L’amie prodigieuse : le choix des couvertures

Même si j’ai déjà lu et chroniqué les trois premiers tomes de la saga « L’amie prodigieuse », je suis contente que cette auteure ait été choisie pour le Blogoclub de Sylire, car c’est à nouveau l’occasion de parler d’une saga qui m’a énormément plu et de prendre connaissance des différents points de vue à son sujet. C’est donc un rendez-vous que je ne pouvais pas manquer ! Cela me rappelle aussi que je garde le quatrième tome que je possède en italien comme « lecture-cadeau » pour les vacances de Noël : un excellent moment à savourer et dont je me réjouis à l’avance, car selon la plupart des critiques, la saga tient ses promesses sur la longueur. En France, il ne reste plus longtemps à attendre avant de dévorer le tome 3 qui sortira en janvier prochain.

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En attendant, j’ai choisi de vous parler de « L’amie prodigieuse » sous un angle très différent de ce que que je fais habituellement : celui des couvertures des quatre romans. En effet, les couvertures de romans se veulent généralement  attrayantes. Mais l’effet recherché n’est pas toujours au rendez-vous; c’est ce qui m’est arrivé précisément avec le premier tome de « L’amie prodigieuse » en version italienne : en vacances en Italie, j’errais dans les rayons d’une grande librairie à la recherche du livre idéal. Je me suis adressée au libraire qui m’a aussitôt conseillé le premier tome de la saga d’Elena Ferrante. Devant la pile impressionnante qui oscillait sur le principal présentoir de la librairie, et surtout en découvrant la couverture, j’ai cherché un moyen de me dérober : j’ai sans doute bafouillé une excuse sans queue ni tête me permettant de ressortir sans ce roman qui ne pouvait être qu’à l’eau de rose : qu’en pensez-vous ?

 

l'amica geniale

L’amie prodigieuse, tome 1

 

Storia del nuovo cognomeLe nouveau nom, tome 2

On sait bien que la première de couverture remplit une fonction d’information au sens propre : titre, auteur… Elle doit également donner implicitement des renseignements sur le genre d’ouvrage dont il est question : au premier coup d’oeil, nous pouvons généralement deviner s’il s’agit d’un polar, de chick-lit, de littérature… La couverture doit aussi et surtout attirer notre attention, car la concurrence est rude sur les tables des libraires. Elle doit en même temps éveiller notre curiosité pour nous faire ressentir l’envie, voire la nécessité, d’acheter le livre. Un public cible est généralement visé en premier lieu et si l’illustration parvient à attirer d’autres types de lecteurs, c’est encore mieux.

En ce qui concerne les romans originaux de la saga d’Elena Ferrante, je ne dois pas être la seule à trouver les couvertures particulièrement « moches ». En recherchant quelques articles sur internet, je suis tout de suite tombée sur celui-ci : « Le copertine dei libri di Elena Ferrante sono brutte? » / « Les couvertures des livres d’Elena Ferrante sont-elles laides ? ». Ces mêmes couvertures ont été gardées par la maison d’édition américaine qui a publié les quatre romans qui ont remporté un énorme succès aux Etats-Unis, fait peu habituel d’ailleurs pour des livres italiens. Un choix apparemment assumé comme nous le révèle l’article que je cite ci-dessus : ainsi, la cofondatrice des éditions italiennes E/O, Sandra Ozzola, a expliqué : « les couvertures sont volontairement kitsch et donnent une idée de la vulgarité qui est un des éléments centraux de la saga » (sic). Elle précise que l’auteure, Elena Ferrante, n’a pas été impliquée dans le processus créatif des couvertures, mais qu’elle a toujours approuvé le travail de la maison d’édition. Sandra Ozzola ajoute : « les livres de Ferrante sont un mélange de littérature populaire et de littérature intellectuelle, nous voulions que cette idée apparaisse aussi sur les couvertures ». Elle ajoute enfin qu’il lui « semble étrange que les lecteurs n’aient pas saisi l’évidente ironie qui transparaît dans ce choix ».

 

En France, « L’amie prodigieuse » est publiée par Gallimard, puis en édition de poche, chez Folio, ce qui est a priori un gage de bon goût. En effet, les couvertures donnent une toute autre impression, comme l’ont constaté les lecteurs francophones. Jugez plutôt :

 

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Le nouveau nom ferrante

 

Et  pour terminer, voici quelques-unes des couvertures dans d’autres langues. Lesquelles préférez-vous ?

