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Trois saisons d’orage, de Cécile Coulon

 

 

 » Les Trois-Gueules doivent leur nom à la forme des falaises au creux desquelles coule un torrent sombre. C’est un défilé de roche grise, haute et acérée, divisé en trois parties, en trois sommets successifs qui ressemblent à s’y méprendre à trois énormes canines. « 

 

Les Trois-Gueules sont dominées par un plateau où survivent quelques fermiers. Après la seconde guerre mondiale, l’arrivée de l’entreprise Charrier, attirée par une roche à extraire de grande qualité, marque le début de la prospérité pour le hameau du plateau devenu village : Les Fontaines est un paradis terrestre, préservé des fureurs de la ville, pour peu que ses habitants ne s’approchent pas des Trois-Gueules et de leurs précipices dangereux.

Jeune médecin citadin marqué par la guerre, André vient s’installer aux Fontaines. Il rachète la magnifique maison d’un couple ayant fui le village, après la mort subite et inexpliquée de leur fils de huit ans.  Après quelques années, André voit arriver Elise, une jeune femme de la ville avec qui il avait passé une nuit : elle lui amène Bénédict, son fils, dont il ne connaissait pas l’existence. André poursuit sa mission de médecin de campagne, avec ce fils qui choisit de vivre avec lui.

Devenu médecin à son tour, Bénédict épouse la belle Agnès qui accepte de le suivre aux Fontaines sans hésiter. Ils auront une fille, Bérangère, la première de la famille à naître au village. Dès la fin de l’école primaire, Bérangère devient très proche de Valère, l’un des quatre fils des principaux fermiers des Fontaines. Tout semble sourire aux deux amis d’enfance et le village comprend peu à peu qu’ils sont faits l’un pour l’autre…

« Trois saisons d’orage » est mon premier coup de cœur depuis le mois de janvier dernier, donc mon deuxième coup de cœur 2017. Il était temps !  J’ai eu envie de lire un roman de Cécile Coulon, après avoir vu l’auteur à la Grande Librairie et après avoir lu quelques chroniques d’Eve à son sujet.  J’étais intéressée notamment par la façon dont Cécile Coulon traite l’opposition ville-campagne, un thème qui lui est cher.

Dans « Trois saisons d’orage », celui qui n’est pas né aux Fontaines reste un étranger toute sa vie, même si, à l’instar d’André le médecin, de son fils Bénédict, ou du prêtre Clément qui narre cette histoire, il a tout donné aux habitants.  Les croyances des villageois de la seconde moitié du XX ème siècle, prêts à interpréter certains événements à l’aune de leur comportement, ne sont que l’acceptation d’une malédiction -fruit de l’éloignement- qui pèse sur les campagnes mais que les villageois ne remettent pas en cause, car elle les protège des maux de la ville, beaucoup plus effrayants pour eux.

L’écriture acérée du début du roman m’a plongée dans l’univers dur des « fourmis blanches », ces ouvriers qui extraient le minerai au péril de leur vie, et dans celui des fermiers qui ne comptent pas leurs heures de travail pour nourrir ces terres reculées ; l’écriture s’adoucit ensuite lorsque l’intrigue prend son envol, mais elle reste tendue, pour nous amener peu à peu vers le drame final. Je ne divulgue rien ici, puisque le prologue annonce, par la voix du prêtre Clément, la tragédie qui va se jouer.

Il y a bien de la tragédie grecque dans ce roman, même si les scènes d’affrontement familial n’ont pas lieu, puisqu’au contraire les sentiments hors normes restent tus. Il faut avant tout préserver les apparences, dans un village où les rumeurs circulent et sont disséquées. Tout est suggéré, mais de façon très puissante. Jusqu’au climax qui était nécessaire pour que tout rentre dans l’ordre, pour que le village retrouve une vie paisible : quelle maîtrise, de la part d’un si jeune auteur -Cécile Coulon n’a que vingt-sept ans et en est à son huitième roman !

