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Les « Légendes des pays du Nord » à Evian

Le très beau Palais Lumière d’Evian accueille en ce moment une exposition de saison et de circonstance, puisqu’elle est consacrée aux Légendes des pays du Nord. En fait, l’exposition s’attache essentiellement aux grands noms de l’illustration finlandaise dans le domaine des contes. C’est à Alexander Reichstein, illustrateur russe d’ouvrages pour la jeunesse, que l’on doit la scénographie de l’exposition : un univers de forêts, de neige et d’eau, des tons verts et bleus, qui recréent l’atmosphère des contes du grand nord.

 

 

 

Dans une première salle, on fait connaissance avec le Grand Kalevala, chant poétique en rimes fondé sur des mythes multiséculaires très connus en Finlande. Il s’agit de contes populaires finlandais collectés auprès des bardes de Carélie. En 1917, alors que la Finlande naissait comme Etat indépendant, un artiste cherche à illustrer ces contes : Akseli Gallen-Kallela (1865-1931) veut en effet leur donner une nouvelle forme littéraire et artistique qui colle mieux à leur origine très ancienne. C’est après un séjour au Nouveau-Mexique où il découvre le répertoire décoratif des indiens de Taos, qu’Akseli Gallen-Kallela entreprend un projet de livre enluminé qui respecte l’archaïsme du mythe.

 

La seconde salle de l’exposition nous présente les peintures de Joseph Alanen (1885-1920) qui illustrent le Kalevala. Ces toiles méconnues provenant dune collection particulière sont présentées pour la première fois. La plupart ont d’ailleurs été encadrées pour l’occasion. La technique a tempera utilisée par le peintre, sur une toile grossière, donne l’impression que nous sommes face à une tapisserie. Les toiles, de même format, et qui ont en commun une palette restreinte et harmonieuse, laissent à penser que les peintures faisaient partie d’une projet général et qu’elles étaient destinées à être présentées ensemble. En s’affranchissant du réalisme, Joseph Alanen prend sa place parmi les grands peintres modernes du début du XXème siècle. Sa disparition précoce explique qu’il soit tombé dans l’oubli.
Nous descendons et découvrons une salle consacrée à Rudolf Koivu (1890-1946), grand illustrateur finlandais né à Saint-Petersbourg et donc influencé par la culture et les contes russes. De très belles aquarelles, fines et infiniment variées évoquent les contes finlandais.
Les oeuvres lumineuses et gaies de Martta Wendelin (1893-1986) faisaient rêver les enfants finlandais au moment de Noël. Elles décoraient des magazines, des livres de contes et des cartes de Noël.
Enfin, la dernière salle présente le manoir légendaire de Suur-Merijoki, oeuvre totale alliant architecture et arts décoratifs, aujourd’hui disparue.
Voilà une très belle exposition à découvrir en famille, pour laquelle je vous conseille la visite commentée. Alors, si vous passez du côté d’Evian avant le 17 février prochain, allez y faire un petit tour.
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L’amour harcelant, Elena Ferrante

 

Amalia, la soixantaine, se noie la nuit de l’anniversaire de sa fille, Délia. On la retrouve avec pour seul vêtement un soutien-gorge, neuf et d’une marque de luxe, alors que ce n’est pas son habitude de porter ce genre de lingerie. La noyade est suspecte : est-elle le fruit d’un accident ou d’un suicide ? Peut-être même d’un meurtre ? Délia commence une enquête méticuleuse qui va l’amener à fouiller dans ses souvenirs d’enfance, sur les traces d’une mère séductrice qui, peut-être, menait une double vie. Se dessine alors un rapport mère-fille très ambigu, à la fois glaçant et passionné, allant de l’empathie ponctuelle à la haine profonde, sur fond de violences familiales.

« L’amour harcelant » démarre comme un roman policier, mais ce n’en n’est pas un. L’ambigüité est partout, dans le genre littéraire, mais aussi dans les personnages, parfois grotesques, toujours surréalistes. Sous l’œil précis de la narratrice, qui ne nous épargne pas les détails obscènes de ce que j’appellerai plutôt son cheminement que son enquête, nous évoluons dans une atmosphère assez sinistre.

Elena Ferrante nous offre des descriptions détaillées de Naples, par exemple du quartier du Vomero, où tout paraît sale et négligé, et donc très éloigné de la réalité. Tout ce qui concerne Naples et le passé de Délia est visiblement douloureux. La figure du père elle-même est sordide. Dans les moments les plus sombres, la narratrice, Délia, recourt au dialecte, ce napolitain qu’elle ne veut pourtant plus parler. L’écriture est très littéraire, rien n’est laissé au hasard, mais elle est aussi très animale car elle fait appel à tous les sens.