 

my-brilliant-friendVersion américaine

 

la-amica-estupenda  Version espagnole

 

lamica-genial-catalanVersion catalane

de-geniale-vrindin-elena-ferranteVersion néerlandaise

meine-geniale-freundinVersion allemande

 

min-fantastika-vaninnaVersion suédoise

 

Mon avis sur L’amie prodigieuse ici.

Les avis des autres participants chez Sylire ICI.

 

Livre lu dans le cadre du Blogoclub de Sylire et du challenge Il viaggio chez Eimelle.

blogoclub

challenge italie

La maison atlantique, de Philippe Besson.

la-maison-atlantique-philippe-besson« La maison atlantique » est le récit d’un été tragique, celui qu’a vécu le narrateur il y a bien des années, lorsqu’il avait dix-huit ans.  Le jeune homme ne s’était pas remis de la disparition de sa mère, deux ans auparavant, et  s’entendait alors très mal avec son père. Ce dernier avait d’ailleurs décidé d’emmener son fils dans la « maison atlantique », qui appartenait autrefois à la mère, afin de tenter une réconciliation. Mais si le père avait eu l’initiative du rapprochement , il ne fera toutefois rien au long des quelques semaines que dure le roman, qui puisse amener un quelconque réchauffement des relations avec son fils, bien au contraire.

Entre ce père et son fils, rien de commun, sinon des reproches mutuels, des incompréhensions, et surtout un passé douloureux : la mort de la mère, peu après le divorce et les responsabilités du père, jamais assumées. Le père est égoïste et cynique, c’est indéniable, et encore une fois, il ne peut s’empêcher de gâcher l’infime chance qu’il a de renouer avec son fils, lorsqu’un couple de vacanciers vient s’installer dans la maison voisine. En effet, la jeune femme est jolie et lui plaît. Les dîners s’enchaînent et c’est bientôt l’engrenage que le fils observe, et dont il comprend rapidement qu’il mènera droit à la tragédie.

Le roman de Philippe Besson est efficace, rondement mené,  bien que fondé sur ce qui n’est finalement  qu’un fait divers sordide. Le jeune narrateur est très lucide pour son âge, peut-être parce qu’il a déjà beaucoup souffert et a perdu ses illusions : il fait part au lecteur de toutes ses impressions, il imagine ce que ressentent les personnages et c’est cet aspect  psychologique qui fait l’intérêt du roman.  Tout comme l’écriture d’ailleurs, qui tient le lecteur à distance,  et fait de « La maison atlantique » un roman froid, comme le sont les personnages, empêtrés pour l’un dans son égoïsme, pour l’autre dans sa haine du père. Si tel était l’objectif de l’auteur, c’est une réussite. Pour ma part, j’ai toutefois préféré le roman précédent de Philippe Besson, « De là, on voit la mer« , que j’ai trouvé beaucoup plus envoûtant.

La maison atlantique, Philippe Besson, éditions 10/18, Paris, janvier 2015.

 

Livre lu dans le cadre du challenge objectif PAL chez Antigone et Anne.

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Le français vu du ciel, Marion Charreau

le-francais-vu-du-cielLors de la dernière opération Masse critique de Babelio, j’ai choisi « Le français vu du ciel », livre qui promettait « un voyage unique au cœur de la langue française », sur la base d’ «une cartographie illustrée sans équivalent ». Le résumé évoquait le principe des cartes mentales, outil dont j’ai souvent entendu parler sans jamais l’avoir utilisé. C’était donc l’occasion de tester !

J’ai reçu de la part des éditions Le Robert, que je remercie vivement, ce très bel ouvrage qui répond tout à fait à ce qui était annoncé dans la présentation du livre : un ensemble de cartes mentales, très joliment illustrées, dont la plupart s’étendent sur une double page. Les couleurs pastel sont très agréables, et rendent l’ensemble très attrayant. J’ai donc commencé par lire le sommaire afin de comprendre comment fonctionnait l’ouvrage. Celui-ci suit plus ou moins l’ordre de progression que l’on retrouve dans la plupart des grammaires françaises, dans un ordre logique d’apprentissage.