 

Coup de cœur 2017 !

 

Trois saisons d’orage, Cécile Coulon, Ed.Viviane Hamy, janvier 2017, 266 p.

Le gardien des choses perdues, Ruth Hogan

La « bonne petite tasse de thé », élément récurrent du premier roman de Ruth Hogan, en est un peu le symbole : comme le doux breuvage pour ses inconditionnels, « Le gardien des choses perdues » est un livre réconfortant qui distille la gentillesse, l’amitié et la nostalgie heureuse dont nous avons bien besoin aujourd’hui. Un roman dans l’air du temps -dans la tendance des « feel-good books »-, mais aussi hors du temps, puisqu’il y est question de choses aussi intemporelles que l’odeur des roses, un petit air de musique, une maison dans laquelle on se sent à l’abri…

Rien d’incroyable donc, juste un roman qu’il fait bon lire, dans lequel nous découvrons Laura, une femme qui sort d’un mariage violent et qui retrouve la sérénité en devenant l’assistante d’Anthony Peardew. Agé de soixante-dix-neuf ans, Anthony cache un secret qui a bouleversé sa vie et qui explique pourquoi il passe ses jours à collectionner et étiqueter des objets perdus qu’il trouve au gré de ses promenades ; des objets auxquels il invente une histoire en leur dédiant des nouvelles.

C’est à la mort d’Anthony que Laura découvre que celui-ci l’a choisie pour mener à bien une mission très difficile : rendre les objets à leur propriétaire inconnu. Laura hérite de la maison d’Anthony dans laquelle elle avait retrouvé un foyer. Elle décide alors de faire connaissance avec le jardinier, le beau Freddy, avec lequel elle n’avait jusqu’alors échangé que quelques bonjours. Et elle réalise, sans le vouloir, un souhait d’Anthony, en devenant amie avec Sunshine, une jeune voisine atteinte de Trisomie 21.

Tout paraît simple dans ce roman qui adoucit les morsures de la vie, jusqu’à l’amour jamais réalisé d’Eunice pour Bomber, l’éditeur pour lequel elle travaille, et la maladie d’Alzheimer dont souffre le père de Bomber et dont il sera lui-aussi atteint : Eunice et Bomber, deux personnages, dont le lecteur découvre peu à peu les liens qu’ils ont avec l’intrigue principale. La vie d’Eunice et Bomber est en effet intercalée dans le récit principal, comme le sont les courtes nouvelles inventées par Anthony pour célébrer les objets perdus. Une construction qui peut déranger au début du roman, certes un peu confus, mais après les premières pages, tout s’ordonne et prend sa place. Comme la « bonne petite tasse de thé », une bonne petite lecture !

Le gardien des choses perdues, Ruth Hogan, traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf, Actes Sud, février 2017, 349 p.

Livre lu dans le cadre du mois anglais chez Cryssilda et Lou.

Un jour, de David Nicholls

Pour ce nouveau rendez-vous du Blogoclub, Sylire nous a proposé un roman d’amour anglais, afin de marquer également le début du mois anglais organisé par Cryssilda et Lou. C’est le roman de David Nicholls, « Un jour » qui est sorti vainqueur du vote. David Nicholls est à la fois auteur, scénariste et acteur. Il a publié quatre romans : « Un jour » est le troisième, mais c’est le premier de cet auteur à avoir été traduit en français.  Le procédé utilisé par l’auteur est simple, mais original ; il fallait y penser : prendre un instantané de la vie d’Emma et de Dexter, chaque année, le jour anniversaire de leur première rencontre.

C’est en effet le 15 juillet 1988 qu’Emma et Dexter, qui s’étaient déjà croisés sans se parler, font connaissance. Etudiants à Edimbourg, ils viennent de participer à la cérémonie de remise des diplômes de leur université. Passablement ivres, ils passent la nuit ensemble. Ils parlent beaucoup et se séparent le lendemain, en décidant de rester bons amis.

