolite, août 2017, 299 p.

 

12 ème lecture dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire 2017, Challenge Il viaggio chez Martine.

 

 

 

 

La ferme (vue de nuit), Anne-Frédérique Rochat

Par une chaude après-midi d’été, Annie retourne à la ferme, cet endroit difficile d’accès, loin de la ville, que l’on ne gagne qu’après avoir peiné à monter le « grand escalier » sous un soleil harassant. Annie ne sait pas pourquoi elle a entrepris ce chemin qui la ramène quinze ans en arrière, vers son grand amour d’alors. Il a suffi d’une carte blanche, sans aucun mot, glissée dans une enveloppe par Etienne, et Annie a accouru. Sans doute parce que la plaie n’était pas refermée.

La ferme n’en est pas une ; c’est au contraire une grande maison moderne, aux larges baies vitrées ouvertes sur la forêt. Elle est un peu décrépie maintenant, après quinze ans. D’ailleurs, Annie ne s’y était jamais sentie bien : trop peu d’intimité, l’impression d’être épiée en permanence, le besoin insatisfait d’un cocon le soir venant. Etienne non plus n’était pas parfait : maniaque, peu tolérant, exclusif. Le portrait en creux qui se dessine au fur et à mesure des petites révélations d’Annie est peu flatteur. Mais elle l’aimait et lui était fou d’elle mais pas cependant au point de faire des sacrifices. Ni d’accepter de fonder une famille.

Alors, un jour, Annie est partie. Fatiguée de devoir renoncer à être elle-même et pourtant si malheureuse de quitter les bras rassurants d’Etienne. Aujourd’hui de retour, elle se demande si elle va pouvoir donner une seconde chance à cet amour, comme si c’était de sa faute, ou si lui a changé. Elle a envie d’y croire, d’être naïve peut-être, mais d’espérer.

Anne-Frédérique Rochat nous offre une histoire très sensible, très belle. Etienne est-il un homme entier ou est-il simplement égoïste ? Que recherchent-ils tous les deux dans l’amour ? Ont-ils projeté leur vision du couple sur l’autre ? Quelle est la perception que chacun a de l’amour et celle-ci est-elle bien proche de la réalité ?  Autant de questions sur le couple, sur l’amour, et sur différents thèmes qui lui sont liés, comme la solitude, la maternité, le temps qui passe, que l’auteur traite avec poésie en créant un univers très particulier.

L’atmosphère, née de l’écriture et de l’étrangeté des lieux décrits, -une maison ouverte sur la nature, dans laquelle on vit en huis clos, la présence d’un lama au comportement presque humain, -confère un véritable charme à ce roman. L’angoisse n’est jamais loin, et parfois elle pourrait céder la place à la colère face à la résistance d’Etienne et pourtant on ne ressent qu’une légère tristesse, une douceur, l’impression de quelque chose d’inéluctable. Une incompréhension qui ne s’explique pas, comme dans tant d’histoires amoureuses.

« La ferme (vue de nuit) » est une belle découverte et je remercie Babelio (Masse critique) et les Editions Luce Wilquin de m’avoir envoyé ce roman.

 

La ferme (vue de nuit), Anne-Frédérique Rochat, Editions Luce Wilquin, Août 2017, 197 p.

 

7ème participation au Challenge 1% de la rentrée littéraire 2017

 

 

 

 

La fin de la solitude, Benedict Wells

 

Benedict Wells est présenté comme le jeune prodige de la littérature allemande : à trente-trois ans, il compte déjà plusieurs livres à son actif. « La fin de la solitude » est son quatrième roman, paru en 2016 en Allemagne. Les éditions Slatkine et Cie ne s’y sont pas trompées, qui en publient aujourd’hui la traduction française. Ce roman fait partie des belles surprises de la rentrée littéraire 2017.

« La fin de la solitude » est le récit d’une enfance difficile, qui avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices. Jules est le fils cadet d’une famille allemande de trois enfants. Chaque année, les Moreau, qui vivent à Munich, se rendent en France dans un village situé près de Montpellier, d’où le père est originaire : des racines françaises, mais qui ont peu imprégné les enfants qui se sentent étrangers et observent de loin les petits Français. Jules conserve quelques bons souvenirs de ces vacances en compagnie de son frère Marty et de sa sœur Liz, mais on sent tout de suite qu’un événement funeste plane sur la famille. Les souvenirs de France seront à jamais marqués par le drame qui, cette année-là, emporte les parents de Jules, réduisant à néant le bonheur d’une famille unie.

