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Quelques sorties en poche, 1/2

 

Pendant le confinement, quelques parutions de très bons romans en collection de poche sont passées plus ou moins inaperçues. Voilà de quoi vous donner quelques idées pour votre prochaine sortie en librairie. Voici mes préférés :

 

L’héroïne du nouveau polar de Ragnar Jonasson est atypique puisqu’elle a soixante-quatre ans et se trouve à quelques mois de la retraite. Elle qui ne vit que pour son métier et ne se prépare pas au grand changement qui l’attend, se voit convoquée par son chef Magnus, qui lui annonce abruptement que son remplaçant sera là dans deux semaines et qu’elle pourra donc quitter le commissariat à cette date, soit plusieurs mois avant la date initialement prévue.

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C’est à l’Institut de Peinture de la rue du Métal à Bruxelles, école très réputée, que la jeune Paula Karst trouve enfin sa voie après deux années d’essais, abandons et autres tergiversations. Pendant six mois, la jeune fille de vingt ans assimile les innombrables teintes et leurs noms évocateurs, prépare sa palette et apprend à reproduire à la perfection bois et marbres, pierres semi-précieuses, moulures et frises, patines et dorures, jusqu’à devenir spécialiste…

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C’est dans une Parme surchauffée, quelques jours avant le pont du quinze août qui voit les villes italiennes se vider complètement, que se déroule la nouvelle enquête du commissaire Soneri. Une fois n’est pas coutume, l’automne et ses brumes humides ont fait place à une atmosphère brûlante et moite à la fois, que le commissaire Soneri déteste tout particulièrement. Il rêve en effet de brouillards hivernaux…

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Il est curieux, mais très fréquent, de noter à quel point on peut se faire une idée fausse d’un roman dont on parle beaucoup (donc trop). Cela se vérifie pour moi une nouvelle fois avec « La vraie vie » que je n’avais pas du tout envie de lire malgré les nombreuses critiques élogieuses à son égard. J’en avais gardé deux idées principales : de la violence et des phrases courtes et percutantes, ce qui me rebute toujours mais qui est, dans ce cas précis, très réducteur.

Ayant eu accès à « La vraie vie » par le hasard d’un prêt, j’ai été étonnée de prendre du plaisir à la lecture, principalement parce que le roman est très original. Il fait de la violence domestique quelque chose de romanesque au sens noble du terme : j’ai lu « La vraie vie » comme une fable, ou plus exactement comme un conte moderne. Et comme dans tous les contes,…

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Bonne lecture !

 

 

 

 

 

Mes souhaits pour 2020 !

Mes voeux n’arrivent jamais très tôt, mais n’oublions pas que nous avons tout le mois de janvier pour souhaiter le meilleur à notre entourage !  L’année dernière, ma rentrée sur le blog était précoce -pour moi-, et le 4 janvier, j’avais choisi de mettre l’accent sur trois travers de notre temps, en les formulant de façon positive : je voulais que le monde tourne moins vite, s’agissant en particulier des médias et de la parution des livres, j’espérais la renaissance des petites librairies indépendantes et enfin, je souhaitais que les centres des villes redeviennent les lieux de shopping et de rencontres qu’ils étaient avant.

Mon bilan est mitigé, puisque pendant l’année 2019, la librairie qui était à 300 mètres de chez moi a fermé, me privant d’un plaisir qui était au moins hebdomadaire. Pour le reste, rien n’a changé fondamentalement, mais j’ai l’impression que de plus en plus de gens, dont beaucoup de jeunes quand même, ont les mêmes préoccupations que moi dans ce domaine. J’espère que ce n’est pas qu’une impression. Et puis, je me suis tenue à l’essentiel de mes résolutions de janvier 2019, puisque je n’ai acheté mes livres que dans de petites ou moyennes librairies indépendantes, j’ai fréquenté les centres-villes et privilégié les courses dans de petits magasins à proximité de chez moi, et enfin, j’ai essayé de ne pas entrer dans le jeu infernal de la rentrée littéraire, puisque je n’ai lu aucun livre avant sa parution.

Pour 2020, si je renouvelle mes vœux de 2019, j’ajouterai un nouveau souhait dans un domaine qui m’a particulièrement dérangée l’année dernière : Il s’agit du traitement réservé dans notre société aux personnes âgées.