Un an plus tard, Emma écrit une longue lettre à Dexter, parti découvrir le monde. Dexter lui manque beaucoup et si elle ne s’épanche pas longuement à ce sujet, Emma en profite néanmoins pour lui raconter ce que sa vie est devenue au cours de cette année. Dexter est beaucoup moins loquace et se contente de quelques mots griffonnés au dos d’une carte postale.

Le 15 juillet 1990, c’est de Bombay que Dexter envoie des nouvelles à Emma. Il se livre bien davantage cette fois, certes parce qu’il a bu quelques bières de trop. Et c’est ainsi que chaque année, le 15 juillet, Emma et Dexter s’écrivent, se parlent ou se rencontrent, et évoquent leur vie quotidienne et leurs préoccupations du moment. Tout semble pourtant les séparer : Emma vient d’une famille modeste et, bien que jolie et intelligente, elle manque de confiance en elle. Dexter est issu d’un milieu plus aisé, il est prétentieux et prend très vite sa place dans le petit monde adulé des célébrités en présentant des émission de télévision idiotes. Pendant ce temps, Emma végète comme serveuse, puis manager d’un fast-food mexicain.

Dexter a beaucoup d’aventures, Emma vit seule. Dexter gagne beaucoup d’argent, Emma vit dans une collocation plutôt sordide.  Elle devient ensuite professeur dans un collège difficile et monte des pièces de théâtre. Elle aimerait devenir romancière mais peine à se lancer. Plus tard, c’est Dexter qui connait une terrible passage à vide professionnel, tandis qu’Emma s’affirme de plus en plus. Toujours et partout, leur amitié les réunit et survit à tout, même s’ils restent parfois longtemps sans se voir. En fait, ils ne s’aperçoivent pas qu’ils ne peuvent pas se passer l’un de l’autre.

Le lecteur, lui, s’en rend compte très vite. Mais je ne vous en dirai pas davantage pour préserver le suspense : finiront-ils ensemble ? Tout semble l’indiquer, dans ce roman à ranger plutôt du côté de la chick-lit. Et pourtant, ce serait trop facile, non ?

Certes, « Un jour » n’est pas de la littérature. Pour autant, le roman est rythmé, les rebondissements sont nombreux, les dialogues sont bien menés : on ne s’ennuie pas un instant. L’atmosphère des années 90 et 2000 est très bien restituée. L’humour est omniprésent et j’ai souvent ri, à l’évocation de certaines situations sociales très drôles qui m’ont rappelé ce qui se passait, à la même époque, de l’autre côté de la Manche.

Tout n’est pas comédie cependant. Les deux héros ont leur part de coups durs, et non des moindres. Mais curieusement, ce n’est pas ce que je retiendrai du roman. La part de drame ne m’a pas marquée, bien qu’elle vienne bouleverser le cours des choses. Une trop grande légèreté, voire superficialité, sans doute, une banalité certaine, malgré la construction intéressante, qui m’ont empêchée de considérer ce roman sérieusement. Au total, c’était une lecture divertissante mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable : parfait pour la plage !

Les avis des participants au Blogoclub ICI.

 

Un jour, David Nicholls, traduit de l’anglais par Karine Reignier, éditions 10/18, février 2012, 622 p.

 

Livre lu dans le cadre du Blogoclub chez Sylire et du mois anglais chez Cryssilda et Lou.

 

La maison au bord de la nuit, de Catherine Banner

Pour la journée du mois italien consacrée à la Sicile -et à la Sardaigne-, j’ai choisi un roman que m’a proposé Babelio et qui se déroule dans une petite île proche des côtes siciliennes. Pour une fois, il ne s’agit pas de littérature italienne, puisque l’auteure est une jeune femme britannique, connue pour avoir écrit une trilogie destinée aux jeunes adultes.  Avec « la maison au bord de la nuit », Catherine Banner nous offre une saga familiale qui s’étend sur trois générations : elle démarre en effet à l’aube de la première guerre mondiale pour se terminer en 2010.

