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Le gang des rêves, Luca di Fulvio.

C’est pour la préserver des griffes du patron et s’assurer qu’elle ne portera jamais, comme elle, « son bâtard dans le ventre », qu’une paysanne calabraise choisit d’estropier Cetta, sa fille de douze ans. Mais Cetta n’échappe pas à son destin et met au monde, à l’âge de quatorze ans, un petit Natale qu’elle décide d’emmener en Amérique pour qu’il ne subisse pas l’esclavage qui est le lot des paysans du sud de la péninsule.

Quand la jeune mère et son bébé débarquent à Ellis Island, le prénom de l’enfant est traduit et Natale est enregistré sous le nom de Christmas Luminità. Quant à Cetta, sa beauté lui vaut d’être placée comme prostituée dans une maison close, sous la protection de Sal, un homme dur et taciturne. Le caractère déterminé de Cetta lui permet de garder Christmas auprès d’elle, ce qui est normalement impossible pour une prostituée. Débute alors pour Cetta et son fils une vie difficile, dans les bas-fonds de New York.

Quelques années plus tard, Christmas, qui est sur le point de basculer dans la délinquance, trouve dans la rue une jeune fille ensanglantée qui semble avoir été battue et violée. Après l’avoir portée jusque chez lui, il la dépose devant l’hôpital sur les conseils de sa mère qui en profite pour lui asséner avec autorité qu’il ne devra jamais lever la main sur une femme. Elle ajoute que, dans le cas contraire, elle n’hésiterait pas à le tuer elle-même. Malheureusement, Christmas, que l’on a vu déposer la jeune fille, est arrêté.

Commence alors une aventure à travers la métropole internationale qu’est déjà New York dans les années vingt, celle des bandes rivales, qui marquent les différences entre les communautés italiennes, irlandaises et juives.  Heureusement, Christmas, fort des enseignements de sa mère, parvient toujours à préserver sa pureté. Avec lui, le lecteur traverse l’Amérique, du Lower East Side et des débuts de la radio, jusqu’aux studios d’Hollywood, à travers de que les hommes ont produit de mieux, mais aussi de plus vil : un roman dur, violent, parfois tendre, où les justes se reconnaissent entre eux et où l’amour et l’intégrité triomphent finalement.

On retrouve dans « Le gang des rêves », tous les ingrédients des « Enfants de Venise ». Pour être tout à fait juste, il faut préciser que « Le Gang des rêves » a été publié avant « Les enfants de Venise » dont il constitue le premier tome d’une trilogie dans laquelle chaque volume se lit séparément. Les thèmes sont les mêmes, avec au centre, une histoire d’amour entre deux héros d’origines et de religions différentes. « Le gang des rêves » est un pavé qui se lit d’une traite, tant est grand le talent de conteur, et l’écriture cinématographique,  de Luca di Fulvio !

 

 

Le gang des rêves, Luca di Fulvio, traduit de l’italien par Elsa Damien, éditions Slatkine et Cie, décembre 2016, 716 p. Sorti en Pocket en mai 2017, 864 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Il viaggio chez Martine.

Je remercie les Editions Slatkine et Compagnie de m’avoir fait découvrir ce roman.

 

 

Paul Delvaux, maître du rêve à Evian

C’est un comble : c’est à Evian que j’ai visité une magnifique exposition consacrée au peintre belge Paul Delvaux (1897-1994), dont la commissaire n’est autre que la directrice du musée d’Ixelles (Bruxelles) ! A voir, une sélection d’oeuvres majeures du peintre, dont la plupart sont issues d’une collection privée belge (collection de Pierre Ghêne), enrichie de quelques magnifiques pièces du Musée d’Ixelles, ainsi que des Musées Royaux des Beaux-arts de Bruxelles.

L’exposition nous fait découvrir les nombreuses facettes que revêtent les oeuvres de l’artiste qui fut tour à tour post-impressionniste, expressionniste, avant de trouver sa voie dans le surréalisme : sont ainsi explorés les thèmes de la féminité bien sûr, de la solitude et du recueillement, du rêve, du voyage, de la théâtralité, du mystère et de la poésie.

Auteur prolifique, Paul Delvaux a été le témoin d’un siècle extrêmement riche dont il a subi les multiples influences : Modigliani, Picasso, James Ensor, Giorgio de Chirico notamment. Mais il a su créer une oeuvre très particulière, au sein de laquelle les femmes sont omniprésentes mais inaccessibles, lui dont la mère possessive et autoritaire voulait être la seule femme de sa vie. Après avoir longtemps vécu dans la crainte des femmes, Paul Delvaux n’a cessé de les représenter, belles, distantes et mystérieuses.