Je voudrais donc qu’en 2020, on fasse particulièrement attention à nos concitoyens les plus âgés. En effet, dans beaucoup de cas, ils sont totalement exclus, conséquence d’un oubli pur et simple, et preuve s’il en fallait que dans les progrès technologiques, tout n’est pas bon à prendre. Ainsi, l’accès à l’information leur est souvent refusé : Internet et rien d’autre. Plus d’horaires, de formulaires, de renseignements imprimés… Dans le domaine écologique, si les préoccupations sont légitimes, la circulation des personnes âgées dans les grandes villes est de plus en plus difficile. Trottinettes et vélos ne sont évidemment pas pour elles, mais en plus, les deux-roues de tous types les menacent jusque sur les trottoirs. Et il devient parfois impossible de les conduire quelque part en voiture, de les arrêter devant l’endroit où elles doivent se rendre.

Voyager est aussi une aventure dans de nombreux cas, et j’aimerais que beaucoup de grévistes se retrouvent dans la situation de prendre le train avec une personne âgée un jour de grève… D’ailleurs, avez-vous remarqué que beaucoup d’endroits, à commencer par les nouvelles salles d’attente, privilégient le design et des bureaux pour travailler sur un portable, mais oublient de mettre à la disposition des voyageurs ce qu’ils attendent d’abord de ce genre d’endroit ? Des sièges nombreux et confortables, dans un espace chauffé en hiver, tout simplement. Et je ne parle pas des incivilités à l’égard de nos aînés, une table pour deux refusée au restaurant à une personne parce qu’elle est seule, et autres bousculades en tous genres… Sans compter les problèmes spécifiques à la campagne, que je connais moins, mais qui sont tout aussi dérangeants… Il y aurait tant à écrire sur ce sujet.

 

Pour 2020, je souhaite donc, comme l’année dernière, prendre le temps de lire sans céder à l’appel épuisant de la nouveauté, privilégier les petites et moyennes librairies et les petits commerces en général des centres de nos villes, petites ou grandes, et enfin, prêter attention aux personnes âgées, adopter leur point de vue pour se rendre compte de ce qu’elles doivent affronter tous les jours !

 

En attendant, je vous souhaite à tous une très bonne nouvelle année !

 

Les apparences trompeuses, Deborah Lorguet

 

Louis, jeune journaliste belge, est avec Monia depuis plusieurs mois mais il s’aperçoit que cette relation ne débouchera sur rien. Il se plie sans cesse aux quatre volontés de la jeune femme et n’entrevoit pas de possible évolution. Une nouvelle attirance pour une collègue lui permet d’ouvrir les yeux et il décide de ne plus voir Monia. Il se lance alors à fond dans le travail et, alors qu’il doit écrire sur une vague de meurtres qui touche la région liégeoise depuis quelques années, il décide de mener l’enquête.

Aidé d’un collègue qui est aussi son meilleur ami, Matthieu, et d’Edith, sa nouvelle petite amie, il parvient à obtenir l’aide de Martin, un policier dont la femme fait partie des victimes. Ensemble, ils découvrent que les femmes assassinées ont des points en commun, notamment le fait d’avoir toutes été tuées au mois de mars : elles sont donc peut-être victimes d’un serial-killer. La petite équipe se met alors au travail et cette collaboration fondée sur l’amitié et l’humour portera bientôt ses fruits…

« Les apparences trompeuses » est le premier roman que publie une jeune professeure de français de la région de Verviers, en Belgique. Il est édité par une nouvelle maison d’édition belge, Empaj, fondé par une jeune diplômée passionnée, Emilie Kasongo. J’ai été très agréablement surprise par ce roman qui, malgré quelques maladresses au début, prend rapidement son envol ; je me suis rapidement laissée happer par l’intrigue et j’ai tout particulièrement apprécié l’attachant trio d’enquêteurs qui pourrait devenir récurrent. On s’imagine tout à fait suivre leurs aventures au fil des enquêtes…

Une mention spéciale pour avoir conservé les belgicismes dans le texte, ce qui ancre cette aventure dans sa région.

A noter que les bénéfices des ventes de ce roman iront à l’association belge « Rêves d’enfants ».

 

Les apparences trompeuses, Deborah Lorguet, Empaj Editions, octobre 2018, 377 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois belge chez Anne.

Topaze, de Marcel Pagnol, une pièce à l’ironie mordante !

