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Une femme que j’aimais, de Armel Job.

En 1994, Claude Janssens perd sa tante Adrienne qu’il aimait beaucoup. Une mort subite, qu’Adrienne pourtant semblait pressentir. Depuis qu’elle avait perdu son mari deux ans auparavant, elle avait évoqué plusieurs fois un secret qu’elle aurait aimé révéler à Claude. Mais celui-ci n’y attachait aucune importance, refusant d’envisager la possibilité de la disparition de sa tante.

Au contraire, devant cette mort inattendue et inexpliquée, bien que le médecin ait aussitôt délivré les papiers nécessaires, s’arrêtant à un probable AVC, Claude est pris de remords : n’aurait-il pas dû écouter sa tante ? Que voulait-elle lui révéler ? Le secret a-t-il joué un rôle dans sa mort ?

Le petit aide-pharmacien à la vie terne et bien réglée, futur célibataire endurci, se souvient des visites à sa tante Adrienne, la seule personne qu’il appréciait réellement. Ses relations avec ses parents sont en effet marquées par la routine de ses retours de fin de semaine à Vieusart et restent très superficielles. La haine que sa mère a toujours nourri à l’égard d’Adrienne exacerbe un peu plus la curiosité de Claude. Ne pouvant plus résister, il se lance finalement dans une enquête sur la vie d’Adrienne.

Un secret de famille, il y en a bien un, qui n’a rien d’extraordinaire mais que l’auteur nous révèle par petites touches, progressant au rythme de l’enquête de Claude : diverses voies sont explorées, de fausses pistes visitées au gré des intuitions de Claude ou de découvertes parfois mal interprétées dans lesquelles il se lance tête baissée. Pour Claude, le solitaire, tout cela représente beaucoup de rencontres, des discussions, de la réflexion, une plongée dans des souvenirs parfois vagues, jusqu’à l’écriture d’un récit pour laisser une trace de ses découvertes, mais aussi pour se raconter, pour parler de lui. Car inévitablement, le secret a eu une influence dans sa vie, sur ses relations avec ses parents notamment.

« Grâce à ce travail, beaucoup d’événements ont pris en moi leurs contours définitifs. Je ne prétends pas les avoir fixés dans leur vérité absolue. La simple perception des faits comporte une part de subjectivité ».

Armel Job, par la voix de Claude, dresse le portrait d’une très belle jeune femme, Adrienne, victime d’avoir aimé trop tôt, victime également d’une époque où le qu’en-dira-t-on opprimait les êtres et les sentiments. Il pose aussi la question du secret de famille, et de l’erreur qui consiste parfois à vouloir absolument le révéler. Enfin, il s’intéresse à l’importance du souvenir des personnes âgées, à l’attention qu’on leur prête, à leur besoin toujours vivant de donner de l’amour plutôt que d’en recevoir.

Une belle lecture pour ce mois belge, qui se déroule entre Charleroi, Marcinelle et Vieusart, et évoque également l’immigration italienne et la catastrophe de la mine de Bois du Cazier, ainsi que divers aspects de la belgitude. Armel Job nous propose une écriture fluide, alliée à un ton mélancolique, qui laisse le lecteur empreint d’une atmosphère particulière, bien après avoir refermé le livre.

 

Une femme que j’aimais, Armel Job, Robert Laffont, janvier 2018, 297 p.  

 

Livre lu dans le cadre du mois belge chez Anne.

 

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Mörk, de Ragnar Jónasson

A Siglufjördur, petite ville située à l’extrême nord de l’Islande, non loin du cercle arctique, le soleil disparait entièrement derrière les montagnes à la mi-novembre pour ne réapparaître que fin janvier. L’obscurité engloutit alors la petite ville pour soixante-douze jours. C’est pendant cette période sombre que l’inspecteur de police principal Herjólfur est assassiné, devant une vieille maison abandonnée, située à l’écart de la ville.