 

Couple avec enfant dans la forêt

On retrouve dans les personnages l’influence de Modigliani.

 

 

Les noces à Antheit, 1932

Ou son mariage imaginaire avec Tam, que sa mère n’avait pas voulu qu’il épouse.

 

 

La crucifixion, 1951-1952

Pour Delvaux, les squelettes ne sont que l’armature des vivants. Il ne les reprend ici que pour dramatiser encore les scènes de la passion du Christ.

 

 

Les courtisanes, 1944.

Des femmes qui ne communiquent jamais, une cité antique, le bleu que l’on retrouve de plus en plus souvent dans son oeuvre…

 

 

Palais en ruines, 1935.

Un univers poétique et mystérieux influencé par De Chirico.

 

 

 

L’incendie, 1935, qui est pour la première fois présenté en entier en France

(la seconde partie de la toile est placée à gauche de ce tableau dans l’exposition).

 

 

 

L’escalier, 1946.

Les personnages féminins sont inexpressifs, seules les statues de pierre sur la droite communiquent entre elles.

 

 

 

La fenêtre, 1936

Quelque chose de Magritte…

 

 

 

Le dialogue, 1974.

 

 

Voici donc une exposition qui vaut le détour; si vous passez par Evian, avant le 1er octobre 2017, ne manquez pas de faire un tour au Palais Lumière (qui lui aussi mérite une visite) ! Je vous conseille tout particulièrement la visite commentée, qui a lieu chaque jour en début d’après-midi et qui vous donnera de nombreuses clés pour comprendre la peinture (et les dessins) de Paul Delvaux.

 

http://www.palaislumiere.fr

 

 

 

 

 

Villa triste, Patrick Modiano

Nous sommes en 1962, dans une station thermale française, située au bord d’un lac et à proximité de la frontière suisse. Le narrateur a dix-huit ans et se cache sous une fausse identité dans cette petite ville où il se sent en sécurité. Il fait la connaissance d’Yvonne Jacquet, une jeune starlette, et du docteur René Meinthe, de quelques années son aîné.

Comme à son habitude, Modiano brouille les pistes. La description de la ville thermale évoque Evian, son casino, ses grands hôtels, son funiculaire, ainsi que les lumières de la Suisse sur l’autre rive du lac Léman. Mais la toponymie emprunte également beaucoup d’éléments à Annecy; ainsi, les noms des localités voisines sont ceux des villages qui bordent le lac d’Annecy, il y a la chaîne des Aravis…

De la même façon, on ne sait pas exactement ce que fuit Victor Chmara, le narrateur. Ni quelle est la vraie teneur de la relation qui s’installe entre les protagonistes. Ni enfin quelle est la véritable activité du docteur Meinthe, dont l’homosexualité est quant à elle -et de façon négative- revendiquée : quelques suppositions seulement, suggérées par l’auteur. Et c’est toute la magie de l’écriture de Patrick Modiano qui, une fois de plus, nous emmène dans une atmosphère délicieusement désuète et surannée, qui ne pouvait s’illustrer mieux que dans cette petite ville thermale.

Les soirées des héros se satisfont d’un concours d’élégance aux gestes étudiés. Les activités du docteur Meinthe sont mystérieuses; elle ne sont jamais précisées, mais de l’avis du narrateur, elles sont « étranges et inquiétantes ». Elles sont sans doute liées à la guerre d’Algérie, à la proximité de Genève, plaque tournante de réseaux de toutes sortes.

« Villa triste » n’est pas un roman triste, même s’il évoque une certaine nostalgie : celle du narrateur qui, quinze ans après, revit un moment de sa jeunesse. A côté de celui de la jeunesse perdue, le thème du déracinement est central dans le roman. Victor Chmara cherche ses racines ; il envie Yvonne qui semble être originaire de cette petite ville, bien qu’elle n’en dise rien. Mais les souvenirs sont volatiles, il s’effacent avec le temps qui enveloppe tout d’une aura mystérieuse…

Modiano ne laisse généralement pas indifférent : en ce qui me concerne, je suis particulièrement sensible au charme flou de son oeuvre, qui distille une petite musique douce, qui habille la pudeur de l’auteur d’un voile énigmatique…

 

Villa triste, Patrick Modiano, Folio n°953, 1977, 209 p.

 

A lire également :

-Le Paris de Modiano.

