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Frappe-toi le cœur, Amélie Nothomb

Une fois n’est pas coutume, cette critique sera très mitigée. J’ai choisi de ne parler sur mon blog que des livres que j’ai aimés, plus ou moins certes, mais au moins un peu. S’agissant d’Amélie Nothomb, je peux bien me lâcher, ma chronique ne lui fera pas de tort  ;)…

Amélie Nothomb, je l’ai découverte il y a très longtemps, lors de la parution de son premier roman « Hygiène de l’assassin », que j’avais beaucoup aimé, puis j’ai lu les suivants, pendant une dizaine d’années. Jusqu’à ce que je me rende compte que je les appréciais beaucoup sur le moment, mais qu’ils me laissaient sur ma faim. Sensation étrange, ils me paraissaient brillants mais superficiels. De plus, ma mémoire ne gardait rien de ces romans à part leur titre. Et puis j’ai eu l’impression qu’ils se ressemblaient tous, malgré leur originalité ou dans leur originalité justement.

Cette année, j’ai voulu réessayer, surtout après avoir lu et entendu partout que « Frappe-toi le cœur » était l’un des meilleurs romans d’Amélie Nothomb. Alors, certes, cela fonctionne à merveille : je l’ai lu d’une traite, prise dans l’histoire de cette mère jalouse de sa petite fille, au point d’être totalement indifférente à son égard. La mère est ensuite très présente pour le second enfant, un fils, ceci explique cela. Elle se révèle enfin fusionnelle avec sa petite dernière qui devient, on s’en doute, une enfant trop gâtée et déboussolée. Malheureuse, la fille aînée choisit d’aller vivre chez ses grands-parents. Devenue adulte, elle vit une amitié forte avec une femme brillante qui deviendra à son tour très jalouse…. La boucle est bouclée, je n’en dirai pas davantage, l’intrigue a déjà été largement évoquée. Et puis, encore une fois, j’ai oublié : j’ai lu le roman il y a trois semaines et je peux aujourd’hui difficilement développer. Mais heureusement, je m’en doutais et j’avais pris des notes pour cette chronique!

« Frappe-toi le cœur » se dévore en une heure trente et fonctionne comme une mécanique très bien huilée (je sais, je l’ai déjà dit) : c’est un conte cruel qui illustre un sentiment puissant et destructeur, la jalousie, qui balaie tout sur son passage. Le roman met aussi en exergue la perception que l’on peut avoir de ce sentiment : en fait-on parfois une interprétation erronée, ou la perception est-elle toujours conforme à la réalité ? Pour autant, l’auteure n’aborde pas ce thème directement, ce qui aurait pu être très intéressant. Quelles sont les causes ? Le pourquoi du comment ? Qu’est-ce qui fait que cela arrive… ? Autant de questions qui me laissent sur ma faim et qui me donnent à penser que décidément, Amélie Nothomb excelle à raconter, mais n’approfondit pas.

Les personnages m’ont paru artificiels et je n’ai pas réussi à y croire, tout englués qu’ils étaient dans leur excès. Trop tranchés, comme dans un conte. Peut-être parce que l’auteure est une conteuse hors pair. C’est peut-être un genre qui ne me convient pas… de toute façon, vous trouverez facilement un grand nombre d’avis positifs et plus !

 

Frappe-toi le cœur, Amélie Nothomb, Albin Michel, Paris, Août 2017, 169p.

 

5ème participation au Challenge 1% de la rentrée littéraire chez Sophie

 

 

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Eléphant, Martin Suter

 

Voir un éléphant de la taille d’une peluche, d’une belle couleur rose, et surtout vivant, ne peut être que le fait d’une hallucination ou des divagations d’un alcoolique invétéré ! Justement, Schoch en est bien un, et le jour où le sans-abri découvre, au fond de la grotte où il a élu domicile, un éléphant rose nain qui brille dans le noir, il se dit d’abord qu’il est grand temps d’arrêter de boire… Il lui faut ensuite un long moment pour comprendre qu’il s’agit bien de la réalité.

Ne sachant pas comment nourrir cet animal étrange, le SDF cueille de grandes herbes parsemées de boutons d’or sur les berges de la rivière voisine. Les fleurs, toxiques, rendent l’éléphanteau malade. Schoch le cache dans un grand sac et l’emmène chez Valérie, une vétérinaire habituée à soigner les chiens des marginaux. Schoch est alors loin de se douter que sa vie est sur le point de basculer ; des hommes sont déjà sur ses traces, à la recherche de l’animal mystérieux qui est le fruit de manipulations génétiques et d’un concours de circonstances.

