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Les falsificateurs, Antoine Bello

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Sliv Dartunghuver est un jeune Islandais de vingt-trois ans qui vient d’obtenir son diplôme de géographie à l’Université de Reykjavik. En ce mois de septembre 1991, le marché de l’emploi n’est guère brillant en Islande. Sliv est donc sur le point d’accepter un travail d’adjoint au sein d’une conserverie de poisson. Il répond pourtant à une annonce qui semble convenir tout à fait à son profil et à ce qu’il recherche, un poste de chef de projet dans un cabinet d’études environnementales.

À la suite d’une série d’entretiens et de tests psychologiques, Sliv est engagé et envoyé au Groënland pour une première mission visant à étudier les répercussions écologiques de la construction d’une nouvelle station d’épuration. Sliv apprécie beaucoup son travail, même si le jeune idéaliste s’aperçoit rapidement qu’il doit composer avec de nombreux impératifs politiques et économiques, parfois au détriment de la vérité… Mais cela n’est rien par rapport à ce qu’il apprend ensuite : la firme pour laquelle il travaille n’est qu’une couverture pour certains de ses collègues, et notamment pour Gunnar Eriksson, celui qui l’a recruté et qui est désormais son supérieur hiérarchique.

En effet, Eriksson appartient à une organisation secrète présente sur tous les continents, dans plus de cent pays, le CFR, dont le travail principal consiste à modifier la réalité en inventant des scénarii. Ces derniers prennent appui sur différentes sources qui ont elles-mêmes été modifiées ou créées de toutes pièces par les agents du CFR, afin de rendre le scénario crédible. Ainsi le CFR est-il à l’origine du scénario ayant inventé l’envoi de la chienne Laïka dans l’espace à bord du vaisseau soviétique Spoutnik 2. Ce sont aussi les agents du CFR qui ont écrit un faux roman attribué ensuite à Alexandre Dumas, « Le chevalier de Sainte-Hermine » (pièce longtemps manquante de l’œuvre de Dumas, et publiée tardivement). Et d’autres inventions du CFR ont eu des retentissements historiques beaucoup plus importants…

Le CFR est divisé en centres, en bureaux et en antennes, comme celle de Reykjavik, installée au sein d’un cabinet d’études environnementales. Le CFR, initiales désignant probablement le « Consortium de Falsification du Réel » suit de grandes orientations définies par un Plan et dont les priorités sont fixées annuellement. Mais nul ne sait par qui et dans quel but…

Sliv peut choisir de ne pas travailler pour le CFR, mais il se prend au jeu, comme l’avait imaginé Gunnar en le recrutant. A partir de là, Antoine Bello nous emmène dans les coulisses d’un jeu infernal qui ne fait rien moins qu’orienter la destinée du monde. Nous suivons Sliv à Hawaï, puis en Argentine et en Sibérie où il est appelé à progresser au sein de la hiérarchie du CFR. Le chemin est difficile, comme le comprendra vite notre héros qui a fait preuve de légèreté et de naïveté en choisissant d’appartenir à cette organisation secrète dont il ne sait toujours rien –et nous non plus- à la fin du roman.

Le suspense est complet, mais « Les falsificateurs » est loin de se limiter à un thriller très bien ficelé. C’est avant tout un roman intelligent qui pose de nombreuses questions sur le monde globalisé que nous connaissons actuellement. Tout y est possible, et notamment la manipulation via la falsification des écrits. L’écrit qui joue un rôle central dans le CFR dont les agents sont en fait des écrivains doués d’une grande imagination. La manipulation est donc partout, et l’on se prend à se demander jusqu’à quel point elle l’est vraiment, hors de la fiction, dans les médias notamment.