Son jeune collègue Ari Thór mène l’enquête, en compagnie de l’inspecteur Tómas, un ancien de la police locale qui a déménagé à Reykjavik et qui vient lui prêter main forte. Quelques pistes apparaissent : la veille bâtisse devant laquelle le policier a été retrouvé mourant abritait les activités de dealers locaux et elle avait également été le théâtre d’un drame jamais éclairci un demi-siècle auparavant ; le policier assassiné avait fait l’objet d’une enquête pour corruption, des années plus tôt ; enfin, le maire de Siglufjördur, et son assistante Elin, qui avaient échangé des coups de fil suspects après la visite de la police, semblaient avoir quelque chose à se reprocher…

L’intrigue est entrecoupée d’extraits d’un journal intime écrit par un jeune homme interné en asile psychiatrique, dont on ne saura qu’à la fin de qui il s’agit. La construction est donc plutôt classique, fréquente dans ce genre de polar et notamment dans les polars scandinaves. Le policier Ari Thór, qui est le héros récurrent de la série, vit avec Kristin, qui est médecin à l’hôpital d’Akureyri et ils ont un fils âgé d’un an. Les difficultés familiales s’annoncent dès le début de l’enquête, et l’on comprend que l’on suivra certainement la petite famille pendant plusieurs volumes. Rien de révolutionnaire donc dans le monde du polar scandinave, mais un roman agréable qui se lit facilement et rapidement et qui a le mérite de nous faire connaître le nord de l’Islande.

A préciser toutefois que « Mörk », qui vient de paraître en édition de poche, est le second volume traduit en français et il convient donc peut-être de commencer par le premier de la série, « Snjór », dans lequel le jeune policier est envoyé à Siglufjördur pour sa première affectation.

 

Mörk, Ragnar Jónasson, traduit de la version anglaise, d’après l’islandais, par Philippe Reilly, Editions Points n°P4757, mars 2018, 285 p.

 

Quelques photos de Siglufjördur sur un site consacré à l’auteur.

 

Livre lu dans le cadre du challenge scandinave. et du challenge polars et thrillers chez Sharon.

 

Jeu de massacre à Berlin, Elisabeth Herrmann

 

Voici le second volet des enquêtes du jeune avocat allemand, Joachim Vernau, dont nous avons fait la connaissance dans « Hier ou jamais », premier roman d’une série d’Elisabeth Herrmann qui n’avait pas encore été traduite en français.  Après avoir quitté le cabinet dans lequel il travaillait, Joachim s’est associé avec Marie-Luise, une avocate directe et efficace, mais les affaires marchent très mal. Joachim se voit donc contraint d’accepter un poste de professeur dans une école prestigieuse, pour donner des cours de plaidoiries à des élèves préparant le bac et se destinant à des études de droit.

Très vite, il s’aperçoit que Katharina Oettinger, la Sous-directrice du Lycée Herbert Breitenbach qui est une ancienne amie de Marie-Luise, lui cache plusieurs éléments essentiels sur le lycée, et notamment sur la classe dont Joachim a la charge. Une jeune fille, Clarissa, s’est en effet suicidée quelques temps auparavant et aucun élève ne souhaite en parler.

Prenant son rôle d’enseignant très à cœur, soucieux de ses élèves comme du respect du droit, Joachim mène l’enquête et découvre que ses élèves sont menacés et reçoivent des messages signés de la défunte Clarissa, envoyés du téléphone portable de celle-ci. Elisabeth Herrmann nous emmène cette fois dans le monde très spécial des jeux de rôle grandeur nature, mais elle multiplie les pistes : il y a aussi une école publique à la mauvaise réputation qui fait face au très chic Lycée Breitenbach…

On retrouve dans cet épisode le stagiaire Kevin, toujours… moins travailleur, et sa sympathique amie Kerstii, ainsi que le duo difficile à vivre pour Joachim que forme sa mère avec son amie Huthie, dans un polar efficace et bien écrit. Avec une mention spéciale pour le personnage principal Joachim Vernau, sa sincérité et son attachement à des valeurs fortes, dont on attend la suite des aventures, en espérant que son travail acharné sera payé de succès et qu’il finira aussi par trouver l’âme sœur…

 

Jeu de massacre à Berlin, Elisabeth Herrmann, traduit de l’allemand par Elsa Vonau, Slatkine et Cie, Genève, janvier 2018, 510 p.

 

 

Livre lu dans le cadre du challenge Polars et thrillers chez Sharon

 

Je remercie les éditions Slatkine et Cie de m’avoir fait découvrir le second tome de cette série.

 

 

 

Origine, Dan Brown

La recette de Dan Brown tient apparemment à peu de choses : un secret sur le point d’être révélé, des personnes prêtes à tout pour empêcher cette divulgation, un peu d’histoire, d’art, de philosophie et de sciences, le tout parfumé d’un bouquet d’ésotérisme, de forces occultes ou, en l’occurrence, de religion. Ajoutez à cela une course-poursuite-jeu de piste en compagnie d’une jeune femme, quelques voyages rapides et une fin à l’américaine où tout est bien qui finit bien !