En effet, la couleur et la luminescence de l’éléphanteau sont l’œuvre de Roux, un généticien d’abord motivé par l’innovation scientifique. Quant à la petite taille de l’animal, elle est due au hasard, et Roux comprend vite qu’un éléphant rose minuscule est un jouet qui pourrait avoir des retombées commerciales considérables. Mais le birman Kaung, soigneur d’éléphants du cirque Pellegrini qui a fourni la mère porteuse, considère que l’animal est sacré et avec l’aide du Dr. Reber, vétérinaire du cirque, il décide de cacher l’animal avant même sa naissance, en faisant croire à sa mort in utero. Il ne faut en aucun cas que Roux entre en possession des cellules de l’éléphanteau qui lui permettraient de réaliser des clonages.

C’est le début d’une course poursuite qui nous entraîne de l’univers, par ailleurs très bien décrit, des marginaux de Zurich jusqu’à un camp birman dédié à la sauvegarde des éléphants. Un roman très prenant aux chapitres courts que la quatrième de couverture nous présente comme un « conte aussi fantastique que réaliste » et que je qualifierai en ce qui me concerne de tout à fait réaliste, puisque la technologie génétique évoquée existe déjà depuis plus d’une décennie. « Eléphant » est un thriller original et reposant, dans lequel l’auteur suisse germanophone Martin Suter nous propose une belle histoire, tout en nous amenant à réfléchir sur les dérives du progrès technologique et plus particulièrement des manipulations génétiques. A découvrir !

Eléphant, Martin Suter, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Christian Bourgois éditeur, août 2017, 356p.

 

4ème participation au challenge 1% de la rentrée littéraire 2017.

Qui a tué Heïdi ? Marc Voltenauer

 

« Pourtant que ta montagne est belle… », disait la chanson. Mais la beauté n’empêche pas le mal de rôder, et c’est bien ce qui se passe dans les alpages bucoliques de Gryon, très beau village du Chablais suisse, où résident l’inspecteur Andreas Auer, attaché à la police de Lausanne, et son compagnon, Mikael Achard, journaliste. Nous avons fait leur connaissance l’année dernière dans le très réussi « Dragon du Muveran », premier roman du Suisse Marc Voltenauer.

L’auteur n’a donc pas tardé à nous offrir cette deuxième aventure dans laquelle nous retrouvons de nombreux ingrédients du premier volume, avec encore davantage de maîtrise. Marc Voltenauer est un admirateur des polars nordiques, -sa mère, suédoise, lui en a donné le goût-, et l’on retrouve dans ses romans le fonctionnement de ce type de polars, avec, toutefois, un ancrage local important fondé sur le mode de vie d’un village de montagne partagé entre le tourisme et l’agriculture. A Gryon, tous se connaissent et s’épient et pourtant, au sein de ce huis-clos parfois étouffant, certains parviennent à dissimuler des penchants bien peu avouables.

C’est le cas de « l’homme qui s’enivrait du parfum de sa mère », redoutable psychopathe victime d’une mère castratrice, et dont on ne connaitra l’identité qu’à la fin du roman. Une intrigue qui se superpose à une autre, de dimension internationale, qui permet à l’auteur de débuter son roman à Berlin où nous découvrons un tueur à gage œuvrant pour le compte d’une mafia russe. Litso Ice, c’est le pseudonyme de l’homme, atterrit ensuite à Genève où il doit rencontrer un banquier qui a visiblement quelque chose à se reprocher, avant de se rendre à Gryon où il s’installe dans un magnifique chalet prêté par son commanditaire…

Quel est le lien avec Gryon ? La question se pose avec plus d’acuité lorsque survient le meurtre de Heïdi, qui n’a rien en commun avec l’héroïne du roman pour la jeunesse…  Quant à Andreas Auer, il mène son enquête en parallèle, ayant été suspendu pour quelques temps par sa supérieure. C’est donc en apparence seulement qu’il laisse sa coéquipière Karine seule, en proie à ses doutes. Mais cela n’empêche pas Andreas de déprimer ; il sent que quelque chose le ronge qu’il faudra chercher du côté familial. La sœur d’Andreas, qui participe au déroulement des événements bien malgré elle, pourrait nous en apprendre beaucoup sur l’enfance d’Andreas.  Mais cela, c’est pour le prochain roman… !

