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Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljenitsyne

 

Pendant la guerre froide, Alexandre Soljenitsyne fut l’un des dissidents russes les plus connus dans le monde occidental. Deux de ses livres y furent d’ailleurs publiés, puis il obtint en 1970 le Prix Nobel de littérature. En 1973, parut en France L’archipel du goulag, dans lequel Soljenitsyne dénonçait la répression soviétique. L’auteur fut alors déchu de sa nationalité russe et expulsé. Installé en Suisse, puis aux Etats-Unis, il ne rentrera dans son pays qu’après la chute de l’URSS, et y mourra en 2008.

Mais avant d’être connu en occident, Alexandre Soljenitsyne avait publié en 1962, en URSS même, un petit roman accepté par la censure de Khrouchtchev, lequel avait vu dans la dénonciation des abus de Staline, concernant en l’occurrence les camps de travaux forcés, la possibilité de montrer qu’il prenait quant à lui un virage modéré.

Dans Une journée d’Ivan Denissovitch, Soljenitsyne nous plonge en effet dans le quotidien de Choukhov, un « zek », nom donné aux prisonniers des camps de travaux forcés dans les années cinquante. On y découvre toute l’horreur des camps de concentration de l’époque stalinienne, au cours d’un récit qui accompagne Choukhov et les autres zeks de sa brigade, de leur lever, à 5 heures du matin, jusqu’à leur coucher vers 22 heures, au terme d’une longue et éprouvante journée de travaux de construction, dehors, par moins 29°!

Dans ce récit, Soljenitsyne a choisi pour héros un homme simple et bon mais néanmoins débrouillard; Choukhov s’en sort malgré tout. En silence, il résiste. Toute son attention est tendue vers un seul objectif : se nourrir. Il tire ainsi quelques instants de bonheur de ce qui n’est plus rien pour nous, quelques dizaines de grammes de pain supplémentaires. Son quotidien si difficile est fait de petites victoires, comme obtenir un bol de soupe claire en plus. Il se réchauffe en travaillant et arrive même à y prendre un peu de plaisir. Un quotidien où l’acte de vivre, seulement vivre, est héroïque !

Choukhov a été inspiré à Soljenitsyne par un soldat qu’il avait côtoyé pendant la guerre. Les autres personnages sont quant à eux bien réels et sont des prisonniers avec lesquels l’auteur a vécu, lors de sa détention au sein d’un camp spécial où il a travaillé comme maçon. Car Soljenitsyne a lui-même purgé huit ans de détention et trois ans de relégation, pour avoir « prétendument insulté Staline dans une lettre à un ami » (note de l’éditeur).

Un texte à ne surtout pas manquer.

Coup de coeur !

 

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljenitsyne, traduit du russe par Lucia et Jean Cathala, Robert Laffont, Pavillons poche, Paris, 2010, 228p.

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Blogoclub, écrivains-voyageurs : le résultat des votes

Le livre retenu pour notre prochain rendez-vous du Blogoclub, consacré aux écrivains-voyageurs, est :

 

Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson.

 

Voici les références du livre en format de poche :

Dans les forêts de Sibérie, février – juillet 2010.
Collection Folio (n° 5586)
Parution : 26-04-2013
Ou encore, en version audio :
 Merci à tous ceux qui ont participé en proposant leurs suggestions et en votant !  Les nouveaux membres sont les bienvenus et vous pouvez toujours vous inscrire par mail à l’adresse suivante : lecturecommune@yahoo.fr.
On se retrouve le premier décembre, ici et chez Amandine.
Bonne lecture à tous !

S’abandonner à vivre, de Sylvain Tesson

« S’abandonner à vivre » illustre à nouveau le talent de Sylvain Tesson pour la nouvelle. L’aventurier érudit avait en effet reçu en 2009 le prix Goncourt de la nouvelle pour « Une vie à coucher dehors ». Les nouvelles qu’il présente ici sont de la même veine. Elles se déroulent dans les pays et villes qu’affectionne particulièrement l’auteur, la Russie notamment, et surtout la Sibérie, ainsi que l’Afghanistan, la Chine, l’Afrique du Nord, mais aussi la Suisse et… Paris.

Comme à son habitude, Tesson parsème ses textes de références littéraires ou philosophiques. Il souligne aussi quelques stéréotypes, comme lorsqu’il fustige l’opinion que nous, occidentaux, avons généralement des Russes, lorsque nous oublions que ceux-ci ne peuvent pas se relever en un clin d’œil de plusieurs décennies d’un communisme qui a détruit le pays tout entier.

Il y a du vaudeville dans ces nouvelles, tout particulièrement dans « La bataille » (celle de Borodino) et « La gouttière ». Cette dernière prend un sens particulier quand on sait que Sylvain Tesson a été victime d’une très mauvaise chute il y a deux ans, alors qu’il escaladait la façade d’un chalet à Chamonix !

