Les apparences trompeuses, Deborah Lorguet

 

Louis, jeune journaliste belge, est avec Monia depuis plusieurs mois mais il s’aperçoit que cette relation ne débouchera sur rien. Il se plie sans cesse aux quatre volontés de la jeune femme et n’entrevoit pas de possible évolution. Une nouvelle attirance pour une collègue lui permet d’ouvrir les yeux et il décide de ne plus voir Monia. Il se lance alors à fond dans le travail et, alors qu’il doit écrire sur une vague de meurtres qui touche la région liégeoise depuis quelques années, il décide de mener l’enquête.

Aidé d’un collègue qui est aussi son meilleur ami, Matthieu, et d’Edith, sa nouvelle petite amie, il parvient à obtenir l’aide de Martin, un policier dont la femme fait partie des victimes. Ensemble, ils découvrent que les femmes assassinées ont des points en commun, notamment le fait d’avoir toutes été tuées au mois de mars : elles sont donc peut-être victimes d’un serial-killer. La petite équipe se met alors au travail et cette collaboration fondée sur l’amitié et l’humour portera bientôt ses fruits…

« Les apparences trompeuses » est le premier roman que publie une jeune professeure de français de la région de Verviers, en Belgique. Il est édité par une nouvelle maison d’édition belge, Empaj, fondé par une jeune diplômée passionnée, Emilie Kasongo. J’ai été très agréablement surprise par ce roman qui, malgré quelques maladresses au début, prend rapidement son envol ; je me suis rapidement laissée happer par l’intrigue et j’ai tout particulièrement apprécié l’attachant trio d’enquêteurs qui pourrait devenir récurrent. On s’imagine tout à fait suivre leurs aventures au fil des enquêtes…

Une mention spéciale pour avoir conservé les belgicismes dans le texte, ce qui ancre cette aventure dans sa région.

A noter que les bénéfices des ventes de ce roman iront à l’association belge « Rêves d’enfants ».

 

Les apparences trompeuses, Deborah Lorguet, Empaj Editions, octobre 2018, 377 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois belge chez Anne.

Publicités

L’aigle de sang, Marc Voltenauer

L’inspecteur Andreas Auer, dont nous avons fait connaissance dans « Le dragon du Muveran », puis dans « Qui a tué Heidi ? », vit des moments difficiles suite à la révélation de sa soeur Jessica et à l’accident de son compagnon Michael et à la longue et douloureuse rééducation de celui-ci. Mais le caractère combatif d’Andreas l’incite à aller de l’avant et à chercher des réponses à certaines questions. Il entreprend donc un voyage en Suède à la recherche de ses origines et choisit d’y consacrer ses trois semaines de vacances bien méritées. En son absence, c’est Karine, sa collègue de Lausanne, qui s’occupera de Mikaël.

C’est donc loin de la Suisse que se déroule l’intrigue de ce troisième volume des aventures de l’inspecteur Auer, sur l’île de Gotland plus précisément, dont Marc Voltenauer vante les atours, nous donnant ainsi envie de découvrir la cité médiévale de Visby, la faune et la nature de l’île. Mais comme on s’en doute, la quête personnelle de l’inspecteur Auer sur les traces de son histoire familiale ne sera pas une partie de plaisir : à remuer le passé, on le réactive bien souvent, et les morts s’enchaînent, entraînant Andreas dans une véritable enquête criminelle qu’il aidera à résoudre, en enquêtant seul ou en collaborant avec la police locale.

Au centre de l’intrigue, un clan vicking pour admirateurs du paganisme nordique en mal d’exaltation. On découvre ici quelques aspects de la mythologie nordique, dont le fameux « aigle de sang » qui donne son titre au roman : un mode d’exécution particulièrement odieux ! Marc Voltenauer aime les détails, qu’il s’agisse de la déesse Freya, de la progression d’une opération de police ou d’un piège tendu aux membres du clan criminel. Pour autant, les chapitres courts se succèdent, le suspense demeure et le rythme est bien tenu. La narration adopte un schéma que les amateurs de polars nordiques connaissent bien, en alternant les chapitres relatifs à deux, voire trois périodes différentes.

Quant aux personnages, ils sont nombreux, et l’on s’y perd parfois dans les fonctions ou les rôles des membres du clan vicking, d’autant que les noms suédois sont difficiles à retenir. Un peu de concentration est nécessaire à la lecture qui, malgré cela, apporte toujours autant de plaisir (et des frissons bien sûr). En ce qui me concerne, outre l’intrigue, j’ai aimé découvrir l’île de Gotland, la mythologie nordique, mais l’ambiance calme et sereine du village de Gryon m’a manqué, notamment l’apéritif partagé sur la terrasse du chalet, et même si je comprends bien le besoin de l’auteur -qui est helvético-suédois- d’ancrer l’un de ses romans en terre nordique, j’espère que l’inspecteur Auer retrouvera vite le cadre ressourçant des alpes vaudoises.