-Dans le café de la jeunesse perdue.

 

 

 

Rendez-vous à Positano, Goliarda Sapienza

Ecrit en 1984, « Appuntamento a Positano » est resté inédit en Italie jusqu’en 2015. Sa traduction française vient d’être publiée aux éditions le Tripode. Dans « Rendez-vous à Positano », Goliarda Sapienza fait revivre sous nos yeux un Positano d’avant la construction de la route, conscient de vivre ses dernières années de tranquillité. Seuls quelques initiés, intellectuels et artistes, italiens et étrangers, séjournaient alors en villégiature à Positano, ce magnifique village étagé de la côte amalfitaine.

L’auteure évoque « la seule disette qui menace les riches, la faim d’amitié ». Et c’est précisément son amitié avec Erica qu’elle retrace dans ce récit en grande partie autobiographique qui se déroule dans les années cinquante et soixante. Goliarda travaillait dans le cinéma, lorsqu’elle rencontra Erica lors de vacances à Positano. Erica était une jeune héritière qui avait été confrontée à la dureté de la vie à la mort de ses parents. Leur amitié fut entière et solaire, malgré la différence d’âge entre les deux amies. Elle marqua fortement Goliarda qui avait déjà connu des problèmes psychologiques assez graves.

Outre les descriptions de la « Costiera » amalfitaine, Goliarda Sapienza parle du passé, de l’inévitable écoulement du temps et des changements que celui-ci induit en nous et qu’il provoque sur le monde. L’auteure se plaint du tourisme de masse naissant qui déjà, défigure Positano. L’atmosphère de l’époque est très bien rendue, et l’auteure parvient à faire naître les images de ce temps passé, de « l’argenté de la mer » ou des escaliers de Positano qui se transforment en autant de torrents lorsque l’orage s’abat sur le village.

Voilà une nouvelle occasion de faire connaissance avec cette intellectuelle qui est une auteure majeure de la littérature italienne contemporaine, mais qui n’a été malheureusement mise en avant que de façon posthume.

Rendez-vous à Positano, Goliarda Sapienza, traduit de l’italien par Nathalie Castagné, éditions Le Tripode,  avril 2017.
Livre lu dans le cadre du challenge Femmes de lettres chez George et du challenge Il viaggio chez Martine.

Trois saisons d’orage, de Cécile Coulon

 

 

 » Les Trois-Gueules doivent leur nom à la forme des falaises au creux desquelles coule un torrent sombre. C’est un défilé de roche grise, haute et acérée, divisé en trois parties, en trois sommets successifs qui ressemblent à s’y méprendre à trois énormes canines. « 

 

Les Trois-Gueules sont dominées par un plateau où survivent quelques fermiers. Après la seconde guerre mondiale, l’arrivée de l’entreprise Charrier, attirée par une roche à extraire de grande qualité, marque le début de la prospérité pour le hameau du plateau devenu village : Les Fontaines est un paradis terrestre, préservé des fureurs de la ville, pour peu que ses habitants ne s’approchent pas des Trois-Gueules et de leurs précipices dangereux.

Jeune médecin citadin marqué par la guerre, André vient s’installer aux Fontaines. Il rachète la magnifique maison d’un couple ayant fui le village, après la mort subite et inexpliquée de leur fils de huit ans.  Après quelques années, André voit arriver Elise, une jeune femme de la ville avec qui il avait passé une nuit : elle lui amène Bénédict, son fils, dont il ne connaissait pas l’existence. André poursuit sa mission de médecin de campagne, avec ce fils qui choisit de vivre avec lui.

Devenu médecin à son tour, Bénédict épouse la belle Agnès qui accepte de le suivre aux Fontaines sans hésiter. Ils auront une fille, Bérangère, la première de la famille à naître au village. Dès la fin de l’école primaire, Bérangère devient très proche de Valère, l’un des quatre fils des principaux fermiers des Fontaines. Tout semble sourire aux deux amis d’enfance et le village comprend peu à peu qu’ils sont faits l’un pour l’autre…

« Trois saisons d’orage » est mon premier coup de cœur depuis le mois de janvier dernier, donc mon deuxième coup de cœur 2017. Il était temps !  J’ai eu envie de lire un roman de Cécile Coulon, après avoir vu l’auteur à la Grande Librairie et après avoir lu quelques chroniques d’Eve à son sujet.  J’étais intéressée notamment par la façon dont Cécile Coulon traite l’opposition ville-campagne, un thème qui lui est cher.