Il y a également de la farce dans « Le téléphérique », de la sagesse dans « Le train », et sans aucun doute une bonne dose d’autobiographie et d’anecdotes vécues dans l’ensemble du recueil. Sylvain Tesson excelle dans ce genre difficile, parfois peu prisé des francophones, dont il maîtrise très bien l’art de la chute. Les dénouements nous laissent souvent souriants, parfois étonnés, mais jamais indifférents. Les personnages que décrit l’auteur sont confrontés à leur destin, tantôt prévisible, tantôt ironique, mais Sylvain Tesson réussit à ne pas être pessimiste : devant la force du destin, devant l’ironie du sort, il ne voit qu’une seule attitude possible : s’abandonner à vivre …

 

S’abandonner à vivre, Sylvain Tesson, Folio n° 5948, Mai 2015, 256 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Objectif PAL 2017 chez Antigone

Limonov, d’Emmanuel Carrère.

 

A45089_Limonov.inddLe blogoclub est consacré aujourd’hui à un écrivain français que je n’avais jamais lu, Emmanuel Carrère, et qui ne m’attirait guère jusqu’alors.  Première étape de la découverte : explorer sa biographie et surtout ses publications pour faire un choix. L’auteur a publié plusieurs romans mais, depuis les années 2000, il consacre surtout ses travaux à des récits qu’il écrit à la première personne, se mettant en scène dans la vie des autres. Il agit comme un enquêteur et d’ailleurs, il s’intéresse à des sujets bien réels, tels des faits divers qui l’ont intrigué.

J’ai donc procédé par élimination pour effectuer mon choix, tant la vie de l’imposteur Jean-Claude Romand, ou le tsunami de 2004 m’inspiraient peu. Il en allait de même pour son dernier ouvrage, « Le Royaume », consacré aux origines de la chrétienté et à son influence sur le monde actuel, mais ici plutôt parce que l’ouvrage me semblait ardu.  En revanche, parce que le récit a trait à la culture et l’histoire russes, mon choix s’est porté sur « Limonov », que Carrère a publié en 2011 et pour lequel il a reçu le prix Renaudot.

Emmanuel Carrère y raconte la vie d’Edouard Limonov, écrivain et dissident né à Moscou en 1943. L’homme a un itinéraire pour le moins rocambolesque qui l’a amené à fréquenter des milieux très divers. Petite frappe risquant de tomber dans la délinquance à Kharkov, il mène ensuite une vie de bohême à Moscou où il croise de nombreux poètes, avant d’émigrer avec son amie du moment à New York où il reçoit aussitôt l’aide de prestigieux émigrés russes. Les années quatre-vingt seront parisiennes pour Limonov qui sort enfin de la misère et de l’anonymat. Puis Limonov retrouvera son pays, quitté quatorze ans auparavant, et y rentrera après un détour par l’ex-Yougoslavie qui est alors en pleine guerre, afin d’y mener un combat politique.

Le plus grand intérêt du récit a été pour moi le large panorama de l’intelligentsia russe qu’il nous offre puisque Limonov a croisé de grands écrivains et artistes russes. De même, Emmanuel Carrère y dessine en creux l’histoire de l’Union soviétique des années cinquante jusqu’à la Russie de Poutine. Quant à l’auteur lui-même, il est toujours présent en filigrane du récit et plus particulièrement dans les années quatre-vingt, époque où il a connu Edouard Limonov à Paris.

Le récit d’Emmanuel Carrère est très intéressant et très riche, même si la forme adoptée par l’auteur m’a laissée un peu sur ma faim : il semble, d’après Emmanuel Carrère, que ce ne soit pas une véritable biographie et pourtant on voit mal quelle est la part de la fiction dans ce récit. Une biographie romancée donc ? Soit. Limonov en tous cas, constitue un personnage romanesque en puissance. Un concentré d’âme russe, tant il est difficile à cerner, excessif et sincère. Un homme très déterminé qui a combattu toute sa vie pour différentes causes, qu’il s’agisse de la poésie, de la littérature, comme de l’action politique jusqu’au combat militaire !

Une belle découverte, d’un écrivain-aventurier que je ne connaissais pas, comme d’un auteur dont j’avais une image plutôt négative, je ne sais pas pourquoi… Je suis donc curieuse de découvrir les avis sur d’autres livres d’Emmanuel Carrère.

Limonov, Emmanuel Carrère, Folio n°5560, mars 2013, 489 p.

