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Zinc, de David Van Reybrouck

Dans ce petit essai, David Van Reybrouck nous raconte l’histoire d’un minuscule territoire germanophone, situé à l’est de la Belgique, à la frontière avec l’Allemagne actuelle et très proche des Pays-Bas. Lors du congrès de Vienne de 1815 qui a retracé les frontières de l’Europe d’alors, les discussions entre la Prusse et les Pays-Bas (auxquels appartenait la Belgique) achoppent sur cette étroite bande de terre où se trouvait la précieuse mine de zinc de La Calamine. La solution est trouvée un an plus tard, à la signature du traité d’Aix-la-Chapelle : la zone devient territoire neutre et, sous le nom de Moresnet-neutre, elle est administrée conjointement par la Prusse et les Pays-Bas. Un casse-tête pour ce que l’auteur présente comme « une part de tarte de 3.44km2 ».

Venant de Prusse, la jeune Maria Rixen s’installe à Moresnet-neutre, qui est alors une petite ville de 3400 habitants, vers l’automne 1902 et accouche d’un fils quelques mois plus tard. C’est à travers la vie de l’enfant, Emil Rixen, que l’auteur nous raconte le destin singulier de la petite ville. A sa naissance, l’enfant ne reçoit pas la nationalité de sa mère Maria, qui était prussienne, mais il est inscrit comme « sujet neutre ». Au cours de sa vie, il changera cinq fois de nationalité, sans jamais traverser de frontière ; « ce sont les frontières qui l’ont traversé », nous dit l’auteur, au gré des guerres et traités qui se sont succédé au cours du XXème siècle.

 

« Et le voilà Emil, au milieu de soldats allemands et d’anciens nazis, lui qui a donné à son fils le prénom du roi des Belges, et dont la femme a refusé la Mutterkreuz. Le voilà lui, l’homme qui a participé à l’occupation de l’Allemagne sous l’uniforme belge et à celle de la Belgique sous l’uniforme allemand, lui l’enfant adultérin, l’homme dont l’identité, tel un bloc de minerai de zinc, a été fondue et refondue si souvent qu’il en est résulté détachement et résignation. Un moderne Job, frappé et éprouvé par l’histoire. »

 

L’essai du flamand David Van Reybrouck est très intéressant, notamment parce qu’il attire notre attention sur la communauté méconnue et trop souvent oubliée des Belges germanophones. Il pointe aussi du doigt les questions relatives à l’identité, les frontières, le nationalisme. Je n’ai eu qu’un regret après avoir lu ce court essai : que l’auteur n’ait pas fait, du destin de Maria et Emil Rixen, un véritable roman;  certes, David Van Reybrouck a préféré traiter le sujet sous l’angle historique et géopolitique  -l’auteur est un essayiste avant tout-, mais son idée de s’appuyer sur la vie d’Emil Rixen contient un fort potentiel romanesque qui aurait prolongé le plaisir de la lecture…

Zinc, David Van Reybrouck, traduit du néerlandais (Belgique) par Philippe Noble, Actes Sud, novembre 2016, 76p. Prix du livre européen 2017.

 

Livre lu dans le cadre du mois belge chez Anne, rendez-vous avec un auteur flamand et du challenge Objectif Pal 2018 chez Antigone.

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Belgravia, de Julian Fellowes

belgravia-julian-fellowesLe roman s’ouvre à Bruxelles en 1815 sur le grand bal donné par la duchesse de Richmonds. Il s’agit pour elle de réunir la haute société anglaise, et notamment les nombreux réservistes basés à Bruxelles pour protéger la ville face à une possible invasion de Napoléon Bonaparte. La famille de Richmonds s’était elle-même établie à Bruxelles pour montrer sa solidarité avec le duc de Wellington qui y avait installé son QG, mais aussi pour faire des économies, loin des tentations londoniennes. Les temps étaient en effet difficiles, mais pas assez cependant pour renoncer à ce genre de festivités !

Au début du bal, la duchesse est interloquée de voir qu’elle a invité, par l’entremise de son neveu, M. James Trenchard, principal fournisseur de Wellington, qui n’est pour elle qu’un simple « épicier ». Lord Edmund Bellasis, le neveu de la duchesse de Richmonds, n’avait en réalité d’yeux que pour la fille de Trenchard, la belle Sophia, à qui il avait fourni trois invitations, pour elle et ses parents.