Evidemment, il faut que la sauce prenne et pour cela, une bonne dose de talent de conteur est nécessaire : Dan Brown n’en manque pas, dans « Origine » comme dans les précédents opus, même si l’on commence à connaître les procédés de l’auteur et à s’en lasser… L’avantage de ce genre de thriller est qu’il suffit de se laisser porter ; c’est parfait si c’est ce que l’on recherche et c’était précisément le cas le week-end dernier, qui était particulièrement hivernal. Les aventures du professeur Langdon m’ont permis de me reposer en m’assignant au canapé pour plusieurs heures !

Cette fois, c’est à Bilbao que l’on retrouve ce cher professeur Langdon, invité par l’un de ses anciens étudiants qui a brillamment réussi en tant que futurologue (?!) : Edmond Kirsch est sur le point de révéler à des invités triés sur le volet, mais aussi en direct via les réseaux sociaux, la découverte scientifique révolutionnaire qu’il a faite en menant des recherches sur les deux grandes questions existentialistes encore sans réponse : d’où venons-nous ? Où allons-nous ? Le problème est que cette découverte risque de bouleverser les adeptes des religions. Edmond Kirsch avait d’ailleurs pris soin de rencontrer trois représentants des grandes religions afin, disait-il, de connaître et évaluer leur réaction. Ils ne sont donc que quatre au monde à être au courant…

La cérémonie est réglée comme du papier à musique car Edmond ne laisse jamais rien au hasard. Ainsi, les trois religieux pensent que le secret ne sera divulgué que trois semaines plus tard. Qui donc pourrait empêcher la révélation au monde ? C’est après plus de cinq cents pages que vous le saurez, après avoir visité le musée Guggenheim de Bilbao, la Sagrada Familia et différents quartiers de Barcelone, et être passé par le Palais Royal de Madrid et l’Escorial, entre autres.

Les aventures de Robert Langdon amènent finalement le lecteur à entrevoir une découverte scientifique qui n’a rien de « révolutionnaire » à mon avis : je vous conseille donc de ne pas vous attendre à quelque chose d’exceptionnel. En revanche, la lecture devient enrichissante si l’on mène quelques recherches, ne serait-ce qu’en s’intéressant aux lieux visités par le tandem Robert Langdon-Ambra Vidal et par quelques personnages secondaires, ou aux théories scientifiques évoquées, ainsi qu’à l’église palmarienne, qui existe vraiment et qui possède en effet son propre pape.

Vous pouvez d’ailleurs consulter le site « Guide Origine », qui se veut le guide illustré du dernier livre de Dan Brown, et a été crée par deux fans de l’auteur. Photos des lieux, d’œuvres d’art, morceaux de musique cités… de quoi prolonger intelligemment le divertissement !

Origine, Dan Brown, traduit de l’anglais par Dominique Defert et Carole Delporte, JC Lattès, Paris, octobre 2017, 566 p.  

 

Lu dans le cadre du Challenge Polars et thrillers chez Sharon et du Challenge 1% de la rentrée littéraire (14 ème participation).

 

 

 

Quand sort la recluse, Fred Vargas

Un nouveau Fred Vargas est toujours un événement pour ses lecteurs qui se délectent à l’avance. J’ai un peu différé la lecture de ce nouvel épisode des aventures du commissaire Adamsberg paru avant l’été, et le plaisir n’en n’a été que plus grand. Il me fallait en effet un peu de temps devant moi, car un Vargas doit se savourer, même si l’envie est grande de le lire d’une traite.

Cette fois, l’auteur nous emmène d’abord sur la piste de l’assassin d’une jeune femme : s’agit-il du mari ou de l’amant ? Adamsberg expédie l’affaire en quelques jours, là où ses collègues avaient échoué au point d’estimer nécessaire de le faire rentrer d’Islande. L’intuition et surtout l’expérience permettent au commissaire de trouver l’élément déterminant dans cette enquête. Une simple routine pour Adamsberg, qui a pourtant la tête ailleurs : trois morts par accident, -à cause de la piqûre d’une araignée, la recluse-, attirent en effet son attention.

Les morts sont des hommes âgés. Le phénomène est rare mais rien n’a été constaté d’anormal : l’âge avancé des victimes suffit à expliquer l’issue fatale. Pour autant, cela ne satisfait pas Adamsberg qui décide de mener des recherches, bien que la majorité de la brigade refuse d’abord de le suivre. L’enquête est en effet officieuse, ce qui n’empêche pas Adamberg de s’y lancer tête baissée.