Au total, « L’amour harcelant » (à mon sens « l’amour meurtri », comme traduction de « L’amore molesto », aurait été plus évocateur) est un roman cruel, négatif et ambigu, que je n’ai pas aimé. Ceci dit, j’ai été ravie de l’avoir lu, car il m’a aidé à comprendre en profondeur la saga d’Elena Ferrante, « L’amie prodigieuse », qu’elle a écrit vingt ans plus tard. Tous les thèmes de « L’amie prodigieuse » étaient déjà présents dans « L’amour harcelant » :  la peur de l’abandon, le rapport ambivalent à la mère, la sensualité, un certain dégoût pour le dialecte, la ville de Naples. Ils seront développés et présentés de façon plus objective et équilibrée dans la saga qui a rendu célèbre Elena Ferrante dans le monde entier.

L’amour harcelant, Elena Ferrante, traduit de l’italien par Jean-Noël Schifano, Collection Du monde entier, Gallimard, Paris,1995, 192 p.

 

Livre lu dans le cadre du Challenge Il viaggio chez Martine et du Challenge Objectif Pal chez Antigone.

 

L’axe du loup, de Sylvain Tesson, et A marche forcée, de Slavomir Rawicz.

 

 « A marche forcée », de Slavomir Rawicz raconte le périple d’un groupe d’hommes, évadés du goulag, du cercle polaire à l’Himalaya, en 1941-1942. Soixante ans plus tard, Sylvain Tesson a suivi leurs traces et leur a rendu hommage dans « L’axe du loup ».

Slavomir Rawicz est un jeune officier de cavalerie polonais. Né de père polonais et de mère russe, son crime était de vivre en Pologne orientale, près de la frontière russe et de parler trop bien le russe pour un Polonais. Suspecté d’espionnage, il est fait prisonnier par les Soviétiques dès le début de la seconde guerre mondiale. Après quelques mois de torture et un simulacre de procès, il est envoyé en Sibérie orientale purger une peine de vingt-cinq ans d’emprisonnement.

Rawicz raconte les interrogatoires, le procès, la déportation en wagon à bestiaux jusqu’aux confins de la Sibérie, puis la longue marche  jusqu’au camp 303 , non loin de Iakoutsk et du cercle polaire, et enfin les premiers mois de travaux forcés au sein du camp. Déterminé à survivre, le jeune homme, qui n’a alors que vingt-cinq ans, envisage rapidement une évasion et avec l’aide de la femme du commandant du camp, il réunit une petite équipe de prisonniers et un jour de printemps, alors que la tempête de neige s’annonce idéale pour recouvrir leurs traces, les prisonniers s’élancent vers le sud, à pied, avec des miches de pain rassis et quelques peaux de zibeline pour tout vêtement.

« A marche forcée » devient alors le récit de ce cheminement à pied, d’abord vers le Lac Baïkal, puis à travers la Mongolie et le désert de Gobi, jusqu’aux contreforts de l’Himalaya qu’il faudra franchir pour arriver enfin en Inde. Les compagnons de cette marche forcée souffrent de la faim, de la soif et d’épuisement, mais leur détermination est sans faille et elle va conduire les plus forts d’entre eux jusqu’à la liberté.

Publié en 1956, ce récit a fait l’objet de vives critiques, dès sa parution, puis plus récemment. L’auteur n’aurait pas accompli lui-même cette évasion et la longue marche qui s’en est suivie, comme il le prétend, mais aurait écrit le récit d’un autre évadé. Il est vrai que l’accumulation des épreuves subies par ces quelques hommes peut sembler excessive, notamment lorsqu’ils affrontent le désert de Gobi puis l’Himalaya. Le lecteur en vient à se demander comment ils ont pu échapper à tant de difficultés… Mais  le récit reste particulièrement captivant et je l’ai lu d’une traite à la faveur d’un voyage ferroviaire.

 

C’est le livre de Sylvain Tesson qui m’avait poussé à acheter le récit de Slavomir Rawicz. En effet, agacé par les controverses suscitées par le livre de Rawicz, Sylvain Tesson, marcheur infatigable, a décidé il y a quelques années de refaire le voyage des évadés du camp 303. Il est parti de Sibérie vers le sud, à pied, de temps en temps à cheval et à vélo, mais toujours au seul « rythme de (son) effort physique », sur le « chemin de la liberté ». Il a connu les affres de la faim et du climat, même s’il ne se trouvait pas dans les mêmes conditions de dénuement que les prisonniers d’« A marche forcée ».