Dans « Trois saisons d’orage », celui qui n’est pas né aux Fontaines reste un étranger toute sa vie, même si, à l’instar d’André le médecin, de son fils Bénédict, ou du prêtre Clément qui narre cette histoire, il a tout donné aux habitants.  Les croyances des villageois de la seconde moitié du XX ème siècle, prêts à interpréter certains événements à l’aune de leur comportement, ne sont que l’acceptation d’une malédiction -fruit de l’éloignement- qui pèse sur les campagnes mais que les villageois ne remettent pas en cause, car elle les protège des maux de la ville, beaucoup plus effrayants pour eux.

L’écriture acérée du début du roman m’a plongée dans l’univers dur des « fourmis blanches », ces ouvriers qui extraient le minerai au péril de leur vie, et dans celui des fermiers qui ne comptent pas leurs heures de travail pour nourrir ces terres reculées ; l’écriture s’adoucit ensuite lorsque l’intrigue prend son envol, mais elle reste tendue, pour nous amener peu à peu vers le drame final. Je ne divulgue rien ici, puisque le prologue annonce, par la voix du prêtre Clément, la tragédie qui va se jouer.

Il y a bien de la tragédie grecque dans ce roman, même si les scènes d’affrontement familial n’ont pas lieu, puisqu’au contraire les sentiments hors normes restent tus. Il faut avant tout préserver les apparences, dans un village où les rumeurs circulent et sont disséquées. Tout est suggéré, mais de façon très puissante. Jusqu’au climax qui était nécessaire pour que tout rentre dans l’ordre, pour que le village retrouve une vie paisible : quelle maîtrise, de la part d’un si jeune auteur -Cécile Coulon n’a que vingt-sept ans et en est à son huitième roman !

 

Coup de cœur 2017 !

 

Trois saisons d’orage, Cécile Coulon, Ed.Viviane Hamy, janvier 2017, 266 p.

Le gardien des choses perdues, Ruth Hogan

La « bonne petite tasse de thé », élément récurrent du premier roman de Ruth Hogan, en est un peu le symbole : comme le doux breuvage pour ses inconditionnels, « Le gardien des choses perdues » est un livre réconfortant qui distille la gentillesse, l’amitié et la nostalgie heureuse dont nous avons bien besoin aujourd’hui. Un roman dans l’air du temps -dans la tendance des « feel-good books »-, mais aussi hors du temps, puisqu’il y est question de choses aussi intemporelles que l’odeur des roses, un petit air de musique, une maison dans laquelle on se sent à l’abri…

Rien d’incroyable donc, juste un roman qu’il fait bon lire, dans lequel nous découvrons Laura, une femme qui sort d’un mariage violent et qui retrouve la sérénité en devenant l’assistante d’Anthony Peardew. Agé de soixante-dix-neuf ans, Anthony cache un secret qui a bouleversé sa vie et qui explique pourquoi il passe ses jours à collectionner et étiqueter des objets perdus qu’il trouve au gré de ses promenades ; des objets auxquels il invente une histoire en leur dédiant des nouvelles.

C’est à la mort d’Anthony que Laura découvre que celui-ci l’a choisie pour mener à bien une mission très difficile : rendre les objets à leur propriétaire inconnu. Laura hérite de la maison d’Anthony dans laquelle elle avait retrouvé un foyer. Elle décide alors de faire connaissance avec le jardinier, le beau Freddy, avec lequel elle n’avait jusqu’alors échangé que quelques bonjours. Et elle réalise, sans le vouloir, un souhait d’Anthony, en devenant amie avec Sunshine, une jeune voisine atteinte de Trisomie 21.

Tout paraît simple dans ce roman qui adoucit les morsures de la vie, jusqu’à l’amour jamais réalisé d’Eunice pour Bomber, l’éditeur pour lequel elle travaille, et la maladie d’Alzheimer dont souffre le père de Bomber et dont il sera lui-aussi atteint : Eunice et Bomber, deux personnages, dont le lecteur découvre peu à peu les liens qu’ils ont avec l’intrigue principale. La vie d’Eunice et Bomber est en effet intercalée dans le récit principal, comme le sont les courtes nouvelles inventées par Anthony pour célébrer les objets perdus. Une construction qui peut déranger au début du roman, certes un peu confus, mais après les premières pages, tout s’ordonne et prend sa place. Comme la « bonne petite tasse de thé », une bonne petite lecture !

Le gardien des choses perdues, Ruth Hogan, traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf, Actes Sud, février 2017, 349 p.