Le bal se déroule sans autre déconvenue pour la duchesse, jusqu’au moment où l’on apprend que Napoléon approche dangereusement de Bruxelles. Wellington se prépare à partir pour arrêter les Français du côté de Waterloo, tout comme les nombreux officiers présents au bal, qui commencent à faire leurs adieux à leurs proches. M. et Mme Trenchard retrouvent leur fille Sophia pleurant à chaudes larmes dans les bras du jeune Edmund qui doit lui aussi participer à la bataille désormais inévitable.

Dès le deuxième chapitre, l’auteur nous emmène en 1941, à Londres. La famille Trenchard est devenue très riche et participe à certains « thés d’après-midi » de l’aristocratie. Elle est en effet reçue dans de « grandes maisons » mais n’est pas considérée comme leur égale. Au cours d’une de ces réceptions, Anne Trenchard  rencontre  la vieille duchesse Richmonds, organisatrice du bal de Bruxelles devenu légendaire, et lui apprend que sa fille Sophia est décédée peu de temps après le neveu de la duchesse Lord Edmund Bellasis, tué dans la bataille. La duchesse laisse échapper que sa famille était inquiète d’une possible relation entre Edmund et Sophia, alors impossible à envisager en raison des origines sociales différentes des amoureux. La mère de Lord Edmund, Lady Brockenhurst est présente également, et Anne Trenchard fait sa connaissance. Les deux mères auront bientôt beaucoup à se dire, notamment à propos de Charles Pope, le brillant fils d’un révérend de la campagne, monté à Londres pour faire fortune à la City.

Le bandeau de couverture de « Belgravia » nous rappelle que Julian Fellowes est l’auteur de « Downton Abbey » : de quoi attirer les fans de la série dont je fais partie. Mais en commençant « Belgravia », je pensais surtout retrouver les ingrédients du précédent roman de Julian Fellowes,  « Passé imparfait », appliqués à une autre période de l’histoire.

« Belgravia » tient sans doute davantage de « Downton Abbey » que de « Passé imparfait ». En effet, comme dans la série, l’auteur s’intéresse ici principalement à la vie privée des personnages et à l’exploration de leurs sentiments, même si dans « Belgravia », il est beaucoup moins question de la vie des domestiques que dans « Downton Abbey». Au contraire, dans « Belgravia », ce sont les relations difficiles entre une famille aristocrate et une famille de nouveaux riches qui a réussi dans le commerce, et les amours contrariées qui en découlent, qui sont au centre de l’intrigue.

Ce qui m’a manqué ici, c’est un peu de la profondeur qui existait dans  le roman « Passé imparfait » : on se souvient que Julian Fellowes s’interrogeait sur les souvenirs, leur subjectivité, sur le temps qui passe et la nostalgie qui l’accompagne. « Belgravia » est donc un roman agréable à lire, mais pas indispensable. L’auteur se cantonne-t-il à appliquer une recette qui marche à une autre période ? On a en tout cas l’impression qu’il a moins à dire sur le sujet et s’en tient à une simple histoire très romanesque. Je ne regrette donc pas d’avoir emprunté ce roman en bibliothèque et d’avoir préféré, pour mes achats, d’autres romans de la rentrée littéraire. Je vous conseille de faire de même, ou d’attendre sa sortie en poche…

Belgravia, Julian Fellowes, Traduit de l’anglais par Valérie Rosier et Carole Delporte, JC Lattès,  juin 2016, 476 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge 1% de la Rentrée littéraire 2016

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« Ô mon George, ma belle maîtresse… »

 

o mon George ma belle maitresseC’est en ces termes qu’Alfred de Musset s’adressait à George Sand dans l’une des lettres qu’il lui envoya en 1834, au cours d’une relation brève et mouvementée, mais qui compta beaucoup et laissa des traces dans la vie, comme dans l’écriture des deux amants.

George Sand et Alfred de Musset se rencontrent en 1833, alors qu’ils sont âgés respectivement de vingt-neuf et vingt-trois ans. Ils ne se quittent plus et, comme l’écrit Martine Reid dans sa préface à la correspondance des deux amants, « ensemble, ils écrivent, se lisent leurs textes, s’inspirent mutuellement ». Après quelques mois, ils partent pour Venise, où ils sont, chacun leur tour, malades. Ils sont aussi infidèles. Alfred de Musset quitte Venise seul en mars 1834 et c’est alors que débute vraiment l’échange épistolaire entre les deux écrivains, si l’on excepte quelques lettres de 1833 et début 1834.