Comme à son habitude, Tesson nous livre de magnifiques pages, où les découvertes géographiques se mêlent aux rencontres souvent amicales. « L’axe du loup » est évidemment très différent du livre de Rawicz car Tesson ne devait pas se cacher ni éviter les rencontres pendant toute la partie du trajet qui se déroule en Sibérie. Loin d’être une redite de l’ouvrage de Rawicz, « L’axe du loup » lui est donc complémentaire et je vous conseillerais de le lire après « A marche forcée » que Sylvain Tesson vient éclairer.

L’objectif de Tesson n’était pas de mener une enquête pour déterminer si Rawicz avait dit vrai. En effet, l’écrivain-voyageur  ne se prononce pas, même s’il a pris le parti de croire le récit de Rawicz, comme il le souligne dès les premières pages : « Le drame des hommes à l’existence romanesque est qu’on les tient pour des affabulateurs quand ils racontent leur vie ». Il sait de quoi il parle !

Les arguments historiques que Sylvain Tesson développe ne sont pas sans fondements. Et en ce qui me concerne, j’ai envie de croire avec lui et de faire « mienne » sa profession de foi : « culturellement, je serais plutôt du côté des cœurs simples, qui aiment à croire aux belles histoires que du côté des sceptiques qui sont toujours prompts à réfuter chez les autres des actes qu’eux-mêmes n’auraient pu accomplir ».

 

À marche forcée, Slavomir Rawicz, traduit de l’anglais par Eric Chédaille, Libretto, Paris, 2011, 328p.

L’axe du loup, Sylvain Tesson, Pocket n°12815, Paris, 2007, 277 p.

 

Deux livres tirés de ma Pal pour le Challenge Objectif Pal 2018 chez Antigone.

 

Blogoclub : Le refuge des cimes, d’Annemarie Schwarzenbach / Et vos lectures

 

Pour ce numéro un peu spécial du Blogoclub, puisque nous pouvons parler du livre de notre choix, j’ai eu beaucoup de mal à me décider. L’exercice est toujours plus difficile quand il ne comporte pas de contraintes, mais il m’a permis de relire de nombreux billets anciens, jamais publiés, ou publiés sur mon premier blog qui avait été piraté et que je n’ai jamais remis en ligne lors de la création de la nouvelle version du Livre d’après. Finalement, après beaucoup de tergiversations, et parce que le but est notamment de favoriser les découvertes, mon choix s’est porté sur une auteure suisse peu connue et de grande qualité, Annemarie Schwarzenbach, et son très beau roman, « Le refuge des cimes ».

 

Publié pour la première fois en 2013 en édition de poche, quelques années après sa  première traduction française, « Le refuge des cimes » n’est pourtant pas un roman récent.  Il s’agit du quatrième roman d’Annemarie Schwarzenbach, auteur originaire de Suisse allemande, née en 1908 et décédée en 1942, et dont les œuvres, romans et récits de voyage, n’ont été publiées en français que dans les années 90 et 2000. « Le refuge des cimes » était d’ailleurs considéré comme un texte perdu, auquel seuls quelques articles de journaux suisses faisaient référence, jusqu’à la découverte d’un manuscrit en 1997 à la bibliothèque de Zurich, au sein d’un legs de la maison d’édition qui avait publié deux autres ouvrages d’Annemarie Schwarzenbach. C’est d’ailleurs à partir de ce texte original qu’a travaillé la traductrice française, Dominique Laure Miermont.

« Le refuge des cimes » a été écrit au début des années 1930 et met en scène des personnages de la bourgeoisie helvétique ou allemande, confrontés à des difficultés existentielles nées de la crise de l’entre-deux-guerres. Francis est l’un d’eux : expatrié une première fois en Amérique du Sud, il pense n’avoir pu saisir sa chance là-bas et rentre en Europe où le désœuvrement le gagne. Réfugié dans une station de ski fictive au-dessus d’Innsbruck, Alptal, il attend l’événement qui lui donnera l’occasion de quitter l’inertie qui l’envahit, tout comme les autres personnages qu’il fréquente et qui, comme lui, sont à la recherche d’une voie, d’un avenir même : il y a Adrienne Vidal, dont la maladie l’oblige à rester en montagne, alibi facile pour excuser le peu d’attention qu’elle prête à son fils, le jeune Klaus. Il y a aussi Wirtz, moniteur de ski malhonnête, tricheur et menteur, Matthisel, jeune groom influençable et Esther von M., la jeune épouse d’un riche vieillard, qui noie son ennui dans les hôtels de luxe et les bars des grandes stations.