De retour en Allemagne, les enfants sont placés en internat. Ils sont séparés en raison de leurs différences d’âge. Pour Jules, enfant sensible, commence une période très dure, « un mélange de stupeur obscure et d’un épais brouillard, parfois traversé de brèves réminiscences ». Jules se trouve notamment marqué par le cadeau que lui avait fait son père, -un appareil photo coûteux- et plus encore par un conseil que celui-ci lui avait donné, insistant sur l’importance d’avoir « un véritable ami, une âme sœur », plus encore que de trouver l’amour.

L’enfance et l’adolescence de Jules se transforment en  quête pour trouver ce véritable ami. C’est alors qu’il rencontre Alva, jeune pensionnaire de son âge qui devient sa « famille de substitution ». Jules pense que cette amitié met définitivement un terme à sa solitude, mais les années passent et Alva s’éloigne de lui.

C’est sur un lit d’hôpital, immobilisé par un accident de moto, que Jules, la quarantaine, père de famille, fait défiler ces images du passé, et bien d’autres encore, pour tenter de répondre à une question qui le taraude : « qu’est-ce qui détermine une vie ? ».  Une plongée dans son enfance, sa vie de jeune adulte qui lui permet de trouver la sérénité, en même temps que la réponse à sa question.

Le roman de Benedict Wells est indéniablement triste et sombre, mais il est servi par une écriture lumineuse qui adoucit les coups du destin, en laissant affleurer des sentiments positifs. Jules rencontre de nombreux obstacles, son frère et sa sœur ne lui sont d’abord d’aucune aide, puis ils se rapprochent. Jules le regrette mais ne leur en tient pas grief : il comprend qu’eux aussi sont marqués par la tragédie et ont du mal à trouver leur place dans le monde.

La sensibilité de Jules, son empathie avec les autres, l’aident à surmonter des moments d’abattement profond ; à trouver « son âme sœur », comme le lui conseillait son père, même si Jules se trompe sur la nature du sentiment qu’il éprouve ; et enfin, à se forger une philosophie qui l’aidera à surmonter ce poison que représente une enfance difficile. A la fin, Jules est prêt, et nous ne doutons pas que sa vie sera désormais aussi lumineuse que sa personnalité.

« La fin de la solitude » a reçu en 2016 le Prix de littérature de l’Union européenne qui récompense les meilleurs écrivains émergents en Europe.

La fin de la solitude, Benedict Wells, traduit de l’allemand par Juliette Aubert, éditions Slatkine et Cie, Genève, août 2017, 288 p.

 

6ème participation au challenge de la rentrée littéraire chez Sophie. 

 

 

 

Frappe-toi le cœur, Amélie Nothomb

Une fois n’est pas coutume, cette critique sera très mitigée. J’ai choisi de ne parler sur mon blog que des livres que j’ai aimés, plus ou moins certes, mais au moins un peu. S’agissant d’Amélie Nothomb, je peux bien me lâcher, ma chronique ne lui fera pas de tort  ;)…

Amélie Nothomb, je l’ai découverte il y a très longtemps, lors de la parution de son premier roman « Hygiène de l’assassin », que j’avais beaucoup aimé, puis j’ai lu les suivants, pendant une dizaine d’années. Jusqu’à ce que je me rende compte que je les appréciais beaucoup sur le moment, mais qu’ils me laissaient sur ma faim. Sensation étrange, ils me paraissaient brillants mais superficiels. De plus, ma mémoire ne gardait rien de ces romans à part leur titre. Et puis j’ai eu l’impression qu’ils se ressemblaient tous, malgré leur originalité ou dans leur originalité justement.