Je remercie beaucoup Marc Voltenauer de m’avoir fait bénéficier de cette lecture en avant-première et je n’ai qu’un reproche à lui faire : nous laisser dans l’attente d’une façon si cruelle ! Pour le reste, un style fluide et rythmé, une double enquête très prenante et l’impossibilité, pour moi du moins, de trouver qui est « « l’homme qui n’enivrait du parfum de sa mère », font de « Qui a tué Heïdi ? » un polar très convaincant qui se lit d’une traite ! Nul doute qu’une série est lancée, et j’attendrai la suite avec impatience.

Une dernière précision : je vous conseille de lire tout d’abord « Le dragon du Muveran » dans lequel l’auteur plante les personnages. Cela tombe bien, il sort demain en collection de poche, aux éditions Pocket.

 

Qui a tué Heïdi ? Marc Voltenauer, éditions Slatkine, Genève, août 2017, 448 p.

Le dragon du Muveran, Marc Voltenauer, Pocket, parution le 7/09/17, 608 p.

 

 

Participation n°3 au Challenge 1% de la rentrée littéraire 2017. Challenge polars et thrillers chez Sharon.

 

Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas : rentrée littéraire.

« Le plus souvent nous tenons fermée au reste du monde la sphère de nos agissements. En respect de notre culte du secret, mais aussi par nécessité -par l’impossibilité où nous sommes de traduire en mots compréhensibles les brûlantes expériences de notre quotidien. Nous vivons des moments palpitants, il se produit mille choses, mais, le soir venu, nous n’avons rien à raconter (…). C’est aussi la nature de nos activités, leur caractère indescriptible, qui nous réduit au silence. Nous ne racontons rien, parce que nos occupations ne se laissent pas raconter. »

C’est pourtant ce que Chantal Thomas fait de façon admirable, raconter ses souvenirs d’enfance, puis de jeune adulte. Fille unique d’une mère distraite et toute entière tendue vers son amour de la natation, la petite fille est très vite autonome, se raconte des histoires et vit des journées sans cesse renouvelées grâce à une imagination inépuisable. Elle aime profondément la mer qui représente le centre de son univers, alors qu’elle vit à Arcachon toute l’année.

Sur la plage, les camarades de jeu vont et viennent, ils conviennent toujours, jusqu’à l’amitié exclusive avec Lucile, les journées passées en sa compagnie à explorer le sable et les bords de mer, sous les regards de la Princesse du Palais des mers, au gré des éléments, soleil, vent, pluies, marées.

Chantal Thomas nous communique la volupté de nager qu’elle évoque si bien :

« Et c’est avec dans les yeux la vision persistante de cette fête du bleu que je commence à nager. L’eau, à peine refroidie par la pluie d’hier soir, est toujours aussi bonne. La douceur de sa température rend plus délicieusement enveloppante chaque brasse, laquelle exige la suivante et ainsi de suite. Ce n’est jamais assez (…). Je ressens ce désir montant qui ouvre la baigneuse à une durée infinie. Je nage, je passe de la brasse à la brasse coulée, change pour l’indienne, son art de la diagonale, ce plaisir à fendre l’eau en biais… »

Mais il n’y a pas que l’eau et le sable. L’enfant vit à Arcachon où elle distingue la ville d’Eté, mais aussi celle d’Automne et d’Hiver, à ne pas confondre. Il y a le souvenir de la Grande Poupée, le regard amusé qu’elle porte sur la famille Leçon et sur la famille Chiffre, si différentes de la sienne. Il y a aussi la forêt qui l’effraie, où elle passe les après-midis grises  avec Lucile, ainsi que le club de gymnastique et les premiers assauts de la pudeur.

Plus tard, la mère de l’auteure quittera Arcachon pour Menton : la mer, le sport, les vacances encore, durant toute l’année. On découvre que la maman mélancolique est  aussi très lunatique, des indices nous laissent entendre que c’est pathologique. Le lien qui unit mère et fille souffre de cette distance qui a toujours existé entre elles, mais il ne rompt jamais. Au contraire, la maturité leur apporte à toute deux un rapprochement. L’eau omniprésente n’est jamais triste, les vagues emportent avec elles les joies et les peines pour ne laisser aux hommes que « la grâce de l’instant ».