Fred Vargas nous entraîne à sa suite dans l’enfance d’une bande d’orphelins qui, plusieurs décennies auparavant, a fait régner la terreur : s’agirait-il de la vengeance d’une des victimes de cette bande perverse et cruelle ?  L’auteur multiplie les pistes, à partir des deux acceptions du terme « recluse » : la recluse est une araignée originaire du continent américain, qui est présente depuis peu dans le sud de la France. Sa morsure est parfois douloureuse et dangereuse. La « recluse », c’est aussi une pénitente qui, au Moyen Âge, s’emmurait dans un reclusoir, dans lequel elle survivait parfois très longtemps, grâce à la nourriture déposée dans un petit orifice, au gré de la charité publique. On apprend toujours beaucoup dans les polars de Vargas, même lorsque Danglard, le flic érudit de la brigade passe au second plan, ce qui est le cas dans cet épisode.

L’enquête d’Adamsberg évolue au gré des « bulles gazeuses » qui se croisent dans le cerveau du commissaire. Autant de « proto-pensées » indéfinissables, proches de l’intuition, qui finissent par devenir de véritables pensées et aboutissent à des avancées remarquables dans l’enquête. Tout n’est pas crédible et l’intrigue devient parfois tortueuse, voire alambiquée ou nébuleuse -Adamberg n’est-il pas « dans les brumes » ? -mais c’est là tout le charme du roman : Fred Vargas excelle dans l’usage des mots et des concepts avec lesquels elle joue comme une virtuose jusqu’à fournir à ses lecteurs un vrai plaisir intellectuel. Et c’est cela qui compte, comme dans les autres romans de Fred Vargas : l’enquête n’est qu’un prétexte, même si on la dévore, et c’est aussi pour tout le reste que l’on aime Fred Vargas : les personnages, notamment Adamsberg et ses méthodes peu cartésiennes mais si efficaces, l’atmosphère poétique, la qualité de l’écriture, les références historiques…tout ce qui fait de « Quand sort la recluse » non seulement un excellent polar, mais surtout un excellent roman !

Quand sort la recluse, Fred Vargas, Flammarion, Paris, mai 2017, 478 p.

 

Challenge Polars et thrillers chez Sharon, et challenge Femmes de lettres chez George.

L’homme qui s’envola, Antoine Bello

Walker a tout réussi : à quarante-trois ans, il dirige une entreprise florissante. Il s’entend à merveille avec son épouse Sarah. Ils ont trois enfants qui ne posent aucun problème majeur. Ils sont appréciés de leur entourage et sont heureux de vivre au Nouveau-Mexique, à Albuquerque ; dans une très belle maison, cela va de soi…

Walker ne regrette qu’une chose : ne jamais disposer de temps pour faire ce qu’il aime. Et pourtant Walker aime aller vite, il lui faut de l’action en permanence et il a développé toutes sortes de stratégies pour gagner du temps en toutes circonstances. Mais il a l’impression de ne plus rien contrôler, de se retrouver embrigadé dans un futur qui se déroule devant lui, dessiné jusque dans ses moindres détails.

Alors, bien qu’il aime sa femme, bien qu’il ne songe pas un instant à abandonner ses enfants, il joue à imaginer comment il pourrait fuir ce quotidien devenu trop pesant. Il va même jusqu’à faire des préparatifs pour organiser sa possible disparition. Cela le rassure, l’amuse et ne porte pas à conséquence. Jusqu’à ce que, poussé naturellement, de par son caractère, vers l’accomplissement de ce qu’il entreprend – il ne procrastine jamais, lui -, il en vienne à projeter son avion sur une montagne, après avoir pris soin de s’en éjecter auparavant. Tout était prêt, bien entendu, pour qu’il apparaisse évident à tous que Walker n’avait pas pu réchapper à cet horrible accident.

Walker avait bien pensé que l’assurance, contractée quelques années plus tôt afin de protéger son entreprise en cas de disparition prématurée de son patron, rechignerait à payer : les sommes en jeu sont en effet trop énormes pour qu’une enquête ne soit pas, au minimum, envisagée. Mais comble de malchance pour Walker, c’est à Nick Shepherd, un véritable génie dans son domaine, qu’il incombe de résoudre cette affaire particulièrement difficile.

Ouvrir un roman d’Antoine Bello signifie se lancer dans une aventure plus ou moins rocambolesque, toujours intelligente, au cours de laquelle on ne s’ennuie pas un instant : jusqu’à la fin, on se demande qui va gagner cette chasse à l’homme. Comme d’habitude, l’auteur nous propose un roman très bien ficelé, un thriller psychologique qui n’a pour raison d’être que l’envie d’illustrer le besoin de liberté de l’homme moderne.