Si vous êtes paranoïaque, abstenez-vous, car vous ne regarderez plus la réalité de la même façon. Vous ne pourrez même plus vous raccrocher à notre bonne vieille Histoire, qui a peut-être, elle aussi, été falsifiée depuis bien longtemps ! Si au contraire, comme moi, vous pensez que ce genre de roman  rend toute son importance à l’imagination, comme moyen au service de la littérature et de la réflexion sur le monde contemporain, alors foncez ! C’est une lecture jubilatoire qui se prolongera sans doute au long des deux tomes suivants, que j’espère savourer autant que ce premier volume.

 

Les falsificateurs, Antoine Bello, Folio n°4727, Paris, avril 2008, 589 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge thriller et polar de Sharon

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Hiver noir, de Cecilia Ekbäck

Hiver noir Cecilia EkbäckOriginaire d’Ostrobotnie, une région suédophone de l’ouest de la Finlande, Maija arrive avec sa famille en Laponie suédoise en 1717 pour s’installer dans la ferme d’un oncle. En Finlande, son mari, Paavo, était pêcheur, un métier qu’il avait dû abandonner en raison de l’apparition d’une phobie de la mer. L’oncle Teppo leur avait alors proposé d’échanger le bateau de Paavo contre une terre fertile qu’il possédait dans les montagnes de Laponie suédoise.

Dès leur arrivée, Maija et ses deux filles, Fédérica et Dorotea, se rendent compte que la montagne Bläckåsen n’est pas la terre riche que leur oncle leur avait vantée. Bien au contraire, l’endroit est isolé, sombre, la maison et le terrain sont négligés. Après quelques jours, Maija envoie ses filles conduire les chèvres dans une clairière proche du sommet de la montagne, mais en chemin, les deux jeunes sœurs font une macabre découverte : le cadavre d’un homme éventré, en état de putréfaction.

Dès qu’elle est avertie, Maija se rend chez ses voisins, et apprend qu’il s’agit sans doute d’Eriksson, un habitant de la montagne. On évoque naturellement l’œuvre d’une bête sauvage, ours ou loup. Maija, qui a peur pour ses filles, veut en savoir plus, afin de chasser l’animal qui rôderait dans la montagne. Mais les révélations étranges s’accumulent : la victime était absente depuis trois jours, et sa femme n’avait pourtant pas signalé sa disparition. Quant au frère d’Eriksson, il éclate de rire lorsqu’il apprend le décès. Enfin, il semble que des enfants aient disparu au cours des dernières années, mais qu’aucune recherche n’ait été menée…

Pour son premier roman, Cecilia Ekbäck, auteur suédoise aujourd’hui installée au Canada, retourne sur les terres de son enfance pour nous livrer un thriller très réussi qui a l’originalité d’être situé au début du XVIIIème siècle. On suit Maija, femme courageuse, qui refuse les superstitions de l’époque, y compris celles de l’église, mais qui va pourtant s’allier avec le prêtre du village dont dépend la montagne Bläckåsen, pour résoudre cette énigme. Elle traversera de nombreuses épreuves, seule avec ses filles, devant affronter la nature hostile pendant un hiver particulièrement rigoureux, mais aussi des familles peu compréhensives devant sa détermination.

J’ai beaucoup aimé ce polar qui emmène le lecteur dans un monde méconnu, celui de la Suède du XVIIIème siècle, épuisée par plusieurs décennies de guerres menées contre ses voisins. On y découvre les différentes composantes d’une population hétéroclite : Lapons aux traditions ancestrales, colons venus d’autres régions nordiques, membres du clergé et de l’aristocratie dont on se demande pourquoi ils ont été envoyés dans cette zone reculée. Parmi ceux-ci, Maija est une vraie héroïne : dotée d’un mari peureux et absent, elle se débrouille seule et relève toujours la tête face à l’adversité.

Les différents ingrédients d’ « Hiver noir », suspens, rivalités entre habitants, histoire, nature, saupoudrés d’un peu de fantastique, forment un roman très prenant, servi par une belle écriture que je ne peux que vous recommander.