J’ai ensuite découvert les cartes mentales, présentées comme un « moyen mondialement reconnu d’améliorer son apprentissage et de favoriser la mémorisation ».  Certes. Encore faut-il s’y retrouver ! Il est bien sûr précisé que « les informations sont présentées par ordre d’importance : du centre, pour indiquer le thème principal, vers la périphérie, pour comprendre les moindres détails ». Mais doit-on lire vers la droite, vers la gauche d’abord ? J’ai bien sûr compris que cela n’avait pas d’importance, mais j’étais un peu perdue.

J’ai décidé d’explorer une carte en particulier. La carte 17 concerne l’expression du lieu : s’agissant des prépositions que l’on utilise devant les noms de pays et de continents, on nous montre qu’il faut dire « Je vais AU Brésil, je vais EN Norvège », mais la règle –très simple- n’est énoncée nulle part (En + noms de pays féminins,  noms qui se terminent par –e ; AU + noms de pays masculins, donc tous les autres, le tout comportant évidemment quelques exceptions).  Et le peu d’exemple donnés ne suffisent pas pour que l’étudiant puisse en déduire la règle.

En ce qui me concerne donc, il manque une structure et un sens de lecture logiques, nécessaires à une bonne compréhension et partant, à une bonne mémorisation. D’autre part, j’ai trouvé que les dessins étaient la plupart du temps trop chargés, certaines cartes foisonnant d’informations, ce qui rend plus difficile la mémorisation. J’étais donc peu convaincue : question de génération, peut-être ?

J’ai donc décidé de demander l’avis de certains de mes élèves, qui apprennent le français en tant que langue étrangère. Plusieurs d’entre eux avaient un niveau suffisant pour répondre et les âges représentés étaient très variés (de 11 à 50 ans, de B1 à C2). J’ai été surprise  de me trouver devant un ensemble d‘avis plus négatifs que le mien. Des réflexions d’autant plus intéressantes qu’elles proviennent d’un des publics directement visés par cet ouvrage :

-« C’est confus, chaotique, il n’y a pas de structure. On dirait un brainstorming géant, mais il n’en sort rien. Peut-être pour quelqu’un qui est visuel, mais pas pour moi ».

-« J’ai mis beaucoup de temps à comprendre comment naviguer dans le livre. A la fin, j’en avais assez. Ce n’est pas structuré. Pour être efficace, on doit trouver la réponse à notre question rapidement. Là, il faut chercher longtemps. Et puis les dessins sont infantiles ».

Avec un élève de 16 ans, nous avons détaillé le livre, ce qui a constitué un bon exercice pour lui :

-« C’est un peu attrayant, c’est ludique, mais c’est fait pour des petits enfants. Pas pour moi ». Je lui ai alors précisé que le livre visait un public de tous âges. Il a ri et m’a répondu : « alors, c’est infantile ! », expression qui est revenue plusieurs fois.

N°6 (le pluriel des noms) : « Oui, je comprends, mais ça va être difficile à retenir, car ce n’est pas structuré. Et je voudrais un graphisme plus droit ».

N°27 (passé, présent, futur) : « Où faut-il commencer à lire ? Par le milieu ? Je ne vois pas ce que l’on veut dire. Qu’est-ce qui est le plus important dans le dessin ? Dans quel sens cela marche ? Où sont les exemples pour tous ces mots ? »

N°13 (le présent de l’indicatif, groupes et bases) : « Quel mélange ! Il y a trop de verbes sur ces pages. Et puis, il faut tourner le livre dans tous les sens pour lire. C’est trop confus pour que je mémorise. En plus, on ne voit pas ce qui est écrit au milieu » (en effet, au niveau de la reliure, bord à bord, des mots disparaissent).

A ma question : « tu veux que je l’utilise de temps en temps dans mes cours ? », l’adolescent me livre une réponse sans appel : « non. Je ne comprends pas où cela commence et puis cela fait trop bébé, je préfère des tableaux structurés ».

Les quelques avis que j’ai relevés vont tous dans le même sens : certes, les dessins sont beaux, mais mes élèves n’ont pas envie d’utiliser ce livre pour étudier le français. Ils n’ont pas l’impression d’être pris au sérieux, ils se sentent infantilisés et en même temps, ils sont perdus devant le trop grand nombre d’informations.  Il est évident qu’ils ne sont pas habitués aux cartes mentales.

« Le français vu du ciel » est le fruit d’un travail remarquable de son auteur, Marion Charreau, dessinatrice et enseignante, que je ne veux pas remettre ici en cause, ma petite « recherche » n’ayant bien évidemment aucune valeur scientifique. En revanche, il me semble important de souligner que ce type de méthodes ne convient certainement pas à tout le monde. Est-ce une question de schéma mental ? En tout cas, parmi mes élèves, plusieurs se sont trouvés désorientés et ont fait un blocage.

