Archives

La femme de Gilles, Madeleine Bourdouxhe

Pour ce nouveau mois belge, dont je vous invite à parcourir régulièrement le récapitulatif sur le Blog d’Anne « Des mots et des notes », j’ai choisi de commencer par un classique, « La femme de Gilles ». Paru en 1937, chez Gallimard, ce roman a fait la renommée de son auteur, Madeleine Bourdouxhe (1906-1996), écrivain belge peu prolifique mais de grande qualité.

Elisa aime passionnément Gilles et chaque minute de sa journée lui est consacrée, qu’il s’agisse du ménage comme de l’entretien du jardin, de la préparation des repas ou des soins apportées à leurs petites jumelles. Elisa se trouve figée dans « un vertige de tendresse » et dans l’attente de l’être aimé. Son corps est « anéanti de douceur, fondu de langueur ».

Le roman se déroule dans le quartier ouvrier d’une petite ville belge. Gilles travaille dans les hauts-fourneaux, comme une grande partie des habitants, tandis qu’Elisa s’occupe du foyer et des enfants. L’amour qui les unit est fort, sensuel et partagé. Le couple goûte également un bonheur familial tendre et paisible. Elisa est heureuse, entièrement occupée par son amour. Aussi, lorsque son mari rentre accompagné de sa belle-soeur, Victorine, Elisa les incite à aller au cinéma ensemble. Fatiguée par une deuxième grossesse, Elisa est heureuse que Gilles ait une occasion de se distraire avec sa jeune soeur.

Découvrant peu après que Gilles aime Victorine, Elisa est terrassée par la douleur. Elle ne montre rien pourtant, elle cherche à s’habituer à cette idée et préfère penser à l’avenir. Femme amoureuse et réfléchie, elle décide de la conduite à tenir.

« Quoi qu’il arrivât, quoi qu’il fût arrivé, il ne fallait pas faire d’éclat. Seulement veiller, et n’agir qu’en de petits actes subtils, et garder intact cet amour autour de lui, et auquel il reviendrait : elle l’aimait, on n’échappe pas à un tel amour… »

Elisa est fière, déterminée, optimiste, forte de tout l’amour engrangé jusqu’alors, mais elle est aussi naïve jusqu’à la candeur. Gilles est quant à lui follement amoureux de Victorine, mais la belle est inconstante et l’amour de Gilles ne sera plus que douleur… Quelle voie choisira alors Elisa pour regagner l’amour de Gilles ?

Madeleine Bourdouxhe nous propose une belle écriture, pure, simple et pudique, tendre et pleine d’émotions, tout comme l’héroïne du roman. Cette limpidité cache des sentiments bien plus complexes et s’il est bien question d’amour pur et de jalousie, « La femme de Gilles » est loin de se limiter à cela. Tout l’art de l’auteur est ici de nous emmener en une centaine de pages du bonheur à la tragédie, dans un rythme parfait, au gré d’une histoire simple, presque banale, mais dont le traitement et la profondeur sont remarquables.

« La femme de Gilles » est aussi le roman d’une époque, celle de la première moitié du XX ème siècle mais il est intemporel et peut être transposé dans le présent. L’héroïne n’est pas une femme soumise ; éprise d’absolu, elle s’oublie mais n’est jamais dominée par son mari. Le roman n’est donc pas seulement la dénonciation du sacrifice d’Elisa mais il s’attache aussi à disséquer l’amour, ses multiples facettes et les conséquences tragiques qu’il peut avoir sur nos vies. D’une grande richesse, « La femme de Gilles » se prête à plusieurs lectures et interprétations. C’est un classique de la littérature belge francophone, à ne pas manquer. Voilà qui commence bien ce mois belge !

Coup de cœur 2021 !

La femme de Gilles, Madeleine Bourdouxhe, Labor, collection Espaces Nord, 2005 / ou chez Actes Sud, Babel, 2010.

Participation au mois belge d’Anne et au challenge Objectif Pal chez Antigone.

Mémoire de soie, Adrien Borne

CVT_Memoire-de-soie_68

Quand Emile, vingt ans, part pour le service militaire, c’est presque une matinée comme les autres, baignée du soleil drômois. Son père lui a dit au revoir la veille, il est au magasin. Sa mère s’active déjà, courbée devant le lavoir. Nous sommes en 1936 et la famille, épargnée lors de la Grande guerre, semble n’avoir rien à craindre. «Pas de fierté ni d’inquiétude. Que ce soit pour deux années pleines ne change rien à l’affaire». On s’attend alors à un avenir sombre. Pas la peine. C’est que le passé l’a déjà été.