Certes, « L’homme qui s’envola » pose quelques questions, mais n’a pas la prétention de vouloir y répondre. Il n’est jamais moralisateur et pousse les lecteurs, qui pourraient à juste titre se prendre à juger sévèrement Walker de son attitude irresponsable ou s’interroger sur le rôle joué par son épouse, à préférer se laisser gagner par le plaisir de l’aventure elle-même… un très bon divertissement !

 

L’homme qui s’envola, Antoine Bello, Gallimard, Paris, avril 2017, 317 p.

 

 

Une sale affaire, de Marco Vicchi

une-sale-affaire-marco-vichiAprès avoir découvert il y a quelques mois le commissaire Bordelli dans le roman éponyme de Marco Vichi, j’ai craqué cet été pour le second tome en italien, afin de voir si l’écriture de l’auteur était abordable en VO. C’est tout à fait le cas et j’ai beaucoup apprécié ce second tome qui cette fois développe deux enquêtes que Bordelli mène parallèlement. On se souviendra que le premier volume faisait la part belle aux personnages de sorte que l’enquête était presque secondaire, ce qui n’est plus le cas dans « Une sale affaire ».

Nous sommes à Florence en avril 1964. Le commissaire Bordelli reçoit la visite de Casimiro, un nain qu’il connaît depuis une vingtaine d’années. Celui-ci raconte avoir failli trébucher sur un cadavre alors qu’il se promenait de nuit dans un champ à la lisière de la ville. Quand Bordelli et Casimiro arrivent sur les lieux, il n’y a plus trace du corps. Seule une bouteille de cognac traîne par terre, ce qui amène Bordelli à mettre en doute les dires du nain. Au même moment, un doberman déchaîné fond sur eux et Bordelli a tout juste le temps de sortir son Beretta et de tirer. L’animal tombe raide mort et Casimiro en est quitte pour une grosse frayeur.

Alors qu’ils rejoignent la voiture de Bordelli, ce dernier décide de retourner  inspecter les lieux. Le cadavre du chien n’est déjà plus là et Bordelli entend des bruits qui semblent venir du jardin de la villa voisine. La maison appartient à un certain Baron Von Hauser, un Allemand qui ne vient que de temps en temps. Une gouvernante âgée et revêche veille sur les lieux en son absence. Le commissaire Bordelli n’apprend rien de cette visite et il s’apprête à abandonner l’affaire lorsque Casimiro est découvert assassiné. Très affecté par cette nouvelle, Bordelli décide de mettre les bouchées doubles.

C’est alors qu’une nouvelle affaire vient secouer la ville : le corps d’une petite fille vient d’être retrouvé dans un parc : elle a été étranglée et porte une vilaine morsure sur le ventre. Une seconde victime laisse craindre le pire et Bordelli enrage de ne pas avancer dans son enquête. Il faut à tout prix éviter que la série noire se poursuive… Il n’oublie pas pour autant le meurtre de Casimiro, mais là également, l’enquête piétine.

Cette deuxième aventure de Bordelli comporte, comme la première, de nombreuses références à la seconde guerre mondiale qui a beaucoup marqué le principal protagoniste, ainsi que tous ceux qui l’entourent. Des retrouvailles avec le Docteur Levi, qui appartient à une organisation secrète dont le but est de retrouver d’anciens criminels de guerre nazis, sont l’occasion pour Bordelli d’évoquer cet aspect de l’après-guerre.

Côté sentiments, le commissaire Bordelli n’est pas en reste : s’il n’abandonne pas sa complice, la douce et réconfortante Rosa, il n’en fait pas moins connaissance d’une jeune femme de vingt-cinq ans qui lui rend, pour un temps seulement, une seconde jeunesse !  Le jeune collègue du commissaire tombe quant à lui amoureux de la belle Sonia : un sarde et une sicilienne, voilà qui laisse augurer le pire, selon Bordelli !

« Une sale affaire » confirme le talent de Marco Vichi. L’édition italienne de poche comporte en annexe les photos des lieux fréquentés par Bordelli, complétés par des didascalies de l’auteur. Le troisième volume des enquêtes de Bordelli, publié en  en Italie sous le titre « Il nuovo venuto » (Le nouveau venu) ne devrait pas tarder à sortir en traduction française. Une série à suivre !

Une sale affaire, Marco Vichi, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, éditions Philippe Rey, mars 2016, 288 p.

Una brutta faccenda, Marco Vichi, TEA due, Milano, 2014, 261 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle, du challenge polars et thrillers chez Sharon, du challenge leggere in italiano ici.

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