Comme son titre l’indique parfaitement, « Souvenirs de la marée basse » est un roman d’atmosphère évoquant l’enfance des bains de mer. Il suffit de se laisser porter par les mots de Chantal Thomas, comme dans l’eau, et de fermer les yeux pour se croire transporté(e) à cette époque : des souvenirs délicieusement surannés qui nous rappellent tout le charme de l’enfance lointaine. Chantal Thomas possède dans les descriptions, -et ce n’est pas paradoxal- un admirable pouvoir de suggestion. Une écriture précise et élégante qui nous communique avec talent des sensations toujours intactes malgré les années. Une très belle lecture de cette rentrée littéraire !

Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas, Seuil, Paris, août 2017, 213 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire : 2ème lecture.

 

 

 

Rentrée littéraire : La légende des montagnes qui naviguent, Paolo Rumiz.

Les Alpes et leur petite sœur moins connue mais tout aussi remarquable, les Apennins, forment une double « épine dorsale » en forme de « S » dont l’Europe a beaucoup à apprendre. Paolo Rumiz, journaliste et écrivain-voyageur italien, les a parcourues en tous sens, sur plus de huit mille kilomètres et en a tiré un récit qui nous emmène hors des chemins touristiques, vers ce que les hommes et les vallées ont de plus authentique :

« Je vais tenter de vous faire savoir ce qui se passe à l’intérieur de l’arche, de la montagne authentique, celle qui reste toujours loin des projecteurs, de ce rideau battu par les tempêtes auquel se cramponne un équipage de petits grands héros de la Résistance aux agressions de la mondialisation. Un voyage à travers six nations dans la partie alpine et d’une intimité toute italienne dans celle qui a trait aux Apennins ».

Dans une première partie consacrée aux Alpes, l’auteur, parti de la côte adriatique en Croatie, se promène en Italie à pied ou le plus souvent, à vélo, et mène quelques incursions en Autriche, en Suisse et en France. Il rencontre de nombreux personnages, dont certains sont des figures connues, comme l’alpiniste-écrivain italien Mauro Corona, l’écrivain Mario Rigori Stern, ou le célèbre alpiniste Walter Bonatti, aujourd’hui décédé, tandis que d’autres tiennent à leur anonymat ; tous ont en commun un combat acharné pour la préservation de la nature.

Tout au long de son périple, Paolo Rumiz regrette que les italiens ne regardent plus la nature, et pire, ne la voient même plus. Dans l’avion survolant les Alpes, l’auteur est stupéfié par la beauté de l’Europe qu’il découvre au-dessous de lui. Mais il constate que la majorité de ses compatriotes ne s’émerveillent pas devant un paysage : « Ils n’ont aucune idée de ce que sont ce lac de lumière et ces montagnes. Le peuple des restoroutes et des téléphones portables n’est pas proche du territoire ».

Constat amer, qui en augure d’autres. Paolo Rumiz évoque l’imminence d’une « grande peur climatique » et regrette que les mots ne suffisent pas à alerter les populations. Les montagnards, eux, le savent bien, qui dénoncent le gaspillage actuel et la fuite en avant qui ne peut plus durer. L’industrie du ski représente un désastre écologique, les canons à neige se multiplient tandis que l’eau vient à manquer; les glaciers disparaissent à vue d’œil et l’homme n’en tient pas compte.

Certains font pourtant preuve de davantage de bon sens que d’autres : ainsi, en Suisse, il est interdit de construire des remontées mécaniques en dessous de 1800 mètres, puisqu’on sait que la neige permettant leur exploitation sera insuffisante. Dans le Val Bavona, situé dans le Tessin, des hommes ont renoncé à l’électricité gratuite qui leur était offerte : « L’endroit le plus sombre des Alpes » résiste depuis longtemps aux sirènes de la modernité, préservant ainsi son territoire et son authenticité. Mais même la Suisse, bonne élève, a des reproches à se faire…

Après quelques jours en France sur la route des Grandes Alpes, Paolo Rumiz se rend à Nice où il est victime d’un vol à la tire qui le conduit à rentrer dans le « Bel paese, le beau pays « ch’Appennin parte, e’l mar circonda e l’Alpe », selon Pétrarque, « le pays que divisent les Apennins et qu’entourent la mer et les Alpes ».