Emile ne s’en doute pas, jusqu’à ce qu’il découvre dans le livret de famille que sa mère lui a remis avant son départ que son père y figure sous le prénom de Baptistin. Pourtant son père à lui se prénomme Auguste… Pour comprendre, Emile se penche sur le passé de sa famille, étroitement lié à la magnanerie, cet élevage de vers à soie qui faisait leur fierté jusqu’à la fin de la guerre 14-18. Comme sa mère, Suzanne, autrefois, Emile doit dévider le cocon et tirer le fil. Il s’agit d’un travail difficile mais Suzanne était experte :

« — Alors je commence à tirer, tout délicatement, à dévider, et à enrouler, la magie s’organise. Parfaitement ordonnée. Le fil s’étire, le cocon s’abandonne, j’ai la main, je fais de la soie ou tout comme, elle prend forme sous mes yeux.

Suzanne répète sa tâche sur les six bassines qui composent sa machine. Mêmes yeux, mêmes doigts, même férocité. Ne pas se précipiter, de la vigilance, toujours, pour changer les cocons épuisés ou renouer les fils rompus. D’une exigence extrême. Un monde à écouler. »

Et c’est que qu’Adrien Borne s’attache à faire, petit à petit, soigneusement et précisément, dévidant le cocon, tirant le fil jusqu’à « imaginer l’infini ». Il nous révèle ainsi une histoire familiale douloureuse, qui a tissé son quotidien autour d’un secret bien enfoui, sans que cela ait été décidé, parce que les choses étaient comme cela, tout simplement. Derrière l’apparente dureté des personnages et leur silence, l’amour ne manque pas, celui de Suzanne et Baptistin, et celui d’Auguste qui a toujours été là.  Un monde comme il en existait autrefois, rompu au travail, acceptant le destin et peu enclin à exprimer ses sentiments.

L’écriture de l’auteur est à l’image du roman, dure et précise, âpre et poignante. C’est un premier roman très maîtrisé que nous offre Adrien Borne, plein de non-dits et de sentiments qui se cachent au détour d’une phrase. Un beau roman littéraire et un auteur à suivre !

Mémoire de soie, Adrien Borne, JC Lattès, août 2020, 248 p.

 

Lu dans le cadre du challenge Objectif Pal chez Antigone.

Bonne année à tous !

Depuis trois ans, j’ai pris l’habitude d’émettre quelques souhaits pour la nouvelle année. En 2019, j’espérais que les librairies indépendantes renaissent et que les centres-ville redeviennent les lieux de rencontre animés qu’ils étaient encore il y a quelques années. Je voulais aussi que tout aille moins vite, afin que l’on puisse profiter de nos lectures, comme du reste, et approfondir, réfléchir, au lieu de papillonner !

L’année dernière, je souhaitais que 2020 soit l’occasion pour tous de faire attention aux personnes âgées, en imaginant simplement les difficultés qu’elles rencontraient dans la vie quotidienne, et notamment l’isolement, suite à la généralisation de l’économie numérique. Il suffisait pour cela d’observer ce qui se passait autour de soi.

Ces objectifs restent d’actualité et la crise que nous avons vécue n’a fait que souligner la nécessité de changer certaines choses à notre façon de vivre. Parfois, la crise a même accentué ce qui n’allait pas. Je pense notamment au fait que certaines entreprises ait accéléré leur transition vers une économie toujours plus numérique, mais toujours moins au service des usagers ou des consommateurs. Autour de moi, certaines personnes en ont fait les frais, et là encore, c’est pour les personnes âgées que cela a été le plus difficile : de petits bureaux de poste fermés, qui ont obligé les usagers à se déplacer jusqu’à un bureau plus grand en ville, pour un simple envoi, et faire la queue dehors, dans le froid, debout. Des boutiques de téléphonie où il faut prendre rendez-vous des jours à l’avance pour régler un simple problème… tout cela pour s’entendre dire qu’il faut téléphoner soi-même à un service client qui ne répond jamais. Les exemples de ce type abondent…

Je n’entrerai pas dans les détails de ce qu’ont vécu nos concitoyens les plus âgés pendant cette crise, nous le savons tous, si nous sommes un tant soit peu informés. Il en va de même pour les commerces et l’épisode, qui aurait pu être comique s’il n’était aussi triste, de la fermeture des librairies doit nous faire réfléchir. Et puis bien sûr les restaurants, les cafés, les cinémas, les théâtres… Il y a évidemment tant d’autres choses à améliorer, à commencer par notre système hospitalier et par l’attention que l’on doit porter au personnel de ce secteur, mais je ne m’aventurerai pas sur ce terrain qui n’est pas de ma compétence.