Topaze PagnolJe profite de l’été pour revenir sur quelques classiques qui sentent bon la Provence et le soleil. Pagnol est de ceux-ci et j’ai choisi de relire -et de revoir- en particulier quelques pièces de théâtre de cet auteur qui m’a à nouveau enthousiasmée.

Topaze est une comédie en quatre actes de Marcel Pagnol, qui a été représentée pour la première fois à Paris, au Théâtre des variétés en 1928. Le premier acte se déroule dans une salle de classe du pensionnat où Topaze est professeur. C’est une classe à l’ancienne, décorée de cartes de géographie et de maximes illustrant le cours de morale. Topaze est à l’image des lieux, avec ses vêtements usés et misérables, tout comme le matériel de classe qui traîne dans un coin. Le seul élève présent n’échappe pas à cette description (« son cou d’oiseau mal nourri ») et il est, le pauvre, en train de subir la dictée de Topaze.

Amoureux de l’orthographe malgré lui, dit-il, Topaze veut rendre service à sa collègue, Mademoiselle Ernestine, qui est aussi la fille du directeur, en corrigeant les devoirs de ses élèves. Ernestine, jeune enseignante futée sinon courageuse, a si bien manœuvré qu’elle amène Topaze à la supplier de lui laisser ce travail, après avoir révélé indirectement ce qu’il ressentait pour elle.

Le directeur arrive, d’excellente humeur en raison de l’arrivée d’un nouvel élève, et annonce à Topaze que l’inspecteur d’académie lui décerne « moralement » les Palmes académiques dont Topaze rêve depuis longtemps. Méprisant et moqueur, M. Muche ajoute : « moralement, c’est peut-être encore plus beau ». Topaze ne se démonte pas. Mais suite à son refus de mettre une bonne note à un élève qui ne la méritait pas, et dont les riches parents faisaient pression sur le pensionnat, le professeur trop zélé est renvoyé par M. Muche, et se voit obligé de rechercher des leçons particulières.

C’est ainsi qu’il se retrouve chez Mme Suzy Courtois, mère d’un élève à qui il doit donner des leçons. Le début du deuxième acte met en scène Mme Courtois et le conseiller municipal, Castel-Bénac , dont elle est la maîtresse. Pagnol nous dévoile les activités malhonnêtes, avec Roger de Berville, prête-nom qui n’hésite pas à se servir de sa prétendue probité pour souligner l’intérêt qu’il y a à traiter avec lui. Les deux amants complices ne se privent d’ailleurs pas de lui faire la morale, quelques instants après avoir passé en revue leurs propres malversations !

Alors que Castel-Bénac et sa maîtresse se plaignent de la perte des valeurs, et principalement de l’honnêteté, ainsi que du fait qu’ils ne trouvent personne pour participer à leurs « activités », Suzy Courtois pense à Topaze qui, lui semble-t-il, est amoureux d’elle. Il lui sera donc facile de le manipuler, d’autant que Topaze vient de perdre sa place à la pension Muche.

Le conseiller et sa maîtresse ont donc recours à la flatterie pour essayer de décider Topaze à les aider, en remplaçant le prête-nom qui leur a fait défaut. Mais suite à une conversation avec ce dernier, Topaze découvre la vraie nature des activités de Castel-Bénac. Suzy Courtois s’empresse alors de lui mentir pour faire pression sur lui.

Acte 3, nous sommes dans un bureau moderne. Topaze, désormais associé avec Castel-Bénac, est devenu directeur de l’agence. Il a entretemps découvert que Suzy Courtois se moquait de lui, mais il est pris au piège, car complice… Il se sent d’ailleurs surveillé par la police et il prend peur suite à la parution d’un article dans le quotidien bien-nommé « La conscience publique ». Peu après, la police arrive, mais … ce n’est pas pour Topaze. Puis c’est le tour du « vénérable vieillard », venu faire chanter Topaze qui, une fois encore , a bien du mal à comprendre ce que l’on attend de lui. Arrive enfin M. Muche, le directeur de la pension qui, impressionné par le succès de son ancien professeur, a décidé de lui offrir la présidence de la distribution des prix. M. Muche est aussi venu accorder la main de sa fille à Topaze qui ne demandait plus rien, mais qui est devenu un bon parti. Et qui, finalement, oublie ce qui lui restait de probité, après avoir reçu, -honneur suprême pour lui-, les palmes académiques, en cadeau d’adieu de Castel-Bénac.