A noter que le tome 2, « Qui a tué Heïdi ? » est maintenant disponible en collection de poche.

 

L’aigle de sang, Marc Voltenauer, Editions Slatkine et Cie, 2019, 511 p.

 

7ème participation au challenge Polars et Thrillers chez Sharon

 

Le cœur converti, Stefan Hertmans

 

C’est l’histoire d’une jeune normande chrétienne tombée amoureuse d’un juif avec lequel elle s’enfuit vers le sud. C’est l’histoire de l’enquête d’un écrivain lancé pendant une vingtaine d’années sur les traces de cette jeune fille. C’est l’histoire d’un village perdu sur les hauteurs de la Provence et voué à disparaître après avoir traversé les siècles.

Stefan Hertmans mélange en effet le récit de la vie mouvementée de Vigdis, jeune noble normande, avec celui de sa propre recherche entamée il y a près de vingt-cinq ans, lorsqu’il séjourne à Monieux et apprend que ce village provençal fut le théâtre d’un pogrom à la fin du onzième siècle. Un trésor y serait caché, enfoui par le rabbin au moment du massacre. La jeune Vigdis, devenue Hamoutal entretemps, y vivait depuis quelques années, réfugiée avec David, le bel étudiant juif de Rouen dont elle était tombée amoureuse et avec lequel elle avait fui vers Narbonne, avant de venir se cacher à Monieux pour échapper aux chevaliers lancés à sa poursuite par son père.

Stefan Hertmans retrace la vie du couple et dès le début, il parsème son récit d’indices quant au futur d’Hamoutal et de David, dont on devine rapidement qu’il sera funeste. L’auteur aimerait souffler à son héroïne de choisir un autre homme pour fuir son sort, mais ce pouvoir ne lui est pas donné. Il nous raconte donc la fuite éperdue et poignante qui conduit l’héroïne jusqu’au bord du Nil.

Partant d’éléments historiques véridiques, l’auteur imagine ce que devait être le monde au onzième siècle pour une jeune chrétienne, blonde aux yeux bleus, convertie par amour au judaïsme. Si les retours en arrière et les passages d’un millénaire à l’autre peuvent dérouter au début de la lecture, on se fait ensuite au rythme et j’ai assez vite aimé les contrastes nés de ce choix narratif, comme l’évocation sans transition du village dévasté au lendemain du pogrom et du petit paradis sur terre dans lequel l’écrivain s’est installé mille ans plus tard.

Roman historique, quête de l’écrivain, « Le cœur converti » est aussi le beau portrait d’une femme courageuse, partagée entre ses origines et son amour et prête à tout pour sauver ses enfants. Une lecture passionnante qui me convainc de la nécessité de découvrir cet auteur belge néerlandophone qui ne s’est fait connaître à l’étranger que récemment, depuis son premier succès international, celui qu’a remporté son roman « Guerre et Térébenthine ».

A découvrir sur son site : Stefan Hertmans

 

Le cœur converti, Stefan Hertmans, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, Gallimard, collection Du monde entier, juin 2018, 368 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois belge 2019 chez Anne

 

Brève Arcadie, Jacqueline Harpman

 

Gaston Auberger est un homme qui s’ennuie, sans doute « par excès d’imagination ». Il préfère alors ériger son ennui en système, de peur d’attendre que des surprises naissent de la nouveauté et d’être inexorablement déçu. Il s’organise donc une petite vie régulière dont il n’a rien à espérer. La quarantaine bien sonnée, il épouse Julie, jolie jeune fille de dix-huit ans, assez mûre pour comprendre le caractère de son mari et les raisons de ce mariage.

Contre toute attente, le mariage est heureux pendant plusieurs années. Les époux sont remplis d’attentions l’un envers l’autre. Mais la jeune femme va  tomber amoureuse, même si elle ne le sait pas encore car son intérêt pour François Hartog ne fait que s’éveiller. Elle éprouve une sensation indicible car « les premiers mouvements d’un cœur sont si ténus que les mots les plus légers pèseraient trop ».

Jacqueline Harpman dissèque les sentiments pour mieux les analyser. Les premiers émois, puis les étapes de la relation naissante entre Julie et François, les repas entre amis, les réflexions des mères, sont l’occasion pour l’auteure de décortiquer les pensées pour nous montrer que certains calculent et d’autres pas. D’ailleurs, l’apparente innocence de Julie est-elle réelle ? Elle veut rompre, puis se ravise. Elle « aime énormément » son mari, le verbe ne peut se passer de l’adverbe quand elle parle de lui. Au contraire, elle « aime » François. Les mots sont révélateurs.