Je me limiterai à espérer que le monde redevienne ce qu’il était avant dans les domaines plus légers de la vie sociale : sortir, aller au restaurant, rencontrer des amis, voir notre famille, voyager. En espérant que nous privilégierons des destinations moins lointaines, mais que l’on connaît mal ou pas du tout. Souvenez-vous des nombreux reportages de l’été dernier, dans lesquels nous avons découvert des paysages magnifiques et autant d’idées de vacances, dans notre propre pays.

Et pour que cela soit possible, nous avons tous un rôle à jouer, en nous vaccinant par exemple pour nous protéger tout en protégeant les autres. En continuant à faire attention aux autres. Et pour le reste, pourquoi ne pas adopter une démarche responsable dans notre consommation ? Acheter français, belge, suisse, portugais… en tout cas européen, à chaque fois que cela est possible; alors, certes, c’est plus cher, mais l’on peut alors acheter moins, beaucoup moins, et mieux.

Cette crise nous aura montré en tout cas le grand pouvoir des livres. Nous n’avions pas besoin de cela et nous en étions déjà convaincus, me direz-vous. Oui, les livres sont pour nous un refuge, un divertissement, une aide, un enseignement… et nous ne pouvons pas vivre sans eux. Nous continuerons 2021 avec eux, et ce sera, assurément, une excellente année !

Voyage au royaume de Naples, Dominique Vivant Denon

Peu avant mon voyage à Naples, et pour changer des nombreux guides que j’ai consultés, je me suis plongée dans un ouvrage écrit en 1778 par Dominique Vivant Denon. Né en 1747, ce dernier est connu pour avoir été le premier directeur du Musée du Louvre. Il fut aussi graveur, diplomate et écrivain. Il est l’auteur, entre autres, de récits de voyages en Italie ainsi qu’en Egypte. Il connaissait bien Naples où il avait passé plusieurs années en tant que secrétaire d’ambassade.

Après une rapide évocation des premiers jours de son « Voyage au royaume de Naples », de Marseille en Toscane, d’abord en bateau puis à pied, l’auteur nous invite à visiter la grande cité parthénopéenne de l’époque. La rue de Tolède, grande artère commerçante actuelle, est alors le lieu de résidence de la noblesse. En arrivant sur le port, nous découvrons le Castel dell’Ovo. La rade de Naples nous est présentée comme le plus grand port de l’univers. Il y a aussi à Naples « la plus belle chartreuse de l’univers ».

On note la « grande affluence », la « vivacité », les « embarras » car, « de toutes les villes de l’univers, Naples est celle où il y a le plus de voitures ». L’auteur critique le ridicule des obélisques, mais aussi le but incertain que poursuivent les voyageurs. Il souligne la paresse des napolitains et la jalousie qui les anime, mais il évoque aussi la légèreté et la gaieté qui les caractérisent. Il nous parle des crèches napolitaines, nous décrit le culte des morts. 

Enfin, Dominique Vivant Denon nous emmène à la découverte des environs de Naples, au pied du Vésuve, à Pompéi, Herculanum, puis dans les îles, et notamment sur l’île de Caprée -l’actuelle Capri-, et dans les mystérieux Champs Phlégréens.  Il dit de Caserta : « Je trouvai ce lieu fort triste ». Il termine son itinéraire en descendant de Naples à Reggio de Calabre, en passant par la Pouille, puis il se rend en Sicile, avant de rentrer en bateau à Naples.  Voilà un ouvrage passionnant, riche en références à l’antiquité romaine et aux auteurs latins, qui nous fait voyager dans l’espace et dans le temps.

 

Voyage au royaume de Naples, Dominique Vivant Denon, Préface de Pierre Rosenberg, Editions Perrin, 1997, 309 p.