« Jusqu’ici j’ignorais absolument bien des choses que j’entrevois… la vie n’est peut-être pas ce que je croyais. C’est peut-être vous qui avez raison après tout… ».

Dans l’acte 4, Topaze savoure enfin sa vengeance, en prenant les deux complices à leur propre piège. Il s’empare de l’agence dont il est devenu directeur, le bail étant à son nom, et décide de travailler à son compte en ne laissant qu’une petite commission à Castel-Bénac. La dispute éclate alors entre ce dernier et sa complice, Suzy Courtois. Topaze a décidemment beaucoup appris…

Cette pièce de Marcel Pagnol est une comédie pleine d’humour, un humour parfois grinçant qui n’hésite pas à souligner le cynisme dans lequel tout homme est prêt à basculer, dès qu’un profit conséquent est en vue. Ainsi, Monsieur Muche, considère l’élève qui lui rapportera beaucoup d’argent comme « un sujet d’élite ». De la même façon, le conseiller municipal s’émeut du sort des malheureux balayeurs. Tout le comique vient ici de la façon dont Marcel Pagnol joue sur les mots, notamment « probité et honnêteté », auxquels les protagonistes ne prêtent pas tous la même signification. Topaze se trouve au milieu de ce petit monde qui transige beaucoup avec la morale et dont il apparait isolé, de par une naïveté et une honnêteté qui confinent parfois au ridicule. Il découvre tout un monde dont il ignorait l’existence et les codes, et qui ne fonctionne que tendu vers un objectif accepté par tous ceux qui y prennent part : profiter de l’occasion et s’enrichir le plus possible.

Outre la corruption et le cynisme d’une classe politique locale, Marcel Pagnol dénonce également le respect que l’on éprouve parfois face à ceux qui ont gagné de l’argent, sans même se demander quelles méthodes ils ont utilisées pour y parvenir. Au passage, et même s’il a dédié Topaze à son maître d’école, «en signe de reconnaissance et de respectueuse affection », il égratigne également les enseignants, à la fois victimes et complices indirects. Une excellente lecture, pleine de bons mots, à l’ironie parfois percutante !

Topaze

« Pourtant l’argent ne fait pas le bonheur !

Suzy

« Non, mais il l’achète à ceux qui le font ! »

 

Topaze, Marcel Pagnol, Editions de Fallois, Collection Fortunio, Paris, 2004, 241 p.

 

 

 

Quattrocento, l’histoire d’une redécouverte

Quattrocento GreenblattFasciné par les idées développées par le poète latin Lucrèce dans une œuvre écrite il y a deux millénaires, Stephen Greenblatt a choisi de nous raconter un épisode peu connu de l’histoire mais néanmoins décisif pour son évolution, celui de la découverte par Poggio Bracciolini d’un livre jusque là perdu. Perdu ou plus exactement oublié, même s’il avait fait l’objet d’un intérêt particulier à plusieurs reprises pendant le Moyen Age, l’héritage culturel de l’Antiquité n’ayant jamais totalement disparu pendant cette période.

Au XVème siècle, « il quattrocento » en italien, Poggio Bracciolini, ou Le Pogge, a perdu depuis peu son poste de secrétaire apostolique du pape Jean XXIII, parce que ce dernier vient d’être déposé, -au moment du grand schisme d‘occident-, et décide donc de se lancer dans la recherche d’anciens manuscrits. C’est ainsi qu’en 1417, il découvre une copie du « De Natura Rerum » (De la nature) de Lucrèce, la fait copier et l’envoie à Florence pour qu’elle y soit diffusée.

La découverte de cette copie marque le début d’un nouvel intérêt pour l’épicurisme, philosophie dont Lucrèce s’inspire largement et qui, d’après Greenblatt, a sûrement nourri les esprits ouverts de la Renaissance ; car si le « De Natura Rerum » a d’abord été très faiblement diffusé puis interdit à Florence en 1516, il avait déjà été imprimé ailleurs, l’invention de Gütenberg s’étant déjà répandue à travers l’Europe. Lucrèce et Epicure ont ainsi influencé la vie intellectuelle de la Renaissance : l’auteur nous apprend, entre autres, que Machiavel a recopié « De Natura Rerum » pour son usage personnel, que l’œuvre de Lucrèce a été à la base de « L’utopie » de Thomas More, et que Montaigne s’en est inspiré.