Cette année, j’ai voulu réessayer, surtout après avoir lu et entendu partout que « Frappe-toi le cœur » était l’un des meilleurs romans d’Amélie Nothomb. Alors, certes, cela fonctionne à merveille : je l’ai lu d’une traite, prise dans l’histoire de cette mère jalouse de sa petite fille, au point d’être totalement indifférente à son égard. La mère est ensuite très présente pour le second enfant, un fils, ceci explique cela. Elle se révèle enfin fusionnelle avec sa petite dernière qui devient, on s’en doute, une enfant trop gâtée et déboussolée. Malheureuse, la fille aînée choisit d’aller vivre chez ses grands-parents. Devenue adulte, elle vit une amitié forte avec une femme brillante qui deviendra à son tour très jalouse…. La boucle est bouclée, je n’en dirai pas davantage, l’intrigue a déjà été largement évoquée. Et puis, encore une fois, j’ai oublié : j’ai lu le roman il y a trois semaines et je peux aujourd’hui difficilement développer. Mais heureusement, je m’en doutais et j’avais pris des notes pour cette chronique!

« Frappe-toi le cœur » se dévore en une heure trente et fonctionne comme une mécanique très bien huilée (je sais, je l’ai déjà dit) : c’est un conte cruel qui illustre un sentiment puissant et destructeur, la jalousie, qui balaie tout sur son passage. Le roman met aussi en exergue la perception que l’on peut avoir de ce sentiment : en fait-on parfois une interprétation erronée, ou la perception est-elle toujours conforme à la réalité ? Pour autant, l’auteure n’aborde pas ce thème directement, ce qui aurait pu être très intéressant. Quelles sont les causes ? Le pourquoi du comment ? Qu’est-ce qui fait que cela arrive… ? Autant de questions qui me laissent sur ma faim et qui me donnent à penser que décidément, Amélie Nothomb excelle à raconter, mais n’approfondit pas.

Les personnages m’ont paru artificiels et je n’ai pas réussi à y croire, tout englués qu’ils étaient dans leur excès. Trop tranchés, comme dans un conte. Peut-être parce que l’auteure est une conteuse hors pair. C’est peut-être un genre qui ne me convient pas… de toute façon, vous trouverez facilement un grand nombre d’avis positifs et plus !

 

Frappe-toi le cœur, Amélie Nothomb, Albin Michel, Paris, Août 2017, 169p.

 

5ème participation au Challenge 1% de la rentrée littéraire chez Sophie

 

 

Eléphant, Martin Suter

 

Voir un éléphant de la taille d’une peluche, d’une belle couleur rose, et surtout vivant, ne peut être que le fait d’une hallucination ou des divagations d’un alcoolique invétéré ! Justement, Schoch en est bien un, et le jour où le sans-abri découvre, au fond de la grotte où il a élu domicile, un éléphant rose nain qui brille dans le noir, il se dit d’abord qu’il est grand temps d’arrêter de boire… Il lui faut ensuite un long moment pour comprendre qu’il s’agit bien de la réalité.

Ne sachant pas comment nourrir cet animal étrange, le SDF cueille de grandes herbes parsemées de boutons d’or sur les berges de la rivière voisine. Les fleurs, toxiques, rendent l’éléphanteau malade. Schoch le cache dans un grand sac et l’emmène chez Valérie, une vétérinaire habituée à soigner les chiens des marginaux. Schoch est alors loin de se douter que sa vie est sur le point de basculer ; des hommes sont déjà sur ses traces, à la recherche de l’animal mystérieux qui est le fruit de manipulations génétiques et d’un concours de circonstances.

En effet, la couleur et la luminescence de l’éléphanteau sont l’œuvre de Roux, un généticien d’abord motivé par l’innovation scientifique. Quant à la petite taille de l’animal, elle est due au hasard, et Roux comprend vite qu’un éléphant rose minuscule est un jouet qui pourrait avoir des retombées commerciales considérables. Mais le birman Kaung, soigneur d’éléphants du cirque Pellegrini qui a fourni la mère porteuse, considère que l’animal est sacré et avec l’aide du Dr. Reber, vétérinaire du cirque, il décide de cacher l’animal avant même sa naissance, en faisant croire à sa mort in utero. Il ne faut en aucun cas que Roux entre en possession des cellules de l’éléphanteau qui lui permettraient de réaliser des clonages.

C’est le début d’une course poursuite qui nous entraîne de l’univers, par ailleurs très bien décrit, des marginaux de Zurich jusqu’à un camp birman dédié à la sauvegarde des éléphants. Un roman très prenant aux chapitres courts que la quatrième de couverture nous présente comme un « conte aussi fantastique que réaliste » et que je qualifierai en ce qui me concerne de tout à fait réaliste, puisque la technologie génétique évoquée existe déjà depuis plus d’une décennie. « Eléphant » est un thriller original et reposant, dans lequel l’auteur suisse germanophone Martin Suter nous propose une belle histoire, tout en nous amenant à réfléchir sur les dérives du progrès technologique et plus particulièrement des manipulations génétiques. A découvrir !