 

Livre lu dans le cadre du Blogoclub de Sylire.

blogoclub

L’archipel d’une autre vie, Andreï Makine

larchipel-dune-autre-vie-andrei-makineRetour aux découvertes de la rentrée littéraire avec « L’archipel d’une autre vie » publié par l’académicien Andreï Makine : j’attendais avec impatience de lire ce roman dont la couverture, comme le titre et le nom de l’auteur, évoquent les grands espaces, le froid limpide mais sévère de la Sibérie, l’aventure, l’inconnu…

Et de fait, l’auteur nous emmène en Sibérie orientale, où nous rencontrons un jeune orphelin envoyé à Tougour pour y faire un stage d’apprentissage. Il y croise un homme qui lui raconte une histoire étrange et mélancolique, celle de sa vie : Pavel Gartsev n’avait que vingt-sept ans en 1952 et la vie semblait s’arranger pour lui, malgré les circonstances. Il venait de rencontrer Svéta qu’il espérait épouser bientôt. Mais alors qu’il n’était plus sûr de ce mariage, il fut mobilisé par le comité militaire et saisit cette occasion pour se libérer de ses entraves sentimentales.

Au terme de sa mobilisation, Pavel Gartsev fut envoyé avec quelques camarades sur les traces d’un fugitif : commence alors un long voyage au sein de la taïga, sous les ordres de l’odieux capitaine Louskass. La mission s’avère plus difficile que prévue. La marche se prolonge, les hommes suivent le fugitif mais ne parviennent pas à le rejoindre, ni à l’attraper. Il est d’ailleurs très rusé. Bientôt, avec la fin du dernier mois d’été, les jours déclinent et le mauvais temps se profile. Il est temps de passer à l’action, d’encercler le fugitif, puis de rentrer au camp, la mission accomplie.

Mais la chasse à l’homme prend une autre dimension lorsque Pavel découvre l’identité du fugitif. Tout bascule, et Pavel se trouve face à son destin, un destin qu’il choisit de mener vers l’Archipel des Chantars, en plein Pacifique, où il pourra enfin vivre « une autre vie »…

Le nouveau roman d’Andreï Makine est une sorte de conte qui commence doucement, puis prend son envol peu à peu, pour finir par se laisser emporter par un souffle puissant, violent et doux à la fois, qui mène vers une autre vie, celle de l’amour, aux confins de l’Extrême-Orient russe : un très beau texte, à ne pas manquer !

 

L’archipel d’une autre vie, Andreï Makine, Seuil, Paris, août 2016, 283 p.

 

Lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire

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Le Lausanne-Moscou-Pékin, de Christian Garcin.

le Lausanne Moscou pékinLes récits de voyage portant sur le Transsibérien sont nombreux, mais je ne m’en lasse pas, tant ce voyage ferroviaire est mythique, entre grands espaces, âme russe, littérature et histoire. D’où mon intérêt pour ce petit volume repéré lors de la dernière opération Masse critique de Babelio.

L’auteur a choisi de se lancer sur les traces de Blaise Cendrars et de sa « Prose du Transsibérien ». Parti en Russie en compagnie d’une équipe de la radio suisse, Christian Garcin a ramené une série de chroniques radiophoniques qu’il a ensuite retouchées afin de les publier dans ce petit recueil.

Cent ans après la publication de « La prose du Transsibérien » en 1913, et « plusieurs mondes plus tard », l’auteur décrit les transformations subies par les régions traversées. Moscou d’abord, et l’arrivée à l’aéroport avec son « immense grisaille bétonnée » héritée de l’Union soviétique. Christian Garcin monte à bord du Transsibérien dans la gare de Iaroslav, l’une des sept gares de Moscou évoquées par Cendrars, pour un trajet qui, selon lui, fait davantage rêver les Francophones que les Russes, sans doute en partie à cause des références littéraires que sont Michel Strogoff et Blaise Cendrars lui-même.

Le paysage sibérien n’a quant à lui pas changé depuis 1913. Garcin nous emmène, au rythme de l’énumération des noms des villes traversées, liste hautement poétique et familière à l’oreille de celui qui rêve du Transsibérien, vers Iekaterinbourg, Omsk, Novossibirsk, Krasnoiarsk, Irkoutsk, et le lac Baïkal…

On croise Boulgakov, la famille Romanov, Tchekov, Dostoïevski, les décembristes exilés à Tobolsk, Victor Segalen plus à l’Est, et beaucoup d’autres… mais aussi des contemporains que l’auteur a rencontrés lors de ce voyage, ou même son oncle, auquel il rend hommage après l’avoir reconnu dans les traits d’un Russe qui ne lui ressemblait peut-être pas tant que cela…

D’une anecdote à une référence littéraire, nous suivons Christian Garcin jusqu’à Pékin, le long d’un voyage qui a l’avantage de permettre à l’homme moderne de se «réapproprier à la fois le temps et l’espace», car pour une fois, « le temps, soudain, vous appartient ». C’est «une école de la patience, de la lenteur et de la contemplation » qui n’en finit pas de nous fasciner !