Stephen Greenblatt évoque également les scientifiques brillants qui ont remis en question les croyances de l’époque, proposant une nouvelle vision de la nature des choses. Lucrèce remet en effet en lumière l’un des principes de la physique épicurienne : « rien ne nait de rien, rien ne retourne au néant ». Pour Lucrèce, tout est constitué d’atomes, dont le mouvement a donné lieu à toutes sortes de combinaisons, d’où le monde est né.

Au-delà de la belle histoire de cette redécouverte de l’héritage de l’Antiquité, « Quattrocento » nous apprend beaucoup. Nous faisons d’abord connaissance avec Poggio Bracciolini qui évoluait dans l’univers sombre et cruel de la curie romaine, dont les abus l’avaient fait souffrir, mais qui fut sauvé par sa bibliophilie, les livres ayant toujours représenté pour lui une échappatoire. Le Pogge se disait d’ailleurs libre de lire, de «s’abstraire mentalement du chaos du monde». Nous apprenons également que nous devons au Pogge une calligraphie encore admirée six siècles après son invention. Nous faisons connaissance avec Niccoli, ami du Pogge, qui partageait sa passion pour les textes de l’Antiquité et ressuscita le concept de bibliothèque publique, fondé sur le modèle romain. Enfin, l’auteur nous expose les principaux thèmes de la philosophie de Lucrèce, elle-même inspiré du grec Epicure.

« Quattrocento » est un livre érudit qui nous emmène tour à tour de la Rome antique avec ses copistes et ses scribes (les premiers étaient généralement des esclaves, les seconds des citoyens libres), à la grande bibliothèque d’Alexandrie, aux monastères européens du Moyen Age, jusqu’aux intrigues du pape contesté, Baldassare Cossa, et à la Florence de Savonarole, pour finir dans la philosophie de Thomas Jefferson (Président des Etats-Unis et rédacteur de la Déclaration d’indépendance).

À une époque où l’étude des langues anciennes est souvent remise en question, Stephen Greenblatt nous fait partager sa fascination pour Lucrèce en nous donnant envie de nous plonger, ou de nous replonger, pour ceux qui ont fait du latin, dans le traité de Lucrèce  « De la nature ». Un livre à ne pas manquer, un de mes coups de cœur de l’année 2013, aujourd’hui disponible en édition de poche !

 

 

Stephen Greenblatt est professeur de littérature anglaise à l’université d’Harvard et membre de l’Académie américaine des arts et des sciences. « Quattrocento », publié en 2011 aux Etats-Unis, a reçu le Prix Pulitzer et le National Book Award, deux des plus grands prix littéraires américains.

Quattrocento, Stephen Greenblatt, traduit de l’anglais par Cécile Arnaud, Flammarion, collection Libres champs Poche, Paris, mars 2015.

 

Livre lu dans le cadre du challenge histoire, chez Lynnae

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« Une vérité changeante », de Gianrico Carofiglio

una mutevole veritàUne vérité changeante n’est que la traduction littérale que je vous propose du dernier roman de Gianrico Carofiglio qui n’a pas encore été traduit en français. « Una mutevole verità » est en effet sorti en Italie en juin dernier, et je me suis laissée tenter par ce roman, d’une part, parce que je lis régulièrement les livres de Gianrico Carofiglio que j’apprécie beaucoup, et d’autre part, parce qu’en cette journée pluvieuse de vacances, le dernier roman de Carofiglio se vendait comme des petits pains, l’auteur ayant beaucoup de succès en Italie et j’ai donc suivi le mouvement…

Gianrico Carofiglio est  né en 1961, dans les Pouilles, à Bari, où il situe généralement ses romans. Après une carrière de magistrat spécialisé dans la criminalité organisée, il s’est lancé dans l’écriture de romans policiers en 2002 avec « Testimone inconsapevole »(« Témoin involontaire ») dont le protagoniste principal est un avocat, Guido Guerrieri. Reconnu pour la qualité de son écriture, Carofiglio a reçu plusieurs prix littéaires en Italie, dont le prestigieux prix Strega. Il est aujourd’hui traduit en 24 langues.