Pour ma part, je suis également loin d’être convaincue. En revanche, j’imagine très bien ce genre de cartes, en grands posters, dans une classe, à utiliser un peu comme des mémos.

Qu’en pensez-vous ? Avez-vous une expérience des cartes mentales ?

Le français vu du ciel, Marion Charreau, dictionnaires Le Robert – Zeugmo éditions, Paris, septembre 2016.  

Le garçon, Marcus Malte

le-garcon-marcus-malteQuel destin que celui de ce garçon sauvage, mystérieux, mutique ! Quel magnifique personnage que ce garçon vierge de toute expérience et prêt à découvrir toutes les folies de ce XXème siècle débutant !

Le garçon ne sait pas d’où il vient, il a eu une mère qu’il aimait sans le savoir et qui ne lui a transmis que peu de choses. Elle lui parlait pourtant, mais il n’a pas retenu les mots, on ne sait pourquoi.  En revanche, il possède l’innocence et l’insouciance, deux biens si précieux ! Enfant sauvage sans nom,  il part à l’aventure et ne ménage pas ses efforts pour se faire accepter, d’abord dans un village où les familles l’emploieront tour à tour mais garderont toujours une certaine défiance envers l’être différent qu’il est.

Il a davantage de chance lorsqu’il rencontre l’Ogre des Carpathes et devient son assistant, parcourant la France au rythme de ses foires et marchés. Plus encore, lorsqu’il est victime d’un accident provoqué par Emma, jeune fille de bonne famille. Le destin lui sourit alors étrangement. Mais il y a la guerre, la terrible Grande Guerre dont personne n’est sorti indemne.

Peu importe ce qui lui arrive finalement, l’essentiel n’est pas là, mais bien dans la découverte d’un monde où toutes les outrances sont possibles. Dans cette vie absurde, où tous ceux qui ont un nom sont voués à disparaître, à être arrachés à l’affection des leurs, ne comptent que deux choses, l’amour et l’art, que le garçon découvre peu à peu. Deux merveilles qui, comme la vie, peuvent hélas vous être retirées à tout moment.

Quel étrange et triste destin que ce voyage permanent à la découverte de cette vie grouillante, foisonnante, souvent sordide et solitaire, parfois heureuse… mais il s’agit bien là du sort de toute l’humanité !  Foisonnante, l’est aussi  l’écriture très maîtrisée de Marcus Malte, toujours parfaitement en adéquation avec le propos : tantôt concise et efficace, tantôt ardente voire flamboyante, elle est parfois émouvante, animée du souffle de la vie et de l’amour. Elle est aussi poétique, mais elle peut être répugnante et fétide quand l’horreur du sujet l’exige.

Que dire de plus sinon qu’avec « Le garçon », Marcus Malte signe un roman qui fait de lui, tout simplement, l’un des meilleurs écrivains de sa génération !

 

Le garçon, Marcus Malte, Editions Zulma, 2016, 536 p.

 

Livre lu dans le cadre des matchs de la Rentrée littéraire 2016 Price Minister, que je remercie, ainsi que les éditions Zulma.  Challenge 1% de la rentrée littéraire.

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L’archipel d’une autre vie, Andreï Makine

larchipel-dune-autre-vie-andrei-makineRetour aux découvertes de la rentrée littéraire avec « L’archipel d’une autre vie » publié par l’académicien Andreï Makine : j’attendais avec impatience de lire ce roman dont la couverture, comme le titre et le nom de l’auteur, évoquent les grands espaces, le froid limpide mais sévère de la Sibérie, l’aventure, l’inconnu…

Et de fait, l’auteur nous emmène en Sibérie orientale, où nous rencontrons un jeune orphelin envoyé à Tougour pour y faire un stage d’apprentissage. Il y croise un homme qui lui raconte une histoire étrange et mélancolique, celle de sa vie : Pavel Gartsev n’avait que vingt-sept ans en 1952 et la vie semblait s’arranger pour lui, malgré les circonstances. Il venait de rencontrer Svéta qu’il espérait épouser bientôt. Mais alors qu’il n’était plus sûr de ce mariage, il fut mobilisé par le comité militaire et saisit cette occasion pour se libérer de ses entraves sentimentales.