C’est un reportage effectué pour le journal italien La Reppublica qui a donné l’idée à l’auteur de parcourir les Apennins. Il avait en effet décrit le « travail de Cyclope » des héros du quotidien qui creusaient un tunnel ferroviaire entre Bologne et Florence pour permettre le passage d’un train à grande vitesse. Ce reportage avait fait l’objet de réactions de lecteurs dénonçant les nombreux dégâts pour l’environnement dus au percement de tunnels partout en Italie et en particulier dans les Apennins.

Pour ce second voyage, Paolo Rumiz déniche une authentique petite Topolino, datant de 1954. Une voiture dont la lenteur et l’identité qu’elle véhicule, sont parfaites pour favoriser les rencontres. Nous découvrons alors les Apennins « déserts et inconnus », chaîne de montagne qui constitue « un labyrinthe aussi fascinant qu’infini ». Paolo Rumiz et Nerina (la Topolino) nous emmènent alors de la Ligurie jusqu’au Capo Sud, point le plus méridional de Calabre, pour un voyage inédit.

Dans le centre de L’Italie, l’auteur traverse des villages déserts, où survivent des personnes âgées laissées aux bons soins des « badanti », ces auxiliaires de vies venues des pays de l’Est, sans lesquelles le troisième âge italien serait entièrement livré à lui-même. Il nous décrit des régions éloignées du tourisme, la Maiella, le Molise, nous livrant toutes sortes d’anecdotes glanées au gré de ses rencontres. Il est question des Phéniciens, des Etrusques, des Sannites et de tant d’autres peuples encore, de religion, de superstition, jusqu’à l’arrivée au Sud, dans une chaleur torride et une atmosphère de fin du monde : plus d’eau, des habitants qui fuient et quelques témoins d’une époque passée, des résistants encore et toujours, comme ce guide « descendu du ciel » qui voit le massif de l’Aspromonte comme « une ressource fabuleuse pour les jeunes de bonne volonté ». Et qui invite Paolo Rumiz à revenir : « Vous verrez des merveilles. Des fleuves de lumière, des villages abandonnés, des maquis impénétrables, des cascades. Et un beau peuple, trop seul ».

Publié en 2007 en Italie, « La légende des montagnes qui naviguent » raconte deux voyages effectués en 2003 et 2006. Il vient seulement d’être traduit en français. Le récit de Paolo Rumiz est d’un grand intérêt pour toute personne qui s’intéresse à la montagne, à la nature, à l’écologie. On apprend énormément en lisant ce récit qui se déguste par petites touches, au rythme de chapitres à lire indépendamment les uns des autres : une mine d’informations géographiques, historiques, toponymiques… et humaines. Et de grandes leçons à retenir, avec des catastrophes oubliées comme la tragédie du Vajont …

Grande richesse, la capacité d’émerveillement de Paolo Rumiz est intacte et son récit nous enseigne que le dépaysement est à notre portée, chez nous, si l’on veut ouvrir les yeux. Loin du tourisme de masse, tant de belles régions s’offrent à nous : il ne nous reste plus qu’à les découvrir et surtout, à les protéger.

 

La légende des montagnes qui naviguent, Paolo Rumiz, traduit de l’italien par Béatrice Vierne, Arthaud, Paris, septembre 2017, 462 p.

 

Merci à Babelio et aux éditions Arthaud pour cette lecture en avant-première.

La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia

la-valse-des-arbres-et-du-cielComme celle de tout génie, la vie de Vincent Van Gogh a suscité de nombreuses questions ; et si sa biographie est bien connue, elle comporte néanmoins plusieurs zones d’ombres et parmi celles-ci, les circonstances de sa mort sont pour le moins mystérieuses. Le grand peintre se serait suicidé, en se tirant une balle de révolver dans l’abdomen, mais il ne décéda que deux jours plus tard, dans la chambre de l’auberge où il s’était réfugié.

On sait que Van Gogh souffrait d’une grave maladie psychiatrique qui pouvait expliquer ce suicide. Pourtant, dès le début du vingtième siècle, la thèse du suicide fut contestée. De nombreux historiens de l’art la considèrent aujourd’hui comme invraisemblable, même si personne n’a pu apporter de preuve pour réfuter le suicide ou mettre en avant la thèse d’un accident.