Au large de la Sicile, la petite île de Castellamare est bien loin du reste du monde; une impression renforcée lorsque l’on se trouve sur sa façade sud, s’ouvrant vers le grand large, là où la nuit est pleine et noire. C’est de cette situation que la « maison au bord de la nuit » tire son nom, elle qui tourne le dos aux lumières du continent. Mais après avoir abrité le seul café du village, la maison est presque en ruine.

Amedeo Esposito est un orphelin qui a été élevé dans un couvent de Florence. Devenu médecin, il cherche désespérément un poste et finit par en trouver un sur l’île de Castellamare. Il s’installe et épouse bientôt l’institutrice Pina. Destitué de son poste de médecin suite à une aventure qu’il a eue avant son mariage avec l’épouse du « Comte », propriétaire terrien et notable local, il restaure la « maison au bord de la nuit » et rouvre le café que celle-ci abritait. Pina et lui ont quatre enfants, dont la petite dernière, Maria-Grazia, qu’une légère infirmité infantile a rendue plus combative, devient la figure principale de cette saga.

Au début du récit, le petit monde de Castellamare vit presque en autarcie, mais il subit pourtant les affres de la guerre, comme le reste de l’Italie : les fils sont appelés au combat, comme les autres, et les commerces pâtissent de la crise économique. Comme ailleurs, les gens se déchirent mais ils sont aussi très solidaires, même s’ils ne le montrent pas de prime abord, préférant souvent se délecter des rumeurs qui animent leur quotidien.

La petite Maria-Grazia grandit, révélant ses nombreuses qualités, parmi lesquelles une détermination et un courage hors du commun. Toute sa vie, elle tiendra le café « au bord de la nuit » qui devient très vite le centre animé de la petite île dont nous suivons l’évolution jusqu’à nos jours. Lorsque le tourisme arrive à Castellamare, à la faveur de la découverte de quelques trésors archéologiques, Maria-Grazia saisit cette opportunité pour développer encore son commerce et peut-être un jour, le transmettre à ses enfants…

« La maison au bord de la nuit » est un roman à prendre tel qu’il est, pour le plaisir de la lecture. Certes, il y a quelques clichés, avec les veuves bigotes toutes de noir vêtues, le limoncello et les arancini indiqués en italique, les vieux qui jouent à la scopa et les lecteurs de la Gazzetta dello sport… mais c’est aussi cela l’Italie. Reste qu’un auteur italien aurait sans doute moins insisté sur ce « folklore », car il ne l’aurait pas remarqué !

Au total, ce roman est une jolie saga, distrayante, qui se lit facilement et nous transporte sur la petite île, au gré des croyances populaires, des miracles de la sainte locale, des saisons et de la nature : l’auteure parvient à nous apporter les effluves des bougainvillées et les ressacs de la mer… Bref, si vous voulez vous distraire, vous laisser porter, la maison au bord de la nuit est parfaite, pour les prochaines vacances par exemple.

La maison au bord de la nuit, Catherine Banner, presses de la cité, Paris, avril 2017, 511p.

 

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la cité pour ce roman. Livre lu dans le cadre du mois italien chez Martine.

L’orage rompu, Jacqueline Harpman

Dans le cadre du mois belge organisé par Anne, j’ai choisi, entre autres, de relire quelques oeuvres de Jacqueline Harpman, dont je ne me lasse pas. Cette auteure belge a publié de nombreux romans, parmi lesquels Le bonheur dans le crime, La plage d’Ostende, Moi qui n’ai pas connu les hommesLes bons sauvages, pour ne citer que ceux que je préfère. Son œuvre fait une large place à la psychanalyse et souligne les liens existant entre cette discipline et l’écriture.