Livre lu dans le cadre du mois anglais chez Cryssilda et Lou.

Un jour, de David Nicholls

Pour ce nouveau rendez-vous du Blogoclub, Sylire nous a proposé un roman d’amour anglais, afin de marquer également le début du mois anglais organisé par Cryssilda et Lou. C’est le roman de David Nicholls, « Un jour » qui est sorti vainqueur du vote. David Nicholls est à la fois auteur, scénariste et acteur. Il a publié quatre romans : « Un jour » est le troisième, mais c’est le premier de cet auteur à avoir été traduit en français.  Le procédé utilisé par l’auteur est simple, mais original ; il fallait y penser : prendre un instantané de la vie d’Emma et de Dexter, chaque année, le jour anniversaire de leur première rencontre.

C’est en effet le 15 juillet 1988 qu’Emma et Dexter, qui s’étaient déjà croisés sans se parler, font connaissance. Etudiants à Edimbourg, ils viennent de participer à la cérémonie de remise des diplômes de leur université. Passablement ivres, ils passent la nuit ensemble. Ils parlent beaucoup et se séparent le lendemain, en décidant de rester bons amis.

Un an plus tard, Emma écrit une longue lettre à Dexter, parti découvrir le monde. Dexter lui manque beaucoup et si elle ne s’épanche pas longuement à ce sujet, Emma en profite néanmoins pour lui raconter ce que sa vie est devenue au cours de cette année. Dexter est beaucoup moins loquace et se contente de quelques mots griffonnés au dos d’une carte postale.

Le 15 juillet 1990, c’est de Bombay que Dexter envoie des nouvelles à Emma. Il se livre bien davantage cette fois, certes parce qu’il a bu quelques bières de trop. Et c’est ainsi que chaque année, le 15 juillet, Emma et Dexter s’écrivent, se parlent ou se rencontrent, et évoquent leur vie quotidienne et leurs préoccupations du moment. Tout semble pourtant les séparer : Emma vient d’une famille modeste et, bien que jolie et intelligente, elle manque de confiance en elle. Dexter est issu d’un milieu plus aisé, il est prétentieux et prend très vite sa place dans le petit monde adulé des célébrités en présentant des émission de télévision idiotes. Pendant ce temps, Emma végète comme serveuse, puis manager d’un fast-food mexicain.

Dexter a beaucoup d’aventures, Emma vit seule. Dexter gagne beaucoup d’argent, Emma vit dans une collocation plutôt sordide.  Elle devient ensuite professeur dans un collège difficile et monte des pièces de théâtre. Elle aimerait devenir romancière mais peine à se lancer. Plus tard, c’est Dexter qui connait une terrible passage à vide professionnel, tandis qu’Emma s’affirme de plus en plus. Toujours et partout, leur amitié les réunit et survit à tout, même s’ils restent parfois longtemps sans se voir. En fait, ils ne s’aperçoivent pas qu’ils ne peuvent pas se passer l’un de l’autre.

Le lecteur, lui, s’en rend compte très vite. Mais je ne vous en dirai pas davantage pour préserver le suspense : finiront-ils ensemble ? Tout semble l’indiquer, dans ce roman à ranger plutôt du côté de la chick-lit. Et pourtant, ce serait trop facile, non ?

Certes, « Un jour » n’est pas de la littérature. Pour autant, le roman est rythmé, les rebondissements sont nombreux, les dialogues sont bien menés : on ne s’ennuie pas un instant. L’atmosphère des années 90 et 2000 est très bien restituée. L’humour est omniprésent et j’ai souvent ri, à l’évocation de certaines situations sociales très drôles qui m’ont rappelé ce qui se passait, à la même époque, de l’autre côté de la Manche.

Tout n’est pas comédie cependant. Les deux héros ont leur part de coups durs, et non des moindres. Mais curieusement, ce n’est pas ce que je retiendrai du roman. La part de drame ne m’a pas marquée, bien qu’elle vienne bouleverser le cours des choses. Une trop grande légèreté, voire superficialité, sans doute, une banalité certaine, malgré la construction intéressante, qui m’ont empêchée de considérer ce roman sérieusement. Au total, c’était une lecture divertissante mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable : parfait pour la plage !

Les avis des participants au Blogoclub ICI.

 

Un jour, David Nicholls, traduit de l’anglais par Karine Reignier, éditions 10/18, février 2012, 622 p.

 

Livre lu dans le cadre du Blogoclub chez Sylire et du mois anglais chez Cryssilda et Lou.