Au terme de sa mobilisation, Pavel Gartsev fut envoyé avec quelques camarades sur les traces d’un fugitif : commence alors un long voyage au sein de la taïga, sous les ordres de l’odieux capitaine Louskass. La mission s’avère plus difficile que prévue. La marche se prolonge, les hommes suivent le fugitif mais ne parviennent pas à le rejoindre, ni à l’attraper. Il est d’ailleurs très rusé. Bientôt, avec la fin du dernier mois d’été, les jours déclinent et le mauvais temps se profile. Il est temps de passer à l’action, d’encercler le fugitif, puis de rentrer au camp, la mission accomplie.

Mais la chasse à l’homme prend une autre dimension lorsque Pavel découvre l’identité du fugitif. Tout bascule, et Pavel se trouve face à son destin, un destin qu’il choisit de mener vers l’Archipel des Chantars, en plein Pacifique, où il pourra enfin vivre « une autre vie »…

Le nouveau roman d’Andreï Makine est une sorte de conte qui commence doucement, puis prend son envol peu à peu, pour finir par se laisser emporter par un souffle puissant, violent et doux à la fois, qui mène vers une autre vie, celle de l’amour, aux confins de l’Extrême-Orient russe : un très beau texte, à ne pas manquer !

 

L’archipel d’une autre vie, Andreï Makine, Seuil, Paris, août 2016, 283 p.

 

Lu dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire

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Une lame de lumière, Andrea Camilleri.

une-lame-de-lumiereVoici la dernière enquête du commissaire Montalbano qui vient de paraître en français, avec un décalage de quatre ans par rapport à la version originale ; le roman italien est en effet sorti depuis 2012, et j’ai donc eu la mauvaise surprise de découvrir en lisant les premières pages  d’« Une lame de lumière » que je connaissais déjà cette enquête, grâce à l’adaptation télévisée des romans de Camilleri.

Peu importait finalement, j’étais lancée et il y avait longtemps que je n’avais pas lu de « Montalbano ». J’étais en outre curieuse, après avoir lu l’avertissement du traducteur quant aux choix qu’il a dû effectuer pour rendre toute la saveur de la langue bien particulière de l’auteur, de voir comment il s’en était tiré !

Je redoutais en effet que la lecture ne soit pas fluide, ayant lu quelques avis négatifs au sujet de la traduction. Pourtant, les libertés prises par l’excellent Serge Quadrupanni, loin de me gêner, m’ont au contraire rappelé l’atmosphère qui règne dans la série italienne (que je regarde toujours en VO avec les sous-titres italiens pour m’aider face au dialecte sicilien). J’ai vraiment eu l’impression d’y être !

Cet épisode des enquêtes de Montalbano m’a bien plu. On y retrouve les travers des enquêteurs de Vigata, Montalbano, Mimi Augello, Fazio et bien sûr Catarella qui n’en rate pas une ! La vie privée du commissaire occupe une place importante dans le roman : on en apprend un peu plus sur Livia et sur le fait que Montalbano et Livia n’aient jamais eu d’enfant. La relation du commissaire avec sa fiancée éternelle est d’ailleurs mise en danger par la rencontre avec la belle Marian qui vient d’ouvrir une galerie d’art à Vigata. Montalbano cède à la tentation et hésite à quitter Livia…

Quant à l’enquête, elle est assez classique. Sont présents les nombreux ingrédients souvent utilisés par l’auteur, mais cela fonctionne toujours bien. Cette fois, c’est une jeune femme de vingt ans, Loredana, qui est agressée alors qu’elle allait déposer l’argent de la recette de son mari, un commerçant de cinquante ans, après avoir fait un long détour chez son amie Valeria. En même temps, un agriculteur se plaint d’avoir découvert des indices laissant penser que des individus occupent une grange qui lui appartient : la piste de tunisiens, réfugiés politiques ayant fui leur pays, semble se confirmer…

Comme d’habitude, Andrea Camilleri nous invite à assister aux repas du commissaire Montalbano, délices souvent préparés par la prévenante Adelina, ou pris chez Enzo. Dans cet épisode, comme la plupart du temps, Montalbano est seul à table, sous sa véranda  face à la mer. Nous partagerions bien avec lui quelques délicieux plats siciliens… (n’est-ce-pas Martine ?)