Dans L’orage rompu, la narratrice, Cornélie, vient de quitter Paris où elle s’était rendue pour participer à  l’enterrement de son ex-mari, dont elle est divorcée depuis une dizaine d’années.  Dans le TEE, ancêtre du Thalys qui la ramène à Bruxelles, elle se rend au wagon restaurant. Le steward l’installe en face d’un homme en complet trois pièces de flanelle grise, à l’allure élégante dit-elle, mais sans imagination. Ils échangent d’abord quelques phrases, puis la conversation s’installe pendant les deux heures vingt que dure le trajet.

L’orage rompu est le récit de cette conversation faite de confidences.  La narratrice revient sur quelques épisodes de sa vie et trace le portrait de certains de ses parents, bouleversée sans doute par la réunion de famille à laquelle elle vient d’assister. Elle conduit celui qui partage sa table à se raconter également et à faire remonter au grand jour des faits, des sentiments sur lesquels il ne s’était jamais penché. Peu à peu, l’homme prend conscience de la banalité de sa vie. Il se laisse séduire par les mots et les sentiments que la voyageuse lui fait découvrir, plus que par elle-même. La vie de cet homme est bouleversée par ce qui est pour lui une révélation et,  arrivé au terme du voyage, à la gare du Midi à Bruxelles, il sait que sa vie ne sera plus jamais la même.

Jacqueline Harpman nous offre ici un court roman dans lequel sont mis en avant le pouvoir des mots, de la réflexion, de l’introspection. En s’arrêtant sur ce que fut sa vie, Cornélie nous amène à nous interroger sur la nôtre, sur ce que nous en avons fait, sur le pouvoir que nous avons sur celle-ci. Quelle marge de manœuvre avons-nous ? Nous posons-nous les bonnes questions ? N’avons-nos pas renoncé trop tôt ? A lire et relire …

L’orage rompu, Jacqueline Harpman, Le livre de poche, Paris, 158 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois belge 2017

La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia

la-valse-des-arbres-et-du-cielComme celle de tout génie, la vie de Vincent Van Gogh a suscité de nombreuses questions ; et si sa biographie est bien connue, elle comporte néanmoins plusieurs zones d’ombres et parmi celles-ci, les circonstances de sa mort sont pour le moins mystérieuses. Le grand peintre se serait suicidé, en se tirant une balle de révolver dans l’abdomen, mais il ne décéda que deux jours plus tard, dans la chambre de l’auberge où il s’était réfugié.

On sait que Van Gogh souffrait d’une grave maladie psychiatrique qui pouvait expliquer ce suicide. Pourtant, dès le début du vingtième siècle, la thèse du suicide fut contestée. De nombreux historiens de l’art la considèrent aujourd’hui comme invraisemblable, même si personne n’a pu apporter de preuve pour réfuter le suicide ou mettre en avant la thèse d’un accident.

Jean-Michel Guenassia a donc choisi de romancer les derniers jours de la vie du peintre et d’explorer les éléments qui auraient pu expliquer la mort accidentelle de Van Gogh, à trente-sept ans, à la suite d’une dispute qui aurait mal tourné. L’auteur nous propose le récit de Marguerite Gachet, la fille du docteur Gachet qui était alors connu pour son amitié envers plusieurs peintres impressionnistes qu’il aidait en achetant certaines de leurs toiles.

Van Gogh est arrivé en Mai 1890 à Auvers-Sur-Oise, sur le conseil de Pissaro, pour rencontrer le docteur Gachet qui devait le soigner. C’est ainsi qu’il a fait la connaissance de Marguerite Gachet, jeune fille passionnée qui étouffait dans le carcan imposé par la bourgeoisie de l’époque. Marguerite rêvait de faire les beaux-Arts, ce qui était alors impossible pour une jeune femme. Elle jeta son dévolu sur Van Gogh, se lançant dans une relation passionnée mais déséquilibrée. Van Gogh en effet, n’attachait pas la même importance que Marguerite à cet amour. Ce qui bien souvent conduit au drame…