 

Participation au challenge objectif Pal chez Antigone.

Lire des romans de montagne

C’est en constatant que les éditions « J’ai lu » republiaient les romans de Roger Frison-Roche que j’ai eu l’idée d’écrire une chronique sur les romans de montagne, ou qui se déroulent à la montagne.

Voici donc quelques-uns de mes livres préférés dans ce domaine, qu’il s’agisse de récits d’aventures ou de pure fiction. J’ai marqué une préférence pour les livres qui existent en collection de poche, et j’ai exclu les beaux-livres, car trop d’entre eux méritent que l’on s’y arrête.

Il en existe évidemment beaucoup d’autres, mais je n’ai mentionné ici que les livres que j’ai lus. J’espère que cela vous donnera des idées de lecture. N’hésitez pas à me recommander les vôtres en commentaire.

 

 

Le classique des classiques 

C’est la série des Frison-Roche, « Premier de cordée », « La grande crevasse » et « Retour à la montagne » et beaucoup d’autres. La trilogie nous conte l’histoire d’un jeune chamoniard qui rêve de devenir guide, comme son père, mais qui se résigne à l’hôtellerie et à ne pratiquer la montagne que comme loisir.

 

 

Les classiques au sens classique 

« La montagne magique » de Thomas Mann nous immerge dans l’ambiance désuète d’un sanatorium Suisse au début du XXème siècle.

 « La grande peur dans la montagne », du suisse Charles-Ferdinand Ramuz : un roman mystérieux, un peu fantastique, dans lequel jeunes et vieux se disputent au sujet d’une terre délaissée dans les alpages. Du même auteur, le très beau « Derborence » dans lequel un jeune berger et son oncle qui étaient en alpage sont tenus pour morts par les habitants du village après la survenue d’un énorme éboulement.

 

 

Des polars 

Là encore, nous partons en Suisse, avec « Avalanche hôtel » de Niko Takian, qui se déroule dans un hôtel abandonné des hauteurs de Montreux et qui restitue parfaitement l’atmosphère hivernale et mystérieuse des lieux.

Sans oublier les polars de Marc Voltenauer qui vous emmèneront non loin de là, à Gryon et aux alentours, en compagnie de l’inspecteur Auer. Les deux premiers polars, « Le dragon du Muveran » et « Qui a tué Heidi ? », sont de véritables « page-turner ». Les suivants également, mais le second se passe en Suède, et le dernier vient de sortir en grand format et se déroule en plaine, dans le Valais suisse.

 

Les romans du terroir 

J’avais découvert il y a déjà plusieurs années « La grande avalanche » de Patrick Breuzé, mais l’auteur a écrit beaucoup d’autres romans. Dans celui-ci, un jeune soldat rentre de la guerre, blessé, pour effectuer sa convalescence dans son village de Haute-Savoie, avant de repartir au combat. Victime d’un accident de montagne, il est néanmoins sauf et se réfugie dans un chalet coupé du monde. Il hésite alors à faire croire qu’il est mort pour ne plus repartir sur le front.

« Le bout du monde : nos plus belles années » d’Edith Reffet évoque l’isolement vécu par une jeune institutrice de montagne. On y retrouve l’atmosphère particulière des années de guerre en montagne.

 

Les récits de voyage 

Dans « La légende des montagnes qui naviguent », Paolo Rumiz nous apprend que le dépaysement est à notre portée, loin du tourisme de masse. Voici un récit d’une grande richesse qui parle aussi d’écologie, d’histoire, de toponymie…

« Victoire sur l’Everest » est un incontournable pour qui veut tout savoir de la grande expédition à la conquête de l’Everest en 1953. Ecrit par un des participants, John Hunt.

D’autres romans étrangers 

Paolo Cognetti, « Les huit montagnes » :   L’amitié entre deux garçons sert de prétexte à évoquer une passion pour la montagne. Un roman authentique couronné par des prix prestigieux.

 

Annemarie Schwarzenbach, « Le refuge des cimes » :  des personnages de la bourgeoisie helvétique et allemande sont confrontés à des difficultés existentielles nées de la crise de l’entre-deux-guerres et cherchent à échapper à la noirceur du monde d’en bas.

Erri de Luca, « Le poids du papillon » : déçu par ses rêves révolutionnaires, un homme revient vivre dans ses montagnes natales, quelque part au nord de l’Italie. Il braconne et abat des centaines de chamois… un texte magnifique.  