Les protagonistes hésitent à redescendre, craignant de retrouver dans les vallées la noirceur de la société. Il veulent échapper au monde d’en bas, qu’il faut fuir et combattre, tout comme l’auteure elle-même s’était réfugiée à Zürs en Autriche pour écrire ce roman, désapprouvant la montée du fascisme en Allemagne et cherchant comment lui marquer son opposition.

 » (…) désormais elle savait que les montagnes sont davantage qu’un beau paysage héroïque, qu’elles dégagent de grandes forces et en libèrent dans l’être humain, le conduisant ainsi tout près des sources originelles. On y vivait comme aux premiers temps de l’humanité, dans le voisinage des vents, des aurores, des levers et des couchers de soleil, mais très loin de tous ceux qui jugent sans trop savoir du bien et du mal, de l’apte et de l’inapte, du bénéfique ou du nuisible ».

Les pages décrivant la montagne sont particulièrement évocatrices. À ces descriptions classiques, succèdent des monologues intérieurs de facture plus moderne, dont les questionnements sont toujours d’actualité. Et aussi de très beaux passages sur l’exil et la recherche d’un sens à donner à sa vie.

« Le refuge des cimes » m’a d’abord frappé par son charme un peu désuet et la mélancolie qui s’en dégage. Puis il m’est apparu comme un roman transposable aujourd’hui car, si le décor a changé, les difficultés de communication et les frustrations demeurent finalement les mêmes.

« On était toujours dans l’attente de quelque chose (…). Et quand tout d’un coup tout cela arrivait, on était déçu, c’était un jour comme les autres, mis à part une heure de tension particulière. »

Une belle lecture et une auteure à découvrir !

 

Le refuge des cimes, Annemarie Schwarzenbach, Petite Bibliothèque Payot, Edtions Payot et Rivages, Paris, Janvier 2013, 266 p.

 

 

Les lectures présentées par les membres du Blogoclub :

 

 

Et les colosses tomberont, de Laurent Gaudé, par Gambadou.

Consuelo, suivi de La comtesse de Rudolstadt, de George Sand, par Cléanthe.

My absolute darling, de Gabriel Talent (audio), par Sylire.

-Un gentleman à Moscou, de Amor Towles, par Eve.

-Sans nom, de Wilkie Collins, par Itzamna.

– Au petit bonheur la chance, d’Aurélie Valogne, par Amandine :

Au petit bonheur la chance / Aurélie Valogne
Jean a 6 ans en 1968. Sa mère le dépose chez sa grand-mère, Lucette. Elle a besoin de temps pour s’installer, trouver un travail, avant de reprendre son fils dans un endroit confortable. Mais les jours et les semaines passent, sans nouvelles. Lucette, qui vit seule depuis la mort de son mari, et Jean doivent s’apprivoiser.
Sans avoir vécu cette période, j’ai replongé dans des souvenirs d’enfance, avec cette lecture. Lucette n’a ni frigo, ni télé et encore moins l’eau courante. Et elle doit chaque jour aller chercher une bassine d’eau en bas de son immeuble. Pourtant, cela ne l’empêche pas de faire sa vie et voit d’un oeil méfiant tous ces appareils modernes qui apparaissent dans les foyers. Rien ne vaut un torchon humide pour garder les aliments au frais !
Jean se voit chamboulé par tous ces changements, et attend désespérément des nouvelles de sa mère. Petit à petit, déçu, il se renferme jusqu’à détester cette dernière. Et Lucette, malgré son autorité, doit faire face à cette situation en apportant du réconfort à son petit-fils.
A la fois drôle, touchant, ce roman se lit facilement. J’ai eu du mal à le lâcher car je me suis bien attachée aux personnages. Jusqu’à une fin pleine d’émotions. Un bon roman à lire au coin du feu…
Amandine.

 

 

L’homme du lac, Arnaldur Indridason

 

Petit intermède policier dans ma découverte des nouveautés de la rentrée littéraire, « L’homme du lac » d’Arnaldur Indridason, tiré de ma Pal où il était relégué depuis plusieurs années, s’est révélé très intéressant sur le plan historique.