La correspondance rassemblée dans ce petit recueil évoque essentiellement les sentiments amoureux et les différents aspects qu’ils revêtent au fil des jours : tour à tour amour passion, amour fraternel, et même amour filial, amitié amoureuse et amitié profonde. La jalousie de Musset, bien que rarement exprimée dans ses lettres, est toujours sous-jacente. Par ailleurs, l’ensemble donne à voir des sentiments exacerbés, tout particulièrement de la part de Musset qui était alors très jeune.

L’attachement pourtant profond de George Sand ne résistera pas à la jalousie de Musset. George Sand se défendra de se jeter totalement dans cette liaison orageuse et finalement impossible à vivre, préférant l’amour, plus équilibré, que lui porte Pietro Pagello, jeune médecin italien rencontré à Venise.

De très belles pages romantiques qui nous replongent avec délice dans un autre temps !

 

Ô mon George, ma belle maîtresse, Alfred de Musset, George Sand, Folio n°5127, Gallimard, Paris, 2010, 143 p.

 

Lu dans le cadre du mois Venise du challenge Il viaggio chez Eimelle, du challenge vénitien, et du challenge un classique par mois chez Stephie.

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Challenge un classique par mois

Mystère rue des Saints-Pères : Victor Legris, libraire et détective

Mystère rue des Saints-Pères, IznerPour ce premier tome des enquêtes de Victor Legris, l’auteur, Claude Izner -ou les auteures, puisque Izner est le pseudonyme adopté par deux sœurs-, nous plonge au cœur de l’exposition universelle de 1889, à Paris.

Victor Legris, jeune libraire, a rendez-vous avec son ami journaliste Marius Bonnet et son associé et père adoptif, Kenji Mori, au premier étage de la toute nouvelle Tour Eiffel. Marius annonce à son ami la création d’un nouveau quotidien, Le passe-partout, dont il est directeur et rédacteur en chef, et lui propose d’en assurer les chroniques littéraires. Il en profite pour présenter à Victor ses futurs collègues, dont la très charmante Tasha Kherson, illustratrice et caricaturiste.

Au même moment, une jeune femme qui visite la Tour Eiffel avec ses trois neveux, se sent mal suite à une piqure d’abeille, et s’effondre, morte. C’est un scoop pour Le passe-partout et les journalistes saisissent aussitôt cette occasion en or. Victor Legris se trouve malgré lui pris par ce qu’il considère rapidement comme un meurtre et mène l’enquête, délaissant la librairie qu’il laisse aux bons soins de son commis, le jeune et brillant Joseph. Son énigmatique associé, Kenji Mori en fait de même, absorbé lui aussi par d’étranges rendez-vous…

J’ai beaucoup aimé le charme subtil de ce roman dont l’intérêt principal réside, à mon avis, non pas dans l’intrigue policière, mais bien dans l’évocation du Paris de cette fin XIXème qui regorge d’artistes : on croise des écrivains, des peintres impressionnistes –tels Van Gogh et Cézanne, alors boudés par le public. La librairie de la rue des Saints-Pères est prétexte à disséminer dans le roman de multiples références littéraires de l’époque. On rencontre ainsi différents auteurs oubliés de nos jours. On se retrouve dans l’ambiance du journalisme et des débuts de la photographie, et les détails fournis par l’auteur sur l’art, la technique (la linotype), ou la multiplication des courants littéraires, parviennent à plonger le lecteur dans l’ambiance particulière de cette fin de siècle.

« Mystère rue des Saints-Pères » est en outre un roman très bien écrit, qui se termine sur une histoire d’amour, dont on imagine qu’elle se poursuivra dans le deuxième tome. A suivre donc…

Mystère rue des Saints-Pères, Claude Izner, 10 /18 n° 3505, collection Grands Détectives, Paris, mars 2003, 283 p.

 

Livre lu dans le cadre d’une lecture commune organisée par Bianca, avec Bianca, Céline, Fanny, Camille, Laure et Claire dont vous retrouverez les avis ici.

Et du challenge Polar historique chez Sharon

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Senso, de Camillo Boito

 

sensoCamillo Boito est né en 1836 à Rome et mort en 1914 à Milan. Architecte et écrivain, il n’a écrit que quelques nouvelles, ainsi que des essais concernant les arts et la restauration du patrimoine. Son frère, Arrigo Boito, fut une des figures de proue de la “Scapigliatura” milanaise, courant qui s’oppose à la culture officielle et se tourne vers l’expression de la folie, du macabre, et du morbide. Nous sommes au début du processus d’unification italienne, entre 1860 et 1888, à la transition entre le romantisme, le vérisme et le décadentisme. Ces auteurs rêvent à un accord parfait entre les trois arts qu’ils affectionnent, poésie, musique et peinture.