« La valse des arbres et du ciel » est un roman qui se lit avec plaisir et donne envie d’en savoir davantage sur la vie de Van Gogh et sur sa mystérieuse disparition.  Il est bien écrit, et l’auteur rend très bien l’ambiance de l’époque en intercalant dans le récit de courts extraits de presse en italique. Outre les difficultés que rencontrent les impressionnistes, Jean-Michel Guenassia met en avant la froideur qui caractérisait les relations familiales dans la bourgeoisie, ainsi que la difficulté pour les femmes de se faire une place dans le milieu artistique. Des thèmes passionnants donc, mais pour autant, je n’ai pas été emportée par ce roman de la même façon que par « Le club des incorrigibles optimistes ».  Un bon roman que je ne rangerai pas dans la catégorie « à lire absolument », mais plutôt dans « attendre la sortie en poche ».

La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia, Albin Michel, Paris, août 2016, 299p.

Livre lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire

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Les mouettes, Sandor Marai

les-mouettes-sandor-maraiNous sommes à Budapest à la fin des années trente. Un haut fonctionnaire hongrois vient de rédiger un texte hautement confidentiel qui lui pèse sur la conscience. Certes, il n’a fait qu’exécuter un ordre, mais il sait déjà les conséquences qu’auront ces quelques mots sur des millions de personnes, ses concitoyens. Il a ce triste privilège de savoir avant les autres. Il pourrait en tirer parti, mais il préfère affronter son destin, qui n’est autre que la guerre. Une pensée l’attriste plus que tout : à la fin de la guerre, il aura perdu sa jeunesse et basculera de l’autre côté.

L’homme est perdu dans ses réflexions lorsqu’une jeune femme arrive. Il est pris d’une espèce de folie intérieure lorsqu’il l’aperçoit. Il ne montre rien et reçoit la jeune femme qui est le sosie parfait d’une femme qu’il a aimée et qui s’est suicidée. La visiteuse est finlandaise et s’appelle Aino Laine. Elle est professeur et espère travailler en Hongrie, pays ami, pays parent, -de par la proximité linguistique notamment -, de sa patrie.

Aino Laine a besoin d’un permis de travail et elle espère que le fonctionnaire pourra l’aider. Une conversation s’engage. L’homme pense un moment qu’il s’agit de son ancienne compagne, puis il comprend que ce n’est qu’une coïncidence et il fait connaissance avec celle dont le nom, en hongrois, signifie « unique vague ». Il cherche en quoi le sosie de la femme aimée représente un signe du destin.

Le roman retrace la longue conversation qui emmène les deux protagonistes jusqu’au bout de la nuit. De nombreuses coïncidences surgissent, qui relient l’homme et la jeune femme. Les destins personnels et collectifs des habitants d’une Europe au bord de la guerre s’entrecroisent dans une atmosphère crépusculaire. Bientôt, la Mittel Europa mythique ne sera plus et les deux personnages sont conscients de cette disparition imminente. Ils évoquent tour à tour des questions aussi diverses que l’amour et le couple, la guerre, l’identité, les migrations, et les liens qui existent entre leurs deux pays, Finlande et Hongrie.

Le texte que nous livre Sandor Marai est au premier abord très mystérieux. Il est exigeant et ne se laisse pas appréhender tout de suite, même si l’on peut se contenter de la musique qui émane de cette conversation onirique. « Les mouettes » est un beau roman envoûtant, certes moins passionné et enthousiasmant que « Les braises », puisqu’il évoque la fin d’un monde, mais dans lequel on retrouve la très belle écriture du grand écrivain hongrois.

 

Les mouettes, Sandor Marai, traduit du hongrois par Catherine Fay, Le livre de poche, Paris, mars 2015, 214 p.

Livre lu dans le cadre du challenge Objectif Pal 2017 chez Antigone.

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