Pour retrouver l’univers de Montalbano, je vous conseille de faire un petit tour sur le blog de Martine ici et ici. Et pour en savoir plus sur « Une lame de lumière », découvrez son avis ici.

 

Une lame de lumière, Andrea Camilleri, traduit de l’italien (Sicile) par Serge Quadruppani, Fleuve noir, septembre 2016, 255p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle, du challenge Polars et thrillers chez Sharon et du challenge 1% de la rentrée littéraire.

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Une sale affaire, de Marco Vicchi

une-sale-affaire-marco-vichiAprès avoir découvert il y a quelques mois le commissaire Bordelli dans le roman éponyme de Marco Vichi, j’ai craqué cet été pour le second tome en italien, afin de voir si l’écriture de l’auteur était abordable en VO. C’est tout à fait le cas et j’ai beaucoup apprécié ce second tome qui cette fois développe deux enquêtes que Bordelli mène parallèlement. On se souviendra que le premier volume faisait la part belle aux personnages de sorte que l’enquête était presque secondaire, ce qui n’est plus le cas dans « Une sale affaire ».

Nous sommes à Florence en avril 1964. Le commissaire Bordelli reçoit la visite de Casimiro, un nain qu’il connaît depuis une vingtaine d’années. Celui-ci raconte avoir failli trébucher sur un cadavre alors qu’il se promenait de nuit dans un champ à la lisière de la ville. Quand Bordelli et Casimiro arrivent sur les lieux, il n’y a plus trace du corps. Seule une bouteille de cognac traîne par terre, ce qui amène Bordelli à mettre en doute les dires du nain. Au même moment, un doberman déchaîné fond sur eux et Bordelli a tout juste le temps de sortir son Beretta et de tirer. L’animal tombe raide mort et Casimiro en est quitte pour une grosse frayeur.

Alors qu’ils rejoignent la voiture de Bordelli, ce dernier décide de retourner  inspecter les lieux. Le cadavre du chien n’est déjà plus là et Bordelli entend des bruits qui semblent venir du jardin de la villa voisine. La maison appartient à un certain Baron Von Hauser, un Allemand qui ne vient que de temps en temps. Une gouvernante âgée et revêche veille sur les lieux en son absence. Le commissaire Bordelli n’apprend rien de cette visite et il s’apprête à abandonner l’affaire lorsque Casimiro est découvert assassiné. Très affecté par cette nouvelle, Bordelli décide de mettre les bouchées doubles.

C’est alors qu’une nouvelle affaire vient secouer la ville : le corps d’une petite fille vient d’être retrouvé dans un parc : elle a été étranglée et porte une vilaine morsure sur le ventre. Une seconde victime laisse craindre le pire et Bordelli enrage de ne pas avancer dans son enquête. Il faut à tout prix éviter que la série noire se poursuive… Il n’oublie pas pour autant le meurtre de Casimiro, mais là également, l’enquête piétine.

Cette deuxième aventure de Bordelli comporte, comme la première, de nombreuses références à la seconde guerre mondiale qui a beaucoup marqué le principal protagoniste, ainsi que tous ceux qui l’entourent. Des retrouvailles avec le Docteur Levi, qui appartient à une organisation secrète dont le but est de retrouver d’anciens criminels de guerre nazis, sont l’occasion pour Bordelli d’évoquer cet aspect de l’après-guerre.

Côté sentiments, le commissaire Bordelli n’est pas en reste : s’il n’abandonne pas sa complice, la douce et réconfortante Rosa, il n’en fait pas moins connaissance d’une jeune femme de vingt-cinq ans qui lui rend, pour un temps seulement, une seconde jeunesse !  Le jeune collègue du commissaire tombe quant à lui amoureux de la belle Sonia : un sarde et une sicilienne, voilà qui laisse augurer le pire, selon Bordelli !

« Une sale affaire » confirme le talent de Marco Vichi. L’édition italienne de poche comporte en annexe les photos des lieux fréquentés par Bordelli, complétés par des didascalies de l’auteur. Le troisième volume des enquêtes de Bordelli, publié en  en Italie sous le titre « Il nuovo venuto » (Le nouveau venu) ne devrait pas tarder à sortir en traduction française. Une série à suivre !

Une sale affaire, Marco Vichi, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, éditions Philippe Rey, mars 2016, 288 p.

Una brutta faccenda, Marco Vichi, TEA due, Milano, 2014, 261 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle, du challenge polars et thrillers chez Sharon, du challenge leggere in italiano ici.

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