 

Hiver noir, Cecilia Ekbäck, traduit de l’anglais par Carole Delporte, Terra Nova, Mars 2015, 382 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Polars et thrillers chez Sharon et du challenge nordique chez Marjorie.

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En route pour le « Challenge polars et thrillers »

Je viens de m’inscrire à un nouveau challenge proposé par Sharon, du blog Des livres et Sharon. Pas compliqué puisque, comme le nom de ce challenge l’indique, il s’agit de lire autant de polars et thrillers que l’on veut, pendant une année (du 6 juillet 2015 au 6 juillet 2016).

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Les polars et thrillers sont un genre que j’apprécie, notamment entre deux lectures plus difficiles, car ils ont sur moi l’effet -peut-être étrange, c’est vrai- de me détendre : il me suffit généralement de me laisser porter par la lecture et le suspense…

Je me suis donc inscrite dans la catégorie Montalbano, qui me convient particulièrement puisque je suis fan de l’inspecteur crée par Andréa Camilleri : je devrai donc lire entre 5 et 15 polars et thrillers. Dans ma PAL polars de ces prochaines semaines, il y a déjà Claude Izner, Marco Malvaldi, Adrien Goetz, Antoine Bello, Cecilia Eckbäk … Et puis, il y a toujours les Thilliez et Adler-Olsen que je peux discrètement subtiliser dans la bibliothèque de mon fils aîné, en cas de PAL en panne !

Si vous désirez participer également à ce challenge, vous trouverez des détails, notamment concernant les autres catégories ici.

Voici également le lien sur la page du « Challenge polars et thrillers » sur le blog de Sharon.

 

A très bientôt pour ce challenge !

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Pandemia, de Franck Thilliez

pandemiaQuelques jours après sa sortie, le 4 juin, le nouveau thriller de Franck Thilliez était déjà en tête des romans et en septième position du top 20 GFK/Livres hebdo) des livres vendus en France. Je n’ai pas résisté à la tentation, non pas pour moi, mais pour un proche qui, depuis quelques années, ne manque jamais le nouveau Thilliez. Et tant qu’à faire, autant le lire aussi… Mais attention à l’addiction, « Pandemia » est sans conteste un  « page turner » ! Je vous recommande donc d’avoir un peu de temps devant vous.

« Pandemia » est le deuxième « polar scientifique » de Thilliez que je lis après « Puzzle », paru en 2013, et je n’ai pas été déçue. Comme le premier, je n’ai pas pu le lâcher et je lui ai fait un sort en deux (très longues) soirées. D’entrée de jeu, on fait la connaissance d’une jeune microbiologiste de l’Institut Pasteur de Paris. Amandine Guérin a un look assez particulier, avec des cheveux roux longs de … quelques millimètres, quand ils ne sont pas carrément rasés. Elle partage sa vie, et son appartement (partagé au sens physique du terme puisqu’une baie vitrée de plexiglas le coupe littéralement en deux), avec son mari Phong, scientifique lui-aussi, et obligé de rester à la maison sous atmosphère protectrice depuis qu’une méchante maladie l’a privé de défenses immunitaires, rendant dangereux tout contact avec l’extérieur.

D’entrée de jeu, Amandine est appelée à se rendre dans le parc ornithologique du Marquenterre, en raison d’une alerte sanitaire lancée suite à la découverte de cadavres d’oiseaux migrateurs. En même temps, les effectifs du 36, quai des Orfèvres, où l’on retrouve Franck Sharko et son épouse Lucie, se voient rapidement réduits en raison d’une épidémie de grippe… Juste au moment où un homme et son chien sont retrouvés odieusement mutilés en forêt de Meudon. Il faut trouver du renfort, et même Camille, la petite amie de Nicolas, l’un des collègues de Sharko, vient du service comptabilité pour grossir les rangs de la police judiciaire.