Camillo Boito n’est connu que pour sa nouvelle « Senso », court récit qui a été adapté au cinéma par Luchino Visconti en 1954. En un peu moins de soixante pages, la Comtesse Livia confie à son « carnet secret » une aventure vécue seize ans auparavant, alors qu’elle n’avait que vingt-trois ans et était mariée depuis peu à un vieux et digne représentant de la noblesse tyrolienne, mariage qu’elle avait cyniquement choisi, pour des motifs peu louables et  contre l’avis de sa famille.

Le récit commence à Venise où la belle Livia promène sa vanité et parade au milieu d’une cour d’officiers et de fonctionnaires, parmi lesquels elle remarque le beau Remigio. Celui-ci n’hésite pas à séduire la Comtesse, en pénétrant dans la « sirène » -large vasque entourée de parois de bois- dans laquelle elle se baigne nue le matin. Ainsi commence une liaison en apparence follement romantique, mais qui devient très vite pour la jeune femme inexpérimentée un piège sordide dont elle se vengera avec une cruauté ne souffrant aucun remord !

« Senso » est une magnifique nouvelle où le romantisme et le cynisme atteignent des sommets. L’écriture est précise et concise, et excelle à placer le lecteur à plusieurs reprises au centre d’un tableau vénitien dont il imagine sans peine les couleurs, les ombres et les reflets de l’eau omniprésente. La scène dans laquelle Remigio apparaît dans l’eau de la « sirène » est d’une grande beauté, à l’opposé de ce que deviendront les sentiments des amants quelques mois plus tard…

Senso, carnet secret de la Comtesse Livia, Camillo Boito, traduit de l’italien par Jacques Parsi, Actes Sud, Babel, Paris, 1994, 61p.

 

Lecture faite dans le cadre du challenge Il Viaggio, du challenge Italie 2015, du Challenge vénitien et du challenge Un classique par mois.

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Le mystère de Roccapendente, de Marco Malvaldi

Le mystère de RoccapendenteNous sommes en Toscane, dans la région de la Maremma, en 1895. Le soleil se lève sur le château de Roccapendente. Ce n’est qu’en fin d’après-midi, quand la chaleur commence à diminuer, que le Baron et son entourage sortent du château. Ce jour-là, il s’agit pour la famille Bonaiuti di Roccapendente d’accueillir un invité de marque, le célèbre cuisinier  Pellegrino Artusi, qui a d’ailleurs réellement existé. Chacun y va de son commentaire, essayant d’imaginer l‘apparence de l’hôte attendu : il est vrai qu’à l’époque, comme nous le rappelle l’auteur, on ignore beaucoup de choses sur le compte des personnes célèbres :

« En fin de compte, on se trouve à la fin du dix-neuvième siècle, où les gens célèbres le sont en général pour ce qu’ils font ou ce qu’ils disent, non pour leur aspect physique qui, le plus souvent, demeure inconnu de tous, ou presque. Heureux temps ».

Tandis que la famille guette l’arrivée de son hôte illustre, Marco Malvaldi nous présente une savoureuse galerie de personnages : le Baron a deux fils, Gaddo et Lappo, ainsi qu’une fille, Cecilia. Le fils aîné, Gaddo, toise ses semblables du haut de son arrogance oisive d’homme du monde qui n’est habile qu’à dilapider la fortune familiale. Quant au plus jeune, Lappo, il n’est guère intelligent : poète à ses heures, mais sans talent, Gaddo vit dans l’espoir de rencontrer son idole, le grand poète italien -et toscan- Carducci. Le portrait est en effet sévère :

« Une des malédictions les plus communes pour les hommes puissants est d’avoir un fils idiot. Les exemples historiques sont innombrables avec une évidence particulière dans le monde politique… ».

Au contraire, Cecilia est une jeune fille intelligente au regard franc, malheureusement enfermée dans la retraite forcée des femmes nobles de cette époque. La grand-mère, mère du Baron, est âgée bien sûr, mais aussi obèse et paralytique : une « dignité à roulettes », qui est aidée par Mademoiselle Barbarici, son infirmière et dame de compagnie, qui a peur d’absolument tout et subit en permanence les humiliations de l’odieuse grand-mère. Ajoutons à cela les cousines du baron, deux sœurs qui ont en commun d’être vieille fille et de mener une vie inutile. Enfin, les domestiques : Teodoro, le majordome du baron, la cuisinière Parisina, et la femme de chambre Agatina qui vivent dans les sous-sols, où les maîtres ne descendent presque jamais.