« Una mutevole verità » n’est pas un nouvel épisode de la série Guerrieri, mais Carofiglio nous propose un nouveau personnage : Pietro Fenoglio, un carabinier d’une quarantaine d’années, que l’on peut comparer à un lieutenant de la gendarmerie. Ancien étudiant en lettres, c’est un personnage ordinaire, qui ne souffre d’aucune des addictions propres aux policiers récurrents des polars actuels. Piémontais d’origine, l’homme travaille à Bari, dans les Pouilles, et l’intrigue s’y déroule, en 1989. Fenoglio fait équipe avec Montemurro, un stagiaire qui aspire à autre chose que résoudre des enquêtes policières.

Fenoglio travaille sur le meurtre d’un homme qui a été retrouvé égorgé dans son appartement. Un enquête de voisinage permet rapidement d’établir la culpabilité probable d’un jeune homme. Mais Fenoglio refuse de s’arrêter aux apparences qui condamnent d’emblée le fils Fornelli : le cas est trop simple ! Il pense qu’il faut construire une histoire vraisemblable à partir des indices dont il dispose, puis la confronter à la réalité et en explorer les différentes pistes.

L’intrigue est mince, et l’auteur s’arrête davantage sur les états d’âme de l’enquêteur qui, à la recherche de la vérité profonde, doute encore et toujours, et ne veut pas se contenter d’une solution facile. L’auteur établit d’ailleurs un parallèle avec le travail de l’écrivain à cet égard.

Or, si le cas est banal, facile, la véritable solution ne l’est pas moins. Car le lecteur devine rapidement qui est en réalité coupable du meurtre. « Una mutevole verità » n’est pas le meilleur livre de Carofiglio, loin s’en faut.  Mais on y retrouve l’écriture claire et fluide de l’auteur, ce qui est un plus quand il s’agit de lire en VO !

Una mutevole verità, Gianrico Carofiglio, Einaudi, Torino, juin 2014, 118p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Leggere in italiano, chez George, et du challenge Il viaggio, chez Eimelle.

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La biographie de Victor Hugo en BD

Victor HugoJe lis peu de BD, principalement par manque de temps et par méconnaissance de cet art. Mais l’une d’entre elles a retenu mon attention : c’est un magnifique album d’une centaine de planches que nous offre Bernard Swysen, auteur bruxellois de bandes dessinées : la somme de deux années de travail, sobrement intitulée Victor Hugo. L’album retrace la biographie du grand homme, en n’oubliant aucun des aspects de sa vie : écrivain avant tout, mais aussi homme politique, défenseur des droits de l’homme, père et grand-père attentif, mari attaché à son épouse, même s’il était volage et a vécu une double vie avec Juliette Drouet, et tant d’autres …

La BD de Swysen est donc très complète, et s’appuie sur un cadre historique qui retrace parfaitement les soubresauts qu’a connus le XVIIIème siècle français, entre le Ier Empire et la Restauration, les Trois Glorieuses de juillet 1830, la Révolution de 1848, les seconde et troisième Républiques, puis le Second Empire jusqu’à la Commune en 1870.

Un siècle agité politiquement et bien sûr, très riche en ce qui concerne la littérature, avec la naissance des Romantiques, la bataille contre le classicisme, les relations entre Hugo et Châteaubriand, Sainte-Beuve, Alexandre Dumas entre autres hommes de lettres.

Les périodes d’exil de Victor Hugo sont également mises en avant, notamment en Belgique, et l’on retrouve Hugo dans différents lieux de Bruxelles, ainsi qu’à Waterloo. À cette souffrance de l’éloignement, se sont ajoutés des drames, notamment la perte de plusieurs de ses enfants ou petits-enfants, la folie qui a touché certains de ses proches. Hugo n’a pourtant jamais baissé les bras, en homme passionné qu’il était.

L’album Victor Hugo de Bernard Swysen a reçu la caution du biographe hugolien, Jean-Marc Hovasse, directeur de recherche au CNRS, ainsi que de Robert Badinter et Jean d’Ormesson. Le texte, enrichi de nombreuses citations extraites des œuvres de Victor Hugo, fait aussi de cet album une BD de référence sur l’homme de lettre et l’intellectuel engagé.

Victor Hugo, Bernard Swysen, Joker éditions, Bruxelles, 2014, 97p.

 

Album lu dans le cadre du challenge Histoire, chez Lynnae et du challenge romantique, chez Claudia Lucia

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Challenge romantique