Une jeune hydrologue, venue faire des relevés scientifiques au bord d’un lac islandais dont le niveau baisse anormalement, découvre un squelette à moitié enfoui dans la terre et peu à peu mis au jour par l’eau qui se retire.  Appelée sur les lieux, la police commence son enquête et il apparaît bientôt que le squelette se trouve sous l’eau depuis plusieurs décennies et qu’il y a donc peu de chances que l’on sache un jour de qui il s’agit. Pourtant, le commissaire Erlendur, passionné par les disparitions, s’entête à vouloir en découvrir l’identité.

La présence d’un vieil émetteur soviétique à côté des ossements va l’orienter sur la piste d’étudiants islandais socialistes, partis étudier en Allemagne de l’Est dans les années cinquante. En même temps, Erlendur est intimement convaincu que le vieil Haraldur, agriculteur à la retraite, a quelque chose à voir avec cette vieille histoire.

Indridason signe avec « L’homme du lac » un polar passionnant qui plonge le lecteur en pleine guerre froide, dans l’histoire de l’ancienne RDA et des exactions de la Stasi. L’Islande, ce petit pays nordique, très peu peuplé, semble avoir toujours vécu à l’écart du reste du continent européen, principalement de par sa situation géographique excentrée. Or, on découvre que l’Islande a elle aussi subi les répercussions de la guerre froide. L’auteur nous dévoile aussi au passage certains travers de la société islandaise. Autant d’éléments qui font de « L’homme du lac » un excellent policier qui a d’ailleurs reçu le prix du polar européen des éditions Point en 2008.

 

L’homme du lac, Arnaldur Indridason, traduite de l’islandais par Eric Boury, Points, Points policier n°P2169, Paris, 2009, 406 p.

 

Participation au challenge Objectif Pal chez Antigone et au challenge Polars et thrillers chez Sharon.

Elsa mon amour, Simonetta Greggio

 

Elsa Morante est née à Rome en 1912. Elle est reconnue par le mari de sa mère, mais son vrai père est l’amant de celle-ci. Très jeune, Elsa Morante écrit des nouvelles et des fables, et elle vivra dans le dénuement, se privant souvent de repas, jusqu’à son mariage en 1941 avec le déjà célèbre Alberto Moravia.

Elsa évoque ses amours, ses amitiés, mais aussi, son ressenti sur la nature, les animaux -elle adore les chats et les considère comme nos anges gardiens-, la mer et le soleil sur sa peau… elle s’attarde longuement sur ces impressions. Elle nous livre également des souvenirs plus intimes. Elsa raconte ainsi comment elle a choisi -ou plutôt elle n’a pas choisi mais a attendu qu’il soit trop tard- de ne pas avoir d’enfant, à cause, dit-elle, « d’un âpre besoin de solitude ». Et puis, son long mariage avec Moravia, avec qui elle ne fut jamais heureuse. Et enfin, l’écriture, centrale dans sa vie.

Toutes sortes de personnages mythiques de la littérature, de la peinture et du cinéma italiens traversent ces pages : Anna Magnani, Malaparte, Pasolini, Leonor Fini, Visconti et bien sûr Moravia. Et c’est sans doute ces évocations qui m’ont le plus intéressées dans le roman.

Il y a certes de très belles pages dans cette autobiographie romancée, mais l’ensemble m’a paru un peu confus. Des chapitres très courts qui se succèdent et sont entrecoupés d’informations, de lettres dont on ne sait pas de qui elles émanent : ainsi « RTM » dont on apprend dans les notes finales qu’il s’agit d’un amant non-identifié d’Elsa. A la lecture, J’ai sans doute perdu de vue le fait qu’il s’agit d’un roman et non d’une biographie, et que par conséquent, les éléments biographiques servent seulement de fil conducteur. J’aurais aimé disposer de davantage d’informations, de faits peut-être, pour comprendre Elsa Morante, personnage certes complexe, mais que je ne suis pas parvenue à cerner et pour laquelle je n’ai éprouvé aucune empathie.

Ce qui m’a également gênée est l’emploi de la première personne, et c’est peut-être, à la réflexion, ce qui m’a empêchée d’entrer dans le roman. Je n’ai jamais « cru » que c’était Elsa qui parlait. De fait, certaines allusions, particulièrement au début du roman, m’ont paru hermétiques et j’ai gardé par la suite une distance avec « Elsa mon amour ».