Pas de temps mort dans cette nouvelle aventure de Franck Sharko et Lucie Hennebelle, secondés par Amandine et les scientifiques de l’Institut Pasteur, et qui nous entraîne dans l’univers angoissant du bioterrorisme, nouveau visage de l’enfer de Dante. De quel type de microbe s’agit-t-il ? L’épidémie atteindra-t-elle le stade de la pandémie ? Qui se trouve derrière tout cela, comment un homme a-t-il pu en arriver à ce degré de noirceur, d’horreur ?

Le personnage d’Amandine, scientifique à la limite de la paranoïa par amour, m’a tout particulièrement plu. Séverine également, qui illustre bien la faiblesse de la frontière qui sépare le Bien du Mal. Dans « Pandemia » Franck Thilliez maîtrise parfaitement la narration, allant et venant entre l’enquête officielle conduite par Sharko et son équipe, et celle que mène la microbiologiste de l’Institut Pasteur. L’auteur nous donne des sueurs froides, à notre plus grand plaisir, si l’on aime se faire peur, mais nous conduit aussi à réfléchir à ni plus ni moins que l’avenir de l’espèce humaine. Du grand art pour les amateurs du genre !

 

Pandemia, Franck Thilliez, Fleuve Editions, collection fleuve noir, Paris, juin 2015, 645 p.

Comme des larmes sous la pluie, de Véronique Biefnot

comme des larmes sous la pluieVéronique Biefnot est une auteure belge que j’ai découverte récemment dans le beau roman qu’elle a co-signé avec Francis Dannemark, « La route des coquelicots », que je chroniquerai très bientôt. Après une riche carrière de comédienne, Véronique Biefnot s’est lancée il y a quelques années dans l’écriture avec « Comme des larmes sous la pluie » qui est le premier volet d’une trilogie qu’elle poursuit dans « Les murmures de la terre » et «Là où la lumière se pose ».

Dans ce premier volume, nous rencontrons Simon Bersic, un écrivain à succès qui vit avec Lucas, son fils âgé de dix-huit ans, à Bruxelles, ville dans laquelle il a posé ses valises à la recherche d’un havre de paix, après quelques tentatives vaines ailleurs. Il a trouvé en Belgique d’excellents amis, Céline et Grégoire, qui l’accueillent avec chaleur à tout moment, au sein de leur petite famille sans problème. Simon a perdu sa femme, il y a plus de dix ans, mais il n’a jamais refait sa vie, et s’il lui manque quelque chose, il est somme toute heureux dans cet univers protégé.

Tout en faisant connaissance avec Simon et son entourage, nous suivons le monologue d’un enfant qui raconte une vie de cauchemar, en captivité, aux côtés de sa sœur et de sa mère maltraitées. De qui s’agit-il ? Quel rapport cet enfant a-t-il avec Naëlle, belle jeune femme énigmatique que Céline a rencontrée, puis que Simon croise par hasard et dont il s’éprend éperdument. L’enfant a-t-il quelque chose à voir avec le fait divers qui bouleverse alors la Belgique ?

Le roman de Véronique Biefnot nous emporte dans une course implacable. Il commence calmement puis s’accélère petit à petit, en suivant les codes du thriller. Pourtant, j’aurais du mal à le définir comme tel uniquement. « Thriller amoureux » comme le désigne la quatrième de couverture, oui, sans doute, thriller psychologique aussi.  Ce roman est en tout cas très prenant. On y retrouve un Bruxelles familier, avec quelques points de repères bien connus. Il y a certes quelques coïncidences, mais elles sont finalement vraisemblables, car à Bruxelles, capitale à taille humaine, le monde est tout petit.

Roman dur, bouleversant par moments, « Comme des larmes sous la pluie » est pourtant optimiste et l’on y rencontre, à côté d’un personnage odieux qui a détruit plusieurs vies autour de lui, des êtres dont l’humanité laisse tout à espérer du genre humain !

Comme des larmes sous la pluie, Véronique Biefnot, Le livre de poche, Paris, novembre 2012, 355p.

 

Roman lu dans le cadre du mois belge d’Anne et Mina

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