Jean-Michel Guenassia a donc choisi de romancer les derniers jours de la vie du peintre et d’explorer les éléments qui auraient pu expliquer la mort accidentelle de Van Gogh, à trente-sept ans, à la suite d’une dispute qui aurait mal tourné. L’auteur nous propose le récit de Marguerite Gachet, la fille du docteur Gachet qui était alors connu pour son amitié envers plusieurs peintres impressionnistes qu’il aidait en achetant certaines de leurs toiles.

Van Gogh est arrivé en Mai 1890 à Auvers-Sur-Oise, sur le conseil de Pissaro, pour rencontrer le docteur Gachet qui devait le soigner. C’est ainsi qu’il a fait la connaissance de Marguerite Gachet, jeune fille passionnée qui étouffait dans le carcan imposé par la bourgeoisie de l’époque. Marguerite rêvait de faire les beaux-Arts, ce qui était alors impossible pour une jeune femme. Elle jeta son dévolu sur Van Gogh, se lançant dans une relation passionnée mais déséquilibrée. Van Gogh en effet, n’attachait pas la même importance que Marguerite à cet amour. Ce qui bien souvent conduit au drame…

« La valse des arbres et du ciel » est un roman qui se lit avec plaisir et donne envie d’en savoir davantage sur la vie de Van Gogh et sur sa mystérieuse disparition.  Il est bien écrit, et l’auteur rend très bien l’ambiance de l’époque en intercalant dans le récit de courts extraits de presse en italique. Outre les difficultés que rencontrent les impressionnistes, Jean-Michel Guenassia met en avant la froideur qui caractérisait les relations familiales dans la bourgeoisie, ainsi que la difficulté pour les femmes de se faire une place dans le milieu artistique. Des thèmes passionnants donc, mais pour autant, je n’ai pas été emportée par ce roman de la même façon que par « Le club des incorrigibles optimistes ».  Un bon roman que je ne rangerai pas dans la catégorie « à lire absolument », mais plutôt dans « attendre la sortie en poche ».

La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia, Albin Michel, Paris, août 2016, 299p.

Livre lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire

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Brunetti en trois actes, Donna Leon

brunetti-en-trois-actesPour le vingt-quatrième tome des enquêtes du commissaire Brunetti, Donna Leon situe son intrigue dans le milieu de l’opéra qui lui est cher. Cela lui permet de retrouver le personnage de Flavia Petrelli, diva qui était en tête d’affiche du premier Brunetti « Mort à la Fenice ». La grande cantatrice est donc de passage à Venise pour quelques représentations de la Tosca. A la fin du spectacle, auquel Brunetti et son épouse Paola ont d’ailleurs assisté, une pluie de roses jaunes s’est abattue sur la scène. Rien d’anormal pour les spectateurs, habitués à ce genre de marques d’admiration.

Il n’en va pas de même pour Flavia Petrelli qui découvre dans sa loge des centaines d’autres roses, d’autant que ce n’est pas la première fois. L’admiration des fans tourne parfois au harcèlement et il semble bien que ce soit le cas. Après de longs moments d’angoisse, Flavia décide finalement de faire appel au commissaire Brunetti qui commence à prendre l’affaire très au sérieux lorsqu’une jeune fille est agressée sur un pont de Venise. Celle-ci venait en effet de recevoir des félicitations de la part de la Flavia qui l’avait entendue répéter.

L’enquête est lancée et elle permet à la fois à l’auteure d’explorer la psychologie des harceleurs et d’emmener le lecteur dans les coulisses de l’opéra. L’intrigue se déroule en trois actes, comme l’opéra lui-même et se termine en beauté, avec une bonne dose d’action (pour un Brunetti !).

Et puis, comme d’habitude, il y a le charme particulier de Venise, la grâce de Paola et la sérénité parfois teintée d’humour qui se dégage de la famille Brunetti et l’insolence intelligente et déterminée de la signorina Ellettra. Sans oublier un commissaire qui ne soit ni alcoolique, ni dépressif, mais qui, heureusement, rencontre constamment des difficultés avec sa hiérarchie et avec l’administration en général, sinon sa vie serait trop parfaite pour être vraie…

C’est donc un Brunetti particulièrement intéressant et dynamique que j’ai retrouvé avec cette lecture et qui me donne envie de me plonger rapidement dans un autre tome de la série !

Brunetti en trois actes, Donna Leon, traduit de l’anglais par Gabriella Zimmermann, Calmann-Lévy, 2016, 338p.

Livre lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire, du challenge Il viaggio chez Eimelle, du challenge Femmes de lettres chez George et du challenge vénitien.

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