 

Il y en tant d’autres encore… lesquels me conseillez-vous ?

La loi des hommes, Wendall Utroi

Jacques est cantonnier auprès de la mairie d’Houtkerke, dans le Nord. Alors qu’il entretient la tombe centenaire d’un Anglais à la réputation mystérieuse, il découvre un carnet qui contient une longue histoire. Avec l’aide de sa fille qui s’occupe de la traduction, Jacques se passionne pour les révélations qui y sont faites : avant de prendre sa retraite en France, l’auteur du carnet, un certain J.Wallace Hardwell, enquêteur à Scotland Yard, a mis au jour un scandale démasquant de nombreux notables et même des membres de la famille royale.

Impossible d’en dire plus sans dévoiler des éléments importants de ce roman qui n’est pas tout à fait un polar, et qui n’est pas totalement un roman historique non plus. Le suspense est pourtant bien présent, de même que les éléments historiques qui nous emmènent dans les bas-fonds londoniens au XIX ème siècle, dans une incroyable histoire de trafic de petites filles de 12, 13 ans, livrées en pâture aux membres de la bonne société anglaise.  

On suit avec Jacques tout le déroulement de l’enquête menée par Wallace. C’est une très belle découverte que ce thriller historique qui explore les thèmes vieux comme le monde et malheureusement toujours actuels que sont la pédophilie et l’exploitation sexuelle, et qui pose la question de la majorité sexuelle. Et l’on s’aperçoit avec stupeur que, dans certains domaines, les lois n’ont pas radicalement changé depuis cette époque ! Un roman passionnant à ne pas rater chez Slatkine et Cie.

 

La loi des hommes, Wendall Utroi, Slatkine et Cie, octobre 2020, 398 p.

 

 

Noces de neige, Gaëlle Josse

En 1881, la fille du grand-Duc Oulianov emprunte le train Nice-Moscou avec toute sa famille après avoir passé l’hiver à Nice, de fêtes en réceptions avec l’aristocratie russe qui vient chaque année profiter de la douceur de l’hiver niçois. Anna Alexandrovna est heureuse, elle a hâte de retrouver sa patrie, mais surtout les chevaux et les concours équestres dans lesquels elle excelle, et enfin, Dimitri Sokolov, le cadet du tsar et l’ami de son frère qui l’a complimentée si ardemment et dont elle s’est aussitôt éprise.

En 2012, c’est en sens inverse que la jeune Irina accomplit le même trajet, pour se rendre au bord de la « Baie des Anges » où l’attend Enzo, avec qui elle échange des messages d’amour depuis six mois sur un site de rencontre. Irina ne veut pas du destin de sa mère, elle veut être heureuse et elle refuse d’avoir froid. Même si elle a menti sur quelques points, Irina est sérieuse et cherche vraiment l’amour, à la différence des nombreuses filles qui ne visent qu’à arnaquer celui qui sera trop naïf, attiré par l’âme et la beauté slaves.

Voilà deux jeunes filles qui se croisent dans le Riviera-Express, à un siècle de distance, et qui sont reliées par une communauté de destin, même si l’une est aristocrate et l’autre n’est qu’une fille du peuple. C’est avec ce court roman que je découvre pour la première fois la belle écriture de Gaëlle Josse, différente d’ailleurs en fonction de l’époque qu’elle évoque : on imagine ainsi parfaitement les moments qui s’écoulent dans le train, ses décors et ambiances, et les paysages traversés.  

Les thèmes évoqués concernent le temps qui passe et les occasions perdues, la beauté que l’on n’a pas toujours et l’amour, l’exil et la poursuite d’illusions.  Le roman dégage une sensation difficile à définir, oscillant entre la poésie et la nostalgie, à l’évocation de ces jeunes filles qui rêvent, doutent, s’interrogent et souffrent de désenchantements et de la difficulté de vivre, tout simplement. La fin inattendue projette sur l’œuvre une mélancolie douce : un beau roman et une belle plume que je vous conseille de découvrir.

Noces de neige, Gaëlle Josse, Editions j’ai lu, 2014, 123 p.

Participation au challenge objectif Pal chez Antigone.