« Brève Arcadie » est le premier roman que Jacqueline Harpman a publié. Elle a remporté le prix Rossel en 1959 pour ce texte qui fut alors comparé à « La princesse de Clèves ». C’est en effet un récit très classique qui nous rappelle l’œuvre de Madame de la Fayette, par sa forme mais aussi par son propos. L’écriture est classique, elle sera jugée désuète par certains : les imparfaits du subjonctif pourront rebuter; ce n’est pas mon cas et j’aime à me replonger dans ce type d’écriture qui confère une grande élégance à l’ouvrage. Jacqueline Harpman a en outre le sens de la formule et emploie de très jolies tournures. Ceux que cela peut agacer s’orienteront plutôt vers ses romans des années nonante, beaucoup plus modernes dans leur expression.

 

Brève Arcadie, Jacqueline Harpman, Editions Labor, collection Espace nord, Bruxelles 2001, 223 p.

 

Lu dans le cadre du mois belge et du challenge Objectif Pal chez Antigone.

Avril 2019 : Le mois belge

 

Comme chaque année, le mois d’avril sera belge sur Le livre d’après : c’est la sixième fois que je participe à ce challenge organisé par Anne du blog Des mots et des notes et je suis toujours enthousiaste à l’idée de découvrir de nouveaux auteurs belges.

Le mois belge s’intéresse à tous les genres, romans, nouvelles contes, poésie, théâtre, ainsi que les écrits non-fictionnels : récits, essais, biographies, correspondance… sans oublier la bande dessinée, bien sûr.

Pour explorer les différentes facettes de la littérature belge, Anne nous a concocté quelques rendez-vous qui ne sont pas obligatoires, mais qui pourront être l’occasion de discuter autour de lectures communes. Les voici (j’ai indiqué en gras les rendez-vous auxquels je compte participer) :

 

Lundi 1er avril : Poisson d’avril ! (On glisse un petit poisson d’avril dans son billet du jour, chiche ?)

Mardi 2 : Jacqueline Harpman

Vendredi 5 : Maigret a 90 ans cette année ! (On se lit donc un Simenon avec le commissaire)

Samedi 6 : Flirt flamand 1 (un auteur flamand traduit ou en V.O.)

Lundi 8 : Un recueil de nouvelles

Mardi 9 : Antoine Wauters

Mercredi 10 : BD belge

Vendredi 12 : Marie Gevers

Lundi 15 : RDV Mauvais genres (polar, ou SFFF)

Mercredi 17 : Flirt flamand 2

Vendredi 19 : Diane Meur

Lundi 22 : Patrick Delperdange

Mercredi 24 : Henri Bauchau

Vendredi 26 : Emmanuelle Pirotte

Samedi 27 : Jeroen Olyslaegers (lecture commune du roman Trouble chez Stock)

Lundi 29 : Armel Job

Mardi 30 : Bouquet final (billet au choix, billet plaisir, pour clôturer ce mois en beauté)

 

Et voici quelques unes de mes lectures :

 

 

A la semaine prochaine !

Aventures en Loire, Bernard Ollivier

 

Bernard Ollivier est cet écrivain voyageur que j’affectionne particulièrement, depuis que j’ai  lu les trois tomes de « La longue marche »,  récit dans lequel il retrace son périple à pied, de la Méditerranée jusqu’à la Chine, sur la Route de la Soie. Je vous parlerai bientôt de « Sur le chemin des ducs » qui raconte la randonnée que Bernard Ollivier a effectuée en Normandie, de Rouen au Mont-Saint-Michel, mais ce récit m’a un peu laissé sur ma faim.

Au contraire, « Aventures en Loire », paru avant « Sur le chemin des ducs », m’a beaucoup plu. Certes, l’exotisme de l’Orient n’y est pas, mais on retrouve certains des  ingrédients qui ont fait le succès de La longue marche, et parmi ceux-ci, l’enthousiasme de l’auteur et l’importance accordée aux rencontres, autant et peut être davantage qu’à la randonnée elle-même.

Bernard Ollivier est parti cette fois d’une des trois sources de la Loire, au pied du mont Gerbier-de-Jonc, pour se rendre, d’abord à pied puis en canoë, jusqu’à Nantes, en suivant la Loire. Le temps est exécrable, en ce mois d’août 2008, mais l’auteur ira jusqu’au bout, bravant une pluie glaciale et  omniprésente, heureusement réchauffé, au propre comme au figuré, par les rencontres amicales faites au fil de l’eau.