Eléphant, Martin Suter, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Christian Bourgois éditeur, août 2017, 356p.

 

4ème participation au challenge 1% de la rentrée littéraire 2017.

Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas : rentrée littéraire.

« Le plus souvent nous tenons fermée au reste du monde la sphère de nos agissements. En respect de notre culte du secret, mais aussi par nécessité -par l’impossibilité où nous sommes de traduire en mots compréhensibles les brûlantes expériences de notre quotidien. Nous vivons des moments palpitants, il se produit mille choses, mais, le soir venu, nous n’avons rien à raconter (…). C’est aussi la nature de nos activités, leur caractère indescriptible, qui nous réduit au silence. Nous ne racontons rien, parce que nos occupations ne se laissent pas raconter. »

C’est pourtant ce que Chantal Thomas fait de façon admirable, raconter ses souvenirs d’enfance, puis de jeune adulte. Fille unique d’une mère distraite et toute entière tendue vers son amour de la natation, la petite fille est très vite autonome, se raconte des histoires et vit des journées sans cesse renouvelées grâce à une imagination inépuisable. Elle aime profondément la mer qui représente le centre de son univers, alors qu’elle vit à Arcachon toute l’année.

Sur la plage, les camarades de jeu vont et viennent, ils conviennent toujours, jusqu’à l’amitié exclusive avec Lucile, les journées passées en sa compagnie à explorer le sable et les bords de mer, sous les regards de la Princesse du Palais des mers, au gré des éléments, soleil, vent, pluies, marées.

Chantal Thomas nous communique la volupté de nager qu’elle évoque si bien :

« Et c’est avec dans les yeux la vision persistante de cette fête du bleu que je commence à nager. L’eau, à peine refroidie par la pluie d’hier soir, est toujours aussi bonne. La douceur de sa température rend plus délicieusement enveloppante chaque brasse, laquelle exige la suivante et ainsi de suite. Ce n’est jamais assez (…). Je ressens ce désir montant qui ouvre la baigneuse à une durée infinie. Je nage, je passe de la brasse à la brasse coulée, change pour l’indienne, son art de la diagonale, ce plaisir à fendre l’eau en biais… »

Mais il n’y a pas que l’eau et le sable. L’enfant vit à Arcachon où elle distingue la ville d’Eté, mais aussi celle d’Automne et d’Hiver, à ne pas confondre. Il y a le souvenir de la Grande Poupée, le regard amusé qu’elle porte sur la famille Leçon et sur la famille Chiffre, si différentes de la sienne. Il y a aussi la forêt qui l’effraie, où elle passe les après-midis grises  avec Lucile, ainsi que le club de gymnastique et les premiers assauts de la pudeur.

Plus tard, la mère de l’auteure quittera Arcachon pour Menton : la mer, le sport, les vacances encore, durant toute l’année. On découvre que la maman mélancolique est  aussi très lunatique, des indices nous laissent entendre que c’est pathologique. Le lien qui unit mère et fille souffre de cette distance qui a toujours existé entre elles, mais il ne rompt jamais. Au contraire, la maturité leur apporte à toute deux un rapprochement. L’eau omniprésente n’est jamais triste, les vagues emportent avec elles les joies et les peines pour ne laisser aux hommes que « la grâce de l’instant ».

Comme son titre l’indique parfaitement, « Souvenirs de la marée basse » est un roman d’atmosphère évoquant l’enfance des bains de mer. Il suffit de se laisser porter par les mots de Chantal Thomas, comme dans l’eau, et de fermer les yeux pour se croire transporté(e) à cette époque : des souvenirs délicieusement surannés qui nous rappellent tout le charme de l’enfance lointaine. Chantal Thomas possède dans les descriptions, -et ce n’est pas paradoxal- un admirable pouvoir de suggestion. Une écriture précise et élégante qui nous communique avec talent des sensations toujours intactes malgré les années. Une très belle lecture de cette rentrée littéraire !

Coup de coeur 2017 !

Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas, Seuil, Paris, août 2017, 213 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire : 2ème lecture.