Quelques sorties en poche, 1/2

 

Pendant le confinement, quelques parutions de très bons romans en collection de poche sont passées plus ou moins inaperçues. Voilà de quoi vous donner quelques idées pour votre prochaine sortie en librairie. Voici mes préférés :

 

L’héroïne du nouveau polar de Ragnar Jonasson est atypique puisqu’elle a soixante-quatre ans et se trouve à quelques mois de la retraite. Elle qui ne vit que pour son métier et ne se prépare pas au grand changement qui l’attend, se voit convoquée par son chef Magnus, qui lui annonce abruptement que son remplaçant sera là dans deux semaines et qu’elle pourra donc quitter le commissariat à cette date, soit plusieurs mois avant la date initialement prévue.

Lire la suite

 

 

 

 

 

 

 

C’est à l’Institut de Peinture de la rue du Métal à Bruxelles, école très réputée, que la jeune Paula Karst trouve enfin sa voie après deux années d’essais, abandons et autres tergiversations. Pendant six mois, la jeune fille de vingt ans assimile les innombrables teintes et leurs noms évocateurs, prépare sa palette et apprend à reproduire à la perfection bois et marbres, pierres semi-précieuses, moulures et frises, patines et dorures, jusqu’à devenir spécialiste…

Lire la suite

 

 

 

 

 

 

 

C’est dans une Parme surchauffée, quelques jours avant le pont du quinze août qui voit les villes italiennes se vider complètement, que se déroule la nouvelle enquête du commissaire Soneri. Une fois n’est pas coutume, l’automne et ses brumes humides ont fait place à une atmosphère brûlante et moite à la fois, que le commissaire Soneri déteste tout particulièrement. Il rêve en effet de brouillards hivernaux…

Lire la suite

 

 

 

 

 

 

 

Il est curieux, mais très fréquent, de noter à quel point on peut se faire une idée fausse d’un roman dont on parle beaucoup (donc trop). Cela se vérifie pour moi une nouvelle fois avec « La vraie vie » que je n’avais pas du tout envie de lire malgré les nombreuses critiques élogieuses à son égard. J’en avais gardé deux idées principales : de la violence et des phrases courtes et percutantes, ce qui me rebute toujours mais qui est, dans ce cas précis, très réducteur.

Ayant eu accès à « La vraie vie » par le hasard d’un prêt, j’ai été étonnée de prendre du plaisir à la lecture, principalement parce que le roman est très original. Il fait de la violence domestique quelque chose de romanesque au sens noble du terme : j’ai lu « La vraie vie » comme une fable, ou plus exactement comme un conte moderne. Et comme dans tous les contes,…

Lire la suite

 

 

 

 

Bonne lecture !

 

 

 

 

 

Mes souhaits pour 2020 !

Mes voeux n’arrivent jamais très tôt, mais n’oublions pas que nous avons tout le mois de janvier pour souhaiter le meilleur à notre entourage !  L’année dernière, ma rentrée sur le blog était précoce -pour moi-, et le 4 janvier, j’avais choisi de mettre l’accent sur trois travers de notre temps, en les formulant de façon positive : je voulais que le monde tourne moins vite, s’agissant en particulier des médias et de la parution des livres, j’espérais la renaissance des petites librairies indépendantes et enfin, je souhaitais que les centres des villes redeviennent les lieux de shopping et de rencontres qu’ils étaient avant.

Mon bilan est mitigé, puisque pendant l’année 2019, la librairie qui était à 300 mètres de chez moi a fermé, me privant d’un plaisir qui était au moins hebdomadaire. Pour le reste, rien n’a changé fondamentalement, mais j’ai l’impression que de plus en plus de gens, dont beaucoup de jeunes quand même, ont les mêmes préoccupations que moi dans ce domaine. J’espère que ce n’est pas qu’une impression. Et puis, je me suis tenue à l’essentiel de mes résolutions de janvier 2019, puisque je n’ai acheté mes livres que dans de petites ou moyennes librairies indépendantes, j’ai fréquenté les centres-villes et privilégié les courses dans de petits magasins à proximité de chez moi, et enfin, j’ai essayé de ne pas entrer dans le jeu infernal de la rentrée littéraire, puisque je n’ai lu aucun livre avant sa parution.

Pour 2020, si je renouvelle mes vœux de 2019, j’ajouterai un nouveau souhait dans un domaine qui m’a particulièrement dérangée l’année dernière : Il s’agit du traitement réservé dans notre société aux personnes âgées.