Un charmant petit recueil plein de pistes de lectures autour de la Sibérie et du Transsibérien.

Vous pouvez aussi découvrir l’avis de Cécile sur ce recueil ici.

Le Lausanne-Moscou-Pékin, Christian Garcin, édition de la Baconnière, Genève, août 2015, 120p.

 

Je remercie Masse critique de Babelio et les éditions de la Baconnière.masse critique Babelio

 

Compartiment n°6, de Rosa Liksom

Compartiment n°6 LiksomDans une Union soviétique qui vit ses dernières années, une jeune étudiante finlandaise installée à Moscou prend le Transmongolien pour Oulan-Bator. Elle accomplit ainsi son rêve de traverser la Sibérie pour se rendre en Mongolie afin de découvrir des pétroglyphes (dessins symboliques gravés sur de la pierre) situés au sud de la capitale mongolienne. Mais elle laisse derrière elle Mitka et sa mère, Irina, ainsi que le grand-père de Mitka, Zakhar. Pourquoi être partie seule, alors que c’est avec Mitka qu’elle devait faire ce voyage ?

Débute alors le long périple qui l’emmènera jusqu’en Mongolie, dans ce Compartiment n° 6 qu’elle est forcée de partager avec un homme. Pas de chance pour cette jeune femme que l’on sent d’emblée malmenée par la vie, cet homme est une brute épaisse, un ivrogne de toujours, grossier et salace de surcroît !

La jeune femme subit la conversation de l’homme qui déverse des histoires impudiques, souvent sordides, mais parfois émouvantes, comme lorsqu’il dévoile certains épisodes de son enfance. Il travaille maintenant dans un chantier en Mongolie et se rend de temps en temps à Moscou pour voir sa femme et son fils, sa femme Katinka qu’il n’hésite pas à battre quand elle remet son autorité de mâle russe en cause.

La jeune femme ne répond pas, ne prend pas part à ce qui devient un monologue. Elle se concentre pour essayer de ne pas entendre les paroles de l’homme. Elle se réfugie dans la contemplation du paysage, dans ses pensées, et dans l’évocation de quelques moments partagés avec Mitka. On en apprend très peu à son sujet. L’auteur nous distille au compte-gouttes les souvenirs de la jeune femme, au même rythme lent que celui du train.

L’homme, quant à lui, avait besoin de cette oreille, pourtant peu attentive. La jeune femme attend en effet les arrêts du train, qui dans certaines villes peuvent durer jusqu’à un jour ou deux, pour s’échapper de l’atmosphère lourde et viciée du compartiment. Elle n’est cependant pas totalement indifférente au destin de cet homme. Elle l’accompagne parfois lors des étapes ou plutôt, se laisse accompagner par lui, et lui donne, de temps en temps, d’imperceptibles signes d’empathie.

Compartiment n° 6 dresse un portrait très dur de la Russie  soviétique, à l’époque de la guerre avec l’Afghanistan. La société se délite, le pays est sale et pollué, les hommes ont pour tout viatique l’alcool et parfois la drogue, et personne n’évoque jamais l’avenir. Deux êtres que tout oppose vont pourtant partager quelques moments, et même s’il ne se passe rien pendant tout le roman, leur rencontre a permis a chacun de faire le point sur sa vie.

L’écriture de Rosa Liksom évoque précisément le périple ferroviaire lent mais rythmé du Transmongolien. Elle réussit à nous plonger dans l’ambiance du train, à nous faire entendre le rythme saccadé des traverses qui défilent. Au départ de chaque ville, on ressent l’éloignement des éléments du décor ferroviaire ou industriel des villes traversées et l’on finit toujours par retrouver l’immensité monotone mais rassurante de la nature. Celle-ci est d’ailleurs omniprésente dans le roman de Linksom. La nature, froide, glaciale, qui hésite à plonger vers le printemps, y est toujours en plein contraste avec la saleté grise des villes. L’auteur excelle d’ailleurs dans les descriptions originales et toujours différentes qu’elle propose d’un paysage qui varie pourtant très peu tout au long du voyage. Compartiment n° 6 est donc à conseiller tout particulièrement aux lecteurs qui aiment ces instants contemplatifs.

L’auteur : Rosa Liksom est née en Laponie finlandaise en 1958. Après des études d’anthropologie effectuées à Helsinki, Copenhague et Moscou, elle se consacre à l’écriture et à la création artistique. Célèbre en Finlande, Rosa Liksom était jusqu’ici méconnue en France. Compartiment n°6 est son premier roman traduit en français. Il a fait partie des ouvrages sélectionnés pour l’attribution du Prix Médicis étranger 2013.

 

Compartiment n°6, Rosa Liksom, traduit par Anne Colin du Terrail, Editions Folio, Paris, juin 2015, 256 p.