On ressent pourtant très nettement la passion que Simonetta Greggio éprouve pour Elsa Morante, mais celle-ci n’a pas été communicative en ce qui me concerne. Les critiques sur « Elsa mon amour » sont dans l’ensemble très positives, donc je vous conseille de vous faire votre avis en lisant notamment les billets des autres participants à cette lecture commune. A cet égard, Martine est particulièrement enthousiaste pour ce roman qu’elle a beaucoup aimé.

J’avais quant à moi beaucoup apprécié les deux longs romans d’Elsa Morante,« La storia » et « Mensonges et sortilèges », lus en français, lorsque j’ai commencé à apprendre l’italien et à me passionner pour la littérature italienne. La lecture de « Elsa mon amour » n’est pas une rencontre tout à fait ratée puisqu’elle m’aura vraiment donné envie de relire ces œuvres.

Elsa mon amour, Simonetta Greggio, Flammarion, Paris, août 2018, 239 p.

 

Les avis des autres participants à cette lecture commune :

-Martine

-Marianne

-Mireille

 

 

Septième participation au challenge 1% de la rentrée littéraire 2018.

 

Maria Vittoria, Elise Valmorbida

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de remporter un jeu-concours organisé par les Editions Préludes, ce qui m’a permis de recevoir le roman d’Elise Valmorbida et de découvrir une auteure, un roman et une maison d’édition que je ne connaissais pas. Une lecture que j’ai beaucoup appréciée !

 

En 1923, dans les Dolomites, les bons partis sont peu nombreux et, tout en brodant leur futur trousseau, les jeunes filles rêvent à un homme qui les protège et leur permette de fonder une famille nombreuse. Alors, quand Maria Vittoria, déjà âgée de vingt-cinq ans, voit son père revenir à la maison en compagnie d’un homme grand, mince et fort, elle sait que le mariage aura lieu et que l’homme sera bon pour elle.

Achille n’est pourtant pas le meilleur des hommes, loin s’en faut, mais Maria Vittoria n’est pas irréprochable non plus et elle faillira d’ailleurs à sa promesse. Mais, malgré les difficultés et les privations dues à la guerre, c’est une belle et grande famille qu’ils construiront tous les deux.

Maria Vittoria écoute parfois ses instincts, mais elle sait aussi se souvenir des préceptes que lui ont enseignés ses parents. « Ne faire confiance à personne », c’est une devise qui lui servira de nombreuses fois lors des moments difficiles. Croyante, Maria Vittoria prie beaucoup ; elle parle même avec la Vierge Marie qui la guide et se fait la voix de sa conscience pour l’amener à assumer ses responsabilités et l’aider à trouver une paix intérieure.

Comme les femmes de son époque, Maria Vittoria vit sous la coupe de son mari, elle est soucieuse du « qu’en dira-t-on » et cherche toujours à faire bonne figure. L’auteure nous fait découvrir le quotidien si rude de ces femmes qui perdaient plusieurs enfants, étaient soumises à leur mari ainsi qu’au jugement de leur fils aîné qui d’ailleurs prenait la relève lorsque le mari était absent ou défaillant. Des comportements qu’elles s’empressaient de transmettre à leurs enfants, et notamment à leurs filles, sans les remettre en question, tout en rêvant pourtant au grand amour, à l’amour véritable, celui qu’elles ne connaîtraient jamais.

L’héroïne n’est donc pas parfaite. Son manque d’éducation la conduit à adopter des comportements erronés. Elle ne fait pas toujours les bons choix, mais c’est une femme courageuse qui ne baisse jamais les bras. Une héroïne humaine au sens premier du terme, et donc très crédible.

« Maria Vittoria » est une saga qui nous ouvre l’intimité d’une famille italienne de paysans devenus petits commerçants. Nous les suivons de 1923 jusqu’au début des années cinquante, vivant avec eux le fascisme de Mussolini, puis la guerre et la période trouble et difficile de la Libération en Italie du Nord. C’est un roman historique, assez réaliste, qui se lit avec plaisir et présente l’intérêt de retracer un aspect de l’histoire italienne qui est peu évoqué dans la littérature contemporaine. Sans dévoiler la fin du roman, qui marque un nouveau départ pour la famille de Maria, je dirai seulement qu’elle appelle une suite que j’espère rapide !

 

Maria Vittoria, Elise Valmorbida, traduit de l’anglais par Claire Desserrey, Editions Préludes, septembre 2018, 444 p.

 

Cinquième participation au challenge de la rentrée littéraire