Ada, d’Antoine Bello

adaImaginez un ordinateur capable d’écrire un roman, de rédiger n’importe quel article de journal, couvrant aussi bien le dernier match de votre équipe préférée que l’évolution des chiffres du chômage. Rien ne l’empêcherait d’écrire les discours des politiciens, ni de corriger les copies des étudiants et j’en passe… Cette intelligence artificielle existe, en plusieurs exemplaires : à chacun d’eux est assignée une tâche particulière et c’est à Ada que revient la mission littéraire qui consiste à écrire et publier un roman à l’eau de rose qui soit un immense succès.

Malheureusement, Ada a disparu, sûrement kidnappée, et l’entreprise high-tech de la Sillicon Valley qui a conçu ce programme révolutionnaire appelle à l’aide Franck Logan, un inspecteur de police appartenant à une unité spécialisée dans les disparitions et le trafic d’êtres humains. Ce dernier demande à être déchargé de l’affaire lorsqu’il s’aperçoit que la disparue n’est autre qu’un programme informatique et qu’il s’agit certainement d’un vol dû à un concurrent de la Turing Corp. Peine perdue, sa supérieure hiérarchique, l’arriviste Snyder, en lice pour les élections au poste de procureur général, ne peut se mettre à dos une entreprise si influente.

Franck Logan commence donc une enquête qui prend très vite une direction pour le moins inattendue. Flic d’une grande honnêteté, marié à une française qui vit depuis trente ans avec lui en Californie et qui continue à regarder les Etats-Unis à travers le prisme de ses principes marxistes, Franck est un personnage émouvant pour lequel je me suis prise d’affection. D’autant plus qu’il n’y connaît presque rien en intelligence artificielle, ce qui représente un grand avantage pour le lecteur qui n’éprouve aucune difficulté à le suivre, puisqu’il se fait tout expliquer !

D’abord roman policier, le livre d’Antoine Bello devient rapidement un roman d’anticipation qui s’intéresse à …la littérature. En pointant les dérives probables de la haute technologie, il nous propose de réfléchir au rôle que revêt la littérature au sein de nos sociétés démocratiques et nous avertit des risques que représentent les intelligences artificielles. En ce qui me concerne, j’y ai décelé également un cri d’amour pour la langue, les mots et les écrits en général. J’ai adoré le cours pratique que l’inspecteur Logan nous donne sur le haïku, ce poème japonais en trois vers et dix-sept pieds, véritable hymne à la concision !

On retrouve un des thèmes qu’Antoine Bello a développé dans son roman « Les falsificateurs », à savoir le pouvoir des mots et la manipulation des masses que permet la falsification des écrits. Antoine Bello ne résiste pas à nous faire une démonstration de ce pouvoir de manipulation à la fin de son roman. D’ailleurs qui nous dit qu’il est bien l’auteur de ce roman et que ce n’est pas Ada elle-même qui a mené sa mission à bien ?

Heureusement, Ada n’existe pour l’instant que dans le roman d’Antoine Bello. Les écrivains, poètes, journalistes et autres rédacteurs ont encore quelques beaux jours devant eux avant d’être remplacés par des robots qui les enverraient tous à la retraite prématurée et qui mettraient en péril nos démocraties et notre civilisation ! Quoiqu’on ne sache pas vraiment où nous en sommes dans ce domaine aussi novateur qu’effrayant…

Un roman intelligent, captivant, mais aussi inquiétant, qui plaira et effraiera tout à la fois les amoureux de la littérature !

Ada, Antoine Bello, Gallimard, Paris, juin 2016, 362 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois américain 2016 et du challenge 1% de la rentrée littéraire

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12 réflexions sur “Ada, d’Antoine Bello

  1. le genre de roman vers lequel j’ai du mal à aller car j’ai l’impression parfois que tout nous échappe et que ceci pourrait bien arriver un jour… comme j’ai commencé et jamais fini « 1984 »…

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    • En effet, tout semble nous échapper, dans « Ada » comme dans « 1984 » ou « Le meilleur des mondes » et c’est vrai que c’est effrayant, mais en même temps, c’est l’intérêt aussi de la littérature de nous avertir des dangers qui nous menacent. Je trouve que « 1984 » et « Le meilleur des mondes devraient être lus dans les lycées, en cours d’anglais ou en philo par exemple. Je suis étonnée par le nombre de jeunes qui n’en n’ont jamais entendu parler, alors qu’on se rapproche des mondes décrits dans ces romans d’anticipation !
      « Ada » porte davantage sur la littérature, les écrits, et il fait peur, mais en ce qui me concerne, cela me redonne plutôt confiance en l’être humain (je suis fondamentalement optimiste même si j’adore me faire peur et râler) : je me dis qu’il y a des auteurs assez intelligents pour anticiper (ce que ne font plus nos politiques), pour attirer notre attention, et qu’il faut répondre à leur appel… certes, il y a un moment pour tout et c’est pourquoi il y a aussi des romans plus légers…

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    • Oui, le thème est très intéressant et les livres de Bello sont addictifs. Difficile de décrocher : j’attends d’avoir un moment devant moi pour entamer « Les éclaireurs », car je pense que je le lirai d’une traite, s’il est comme le premier tome !

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  2. Celui-là, je l’avais déjà repéré dans le lot de la rentrée. J’ai les Falsificateurs dans ma PAL depuis des lustres, il faudrait d’ailleurs vraiment que je m’y mette. Ce dernier roman me tente presque encore plus… Argh, pourquoi les journées n’ont pas 48 heures???

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