Je voudrais donc qu’en 2020, on fasse particulièrement attention à nos concitoyens les plus âgés. En effet, dans beaucoup de cas, ils sont totalement exclus, conséquence d’un oubli pur et simple, et preuve s’il en fallait que dans les progrès technologiques, tout n’est pas bon à prendre. Ainsi, l’accès à l’information leur est souvent refusé : Internet et rien d’autre. Plus d’horaires, de formulaires, de renseignements imprimés… Dans le domaine écologique, si les préoccupations sont légitimes, la circulation des personnes âgées dans les grandes villes est de plus en plus difficile. Trottinettes et vélos ne sont évidemment pas pour elles, mais en plus, les deux-roues de tous types les menacent jusque sur les trottoirs. Et il devient parfois impossible de les conduire quelque part en voiture, de les arrêter devant l’endroit où elles doivent se rendre.

Voyager est aussi une aventure dans de nombreux cas, et j’aimerais que beaucoup de grévistes se retrouvent dans la situation de prendre le train avec une personne âgée un jour de grève… D’ailleurs, avez-vous remarqué que beaucoup d’endroits, à commencer par les nouvelles salles d’attente, privilégient le design et des bureaux pour travailler sur un portable, mais oublient de mettre à la disposition des voyageurs ce qu’ils attendent d’abord de ce genre d’endroit ? Des sièges nombreux et confortables, dans un espace chauffé en hiver, tout simplement. Et je ne parle pas des incivilités à l’égard de nos aînés, une table pour deux refusée au restaurant à une personne parce qu’elle est seule, et autres bousculades en tous genres… Sans compter les problèmes spécifiques à la campagne, que je connais moins, mais qui sont tout aussi dérangeants… Il y aurait tant à écrire sur ce sujet.

 

Pour 2020, je souhaite donc, comme l’année dernière, prendre le temps de lire sans céder à l’appel épuisant de la nouveauté, privilégier les petites et moyennes librairies et les petits commerces en général des centres de nos villes, petites ou grandes, et enfin, prêter attention aux personnes âgées, adopter leur point de vue pour se rendre compte de ce qu’elles doivent affronter tous les jours !

 

En attendant, je vous souhaite à tous une très bonne nouvelle année !

 

Les apparences trompeuses, Deborah Lorguet

 

Louis, jeune journaliste belge, est avec Monia depuis plusieurs mois mais il s’aperçoit que cette relation ne débouchera sur rien. Il se plie sans cesse aux quatre volontés de la jeune femme et n’entrevoit pas de possible évolution. Une nouvelle attirance pour une collègue lui permet d’ouvrir les yeux et il décide de ne plus voir Monia. Il se lance alors à fond dans le travail et, alors qu’il doit écrire sur une vague de meurtres qui touche la région liégeoise depuis quelques années, il décide de mener l’enquête.

Aidé d’un collègue qui est aussi son meilleur ami, Matthieu, et d’Edith, sa nouvelle petite amie, il parvient à obtenir l’aide de Martin, un policier dont la femme fait partie des victimes. Ensemble, ils découvrent que les femmes assassinées ont des points en commun, notamment le fait d’avoir toutes été tuées au mois de mars : elles sont donc peut-être victimes d’un serial-killer. La petite équipe se met alors au travail et cette collaboration fondée sur l’amitié et l’humour portera bientôt ses fruits…

« Les apparences trompeuses » est le premier roman que publie une jeune professeure de français de la région de Verviers, en Belgique. Il est édité par une nouvelle maison d’édition belge, Empaj, fondé par une jeune diplômée passionnée, Emilie Kasongo. J’ai été très agréablement surprise par ce roman qui, malgré quelques maladresses au début, prend rapidement son envol ; je me suis rapidement laissée happer par l’intrigue et j’ai tout particulièrement apprécié l’attachant trio d’enquêteurs qui pourrait devenir récurrent. On s’imagine tout à fait suivre leurs aventures au fil des enquêtes…

Une mention spéciale pour avoir conservé les belgicismes dans le texte, ce qui ancre cette aventure dans sa région.

A noter que les bénéfices des ventes de ce roman iront à l’association belge « Rêves d’enfants ».

 

Les apparences trompeuses, Deborah Lorguet, Empaj Editions, octobre 2018, 377 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois belge chez Anne.