Le lendemain de l’arrivée du grand Artusi, la maisonnée est réveillée par un cri inhumain : le majordome est découvert mort, dans la cave, où il se trouve enfermé de l’intérieur. Teodoro était un majordome élégant, d’une aide précieuse, et à l’esprit facétieux, lui qui n’hésitait pas à ne porter ni chaussettes ni caleçon sous son uniforme, en raison de la chaleur. Le médecin ne pouvant conclure à une mort naturelle, il appelle le délégué à la sécurité publique, Artistico, qui vient rapidement mener son enquête. Sa présence n’empêchera toutefois pas le Baron d’être lui-aussi victime d’une tentative d’assassinat…

Le mystère évoqué dans le titre n’est finalement pas l’élément essentiel de ce roman très réjouissant. Comme le titre français, celui de l’édition espagnole met l’accent sur l’enquête, et l’on pourrait traduire « El caso del mayordomo assessinado » par « L’affaire du majordome assassiné ». Pourtant l’édition italienne ne fait aucune référence à l’intrigue policière : le titre, « Odore di chiuso » que je traduirais par « une odeur de renfermé » évoquant davantage la fin d’un monde, et le huis clos dans lequel vit la famille Bonaiuti.

En effet, tout est prétexte à la moquerie de l’auteur qui se place souvent en commentateur averti de l’affaire. Nous sommes à la fin du XIXème siècle, soit trente ans après le début d’une unité italienne qui n’est pas toujours réalisée dans les faits. La noblesse joue encore un rôle prépondérant, dans les campagnes notamment, mais elle est en pleine décadence et commence à perdre peu à peu son pouvoir.

« Le problème, quand on a été élevé de manière dogmatique, réside en ce que, en général, sitôt sorti des situations connues et définies, dans lesquelles on est parfaitement à l’aise, on perd la tête. Le code du savoir-vivre du noble bien éduqué, par exemple, n’expliquait pas du tout de quelle manière il faut se comporter quand on tire sur un de vos parents par traîtrise à travers une haie ».

Peu habitué à recevoir des ordres, le baron (terme parfois utilisé par l’auteur dans une acception plus moderne faisant référence à « un certain type de personnes et leur utilisation de la chose publique ») et sa famille n’acceptent pas l’ingérence du délégué à la sécurité publique. Lequel est lui aussi prompt à laisser libre cours à ses préjugés en accusant rapidement la femme de chambre. A travers ce portrait d’un monde décadent surgit une critique de l’Italie contemporaine, qui fait du Mystère de Roccapendente, une lecture très divertissante.

Le mystère de Roccapendente, Marco Malvaldi, 10/18, Collection Grands Détectives, Paris, juin 2013, 209 p.

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Un des personnages principaux du « mystère de Roccapendente » de Marco Malvaldi est le cuisinier italien Pallegrino Artusi qui a réellement existé : né en 1820 et mort en 1911, Artusi est l’auteur du livre qui a contribué à construire l’identité culinaire des italiens, « La scienza in cucina e l’arte di mangiar bene » (La science en cuisine et l’art de bien manger »).

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Publié pour la première fois en 1891, « La scienza in cucina e l’arte di mangiar bene » a été la source de l’inspiration culinaire de plusieurs générations de chefs. Son auteur, Pellegrino Artusi, y a réuni 475 recettes, fruit d’années d’expérience et de nombreux voyages. L’auteur a procédé à de nombreux ajouts, et la dernière édition publiée après sa mort ne contenait pas moins de 790 recettes. Le livre est régulièrement réédité en Italie : la dernière édition, commentée et annotée, a été publiée en 2010.

 

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La ville natale d’Artusi, Forlimpopoli, en Emilie-Romagne, accueille aujourd’hui de nombreuses manifestations dédiées à la cuisine. Depuis 1997, la Festa artusiana, se déroule chaque année pendant une dizaine de jours au mois de juin et réunit des gastronomes en tous genres, amateurs et spécialistes, autour de dégustations, de cours, de conférences, avec la présence dans la ville, bien sûr, de nombreux points de restauration…

 

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Une maison dédiée à Artusi a également été créée en 2007 : la casa Artusi est un centre consacré à la culture gastronomique, et plus particulièrement à la cuisine domestique ou familiale.

Pour en savoir plus (source) : http://www.pellegrinoartusi.it/

 

Livre lu dans le cadre du challenge Il viaggio chez Eimelle,  du challenge Histoire, chez Lynnae, et du challenge Au service de, chez The frenchbooklover.

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