En entamant ce périple, l’écrivain voyageur voulait démontrer que « l’aventure ne réside pas seulement dans l’exotisme » et il y parvient fort bien. Il conclut en effet :

« L’important dans le voyage est de perdre volontairement ses repères pour mieux se retrouver. C’est d’aller vers de nouveaux horizons, et ils ne manquent pas dans notre environnement immédiat » (…) « L’aventure est au coin de la rue ; ce n’est pas une question de kilomètres mais de regard »…

L’auteur voulait également prouver que l’hospitalité existe encore dans notre société, et c’est là aussi chose faite. Bernard Ollivier n’a dormi que quatre nuits sous la tente, et a été accueilli chaleureusement pour de nombreuses autres étapes au cours desquelles il a rencontré des Français tournés vers les autres, ravis la plupart du temps de partager leur passion, leur petit coin de paradis installé au bord de la Loire. « Aventures en Loire » est donc un récit optimiste qui donne envie de partir à la découverte des régions françaises, sac au dos, bon pied, bon œil…

 

Aventures en Loire, 1000 km à pied et en canoë, Bernard Ollivier, Libretto, Paris, 2012, 224 p.

 

Participation au challenge « Objectif Pal » chez Antigone.

 

Dossier 64, Adler-Olsen

 

La sortie du film « Dossier 64 » début mars est l’occasion de lire le polar dont il est tiré. Dans ce roman, Jussi Adler-Olsen nous propose la quatrième enquête du Département V de la police de Copenhague. Le Département V est un service qui se consacre exclusivement aux affaires non élucidées, puis mises de côté, mais non classées : des « cold case » que l’on exhume des vieux dossiers et dont on relance l’enquête.

C’est Rose, l’assistante de l’inspecteur Carl Mørk, qui attire l’attention de son supérieur sur la disparition d’une prostituée, Rita Nielsen, remontant à 1987. Avec Assad, autre assistant aux méthodes audacieuses mais efficaces, le trio se lance dans une enquête qui leur permet de faire le lien entre plusieurs disparitions survenues à la même époque et qui les met sur les traces de Curt Wald, ancien médecin devenu le leader d’un parti politique aux idées extrémistes.

Le parti « Ligne pure » prétend en effet faire la distinction entre ceux qui méritent de vivre et les autres, en se fondant sur l’idée « qu’il n’y a pas de sens à laisser vivre un être destiné à une existence indigne ». Pendant plusieurs décennies, ses membres, dont certains sont médecins, ont ainsi pratiqué ou favorisé des méthodes telles que des avortements ou stérilisations forcés pour tendre vers leur objectif, à savoir débarrasser la société de ceux qu’ils considèrent comme rien moins que des attardés sociaux :  l’eugénisme pratiqué pour le bien de la collectivité, sous couvert de raisons morales.

Nete Hermansen fait partie des jeunes filles dont l’existence a été brisée par sa rencontre avec Curt Wad. Internée sur la terrible île de Sprogø dans un asile pour femmes, elle est victime d’un avortement pratiqué contre son gré, puis d’une stérilisation forcée. Libérée, elle reprend une vie normale, si tant est qu’elle puisse l’être après ce qu’elle a subi. Elle se marie et passe quelques années heureuses en couple, avant de recroiser le chemin de Curt Wad en 1987, et son existence bascule à nouveau.

Jussi Adler-Olsen, comme à son habitude, signe un polar efficace. Les héros récurrents sont particulièrement attachants, de par leur personnalité plutôt atypique par rapport à celle des policiers qui apparaissent dans les polars scandinaves. Il y a Rose qui n’hésite pas à « devenir » sa propre jumelle Yrsa quand elle veut fuir la réalité, Assad, un syrien, dont on ne connait pas le passé, mais dont on devine qu’il tait les horreurs qu’il a connues. Assad se montre d’ailleurs bouleversé par le sort de certaines femmes impliquées dans cette enquête et redouble de motivation pour aider à son élucidation. Enfin, Carl, l’inspecteur, qui n’est ni alcoolique ni assailli de problèmes psychologiques, mais qui, derrière un cynisme caustique semble cacher un grand cœur et beaucoup de tendresse. Quant à l’intrigue, elle nous tient en haleine jusqu’à la révélation finale !

Dossier 64, Jussi Adler-Olsen, traduit du suédois par Caroline Berg, Le livre de poche, Paris, 2016, 672 p.

 

Lu dans le cadre du challenge Polars et thrillers chez Sharon et du challenge objectif